Aux quatre hauts fonctionnaires et conseillers haïtiens chargés de rédiger la « liste de puissants politiciens et d’entrepreneurs impliqués dans le trafic de drogue en Haïti » de feu le Président Jovenel Moïse

Messieurs,

Aujourd’hui, un article du New York Times s’essaie à offrir des réponses aux raisons d’un magnicide qui a choqué une nation. Signé Maria Abi-Habib, chef du Bureau du New York Times pour l’Amérique latine et les Caraïbes, le reportage s’efforce de retracer les sources de la rancœur de ceux qui auraient commandité l’assassinat d’un président en exercice, du trafic d’anguilles au trafic de drogues, en passant par la frustration de l’ancien Président Michel Martelly de voir le dauphin qu’il s’est choisi – une « propriété » aurait dit sa femme Sophia Martelly – se préparer à miner son retour au pouvoir.

Depuis 3 ans, la rumeur voulait que ce soit l’ancien premier ministre et ancien patron de Michel Martelly, Laurent Lamothe, qui ait la faveur du Président Jovenel Moïse. Au sein du parti au pouvoir, les tensions – voire l’animosité – entre les Jovenelistes et les Martellystes allaient s’accentuant. On n’attendait plus que l’explosion. Et quelle explosion se fût! Les Martellystes obtinrent la nomination d’un nouveau Premier Ministre en Ariel Henry. Les Jovenelistes obtinrent la décharge nécessaire à une candidature de Laurent Lamothe. Jovenel Moïse n’y survécut pas. Exactement, 3 ans après les manifestations spontanées des 6-7 juillet 2018 et les 3 ans de contestations plus ou moins populaires qui ont suivi, il était tué, chez lui, par un commando armé, au terme d’un complot international dont les contours sont encore à préciser.

Aujourd’hui, messieurs, l’article du New York Times qui semble pour cela se baser sur vos dires offre une nouvelle pièce au puzzle. Peut-être même la pièce centrale. Le Président Moïse allait parler, il allait donner des noms – et non pas juste y faire allusion et/ou user de métaphores. Jovenel Moïse avait fait préparer, par vos soins, « une liste de noms de trafiquants de drogue présumés » qu’il devait transmettre au gouvernement américain. C’est un retour plutôt inattendu de la théorie proposée par Alexandre Benalla, quelques heures après l’assassinat. Dans un tweet depuis effacé, le sulfureux ancien responsable de sécurité du président français Emmanuel Macron avançait que l’assassinat du président Jovenel Moïse était l’œuvre de « sicarios » dépêchés par les cartels de la drogue sud-américains.

Le saut était facile. Les mercenaires étaient venus de Colombie; les relations Haïti-Colombie sont plus souvent qu’autrement marquées par le narcotrafic. Benalla fit le saut. Du reste, nous y avons tous pensé. Très vite toutefois, nous avons eu droit à un défilé de personnages les uns plus grotesques que les autres, d’un pasteur-pion à une juge-diamant, en passant par les commanditaires et exécuteurs, colonel Mike et autres J3. Nous avons eu droit à une cinquantaine d’arrestations plus ou moins spectaculaires, un rapport de 120 pages qui laisse supposer que les responsables de la sécurité du Président Moïse l’auraient livré à ses assassins. Il était aussi question de fortes sommes emportées par le commando ainsi que les serveurs des caméras de surveillance de la résidence et des documents non spécifiés. La piste « sicarios » avait perdu de son attrait.

Aujourd’hui, messieurs, le New York Times revient sur les liens de Michel Martelly – et en particulier, son beau-frère, Charles “Kiko” Saint-Rémy – avec la drogue. Nous nous y sommes faits mais le nombre de gens dans l’entourage de l’ancien président à se retrouver impliqués dans le narcotrafic est important. Il y a, bien sûr, l’homme même qui – d’après l’ancien Directeur général de la police nationale, Mario Andrésol – transportait de la drogue. Il y a également son protégé – Dimitri Hérard– imposé à Jovenel Moïse comme responsable de la sécurité, un des acteurs principaux, 6 mois plus tôt, le 7 février 2021, de la répétition générale du magnicide, et désormais un des suspects principaux du magnicide acté. On ne compte plus les membres et les élus du PHTK, crédiblement accusés d’être mêlés au narcotrafic, voir même arrêtés, puis libéré par grâce présidentielle. Même l’ancien chauffeur de Michel Martelly a été arrêté pour trafic de drogue.

Il importe de savoir plus sur cette mainmise du narcotrafic sur la politique haïtienne. Il est fondamental d’aller au fonds de cette histoire dont l’implication pourrait bien être que tous les présidents haïtiens sont désormais passibles d’assassinat. Aussi, est-il de votre devoir, Messieurs, de faire publier cette liste dont vous devez bien avoir une copie, pour avoir travaillé dessus. Vous semblez vous souvenir de Kiko Saint-Rémy. Ce n’est pas une nouvelle, la terre entière sait déjà qu’il a été/est encore (?) un trafiquant de drogue. Ce qu’il nous faut, c’est le reste. Le Président Moïse a longtemps joué avec l’idée de « nommer des noms ». Il en serait mort. Peut-être y a-t-il là une conclusion à trouver ?

Toujours est-il qu’il existe plusieurs avenues où faire fuiter des documents compromettants:

  • Les publier de la plus anonyme façon sur pastebin – avec le risque que personne ne les voit,
  • Les envoyer – nettoyés de leurs métadonnées – aux médias haïtiens et étrangers en utilisant protonmail – un service courriel parfaitement anonyme,
  • Les partager à l’aide d’une clé de cryptage PGP pour vous assurer que personne d’autre que vo.tre.s interlocuteurs ne puisse l’ouvrir. Je vous recommande le logiciel Kleopatra dans ce cas-là.

Une avenue qui n’en est pas une est de raconter à une journaliste étrangère qu’une liste existait – par vos soins, je le rappelle – et qu’elle a été subtilisée par un commando armé. Si de jouer au plus fin, protégeait les gens, Jovenel Moïse serait encore vivant. Alors, soyez directs, Messieurs, publiez cette liste. Si elle existe.

En attendant, complot pour complot, je préfère rester sur cette conversation avec un ami au lendemain du coup d’Etat qui ne voulait pas dire son nom et continuer à parier sur les importateurs d’armes et certains services de sécurité réputés entraîner des paramilitaires colombiens. Mais il est vrai que ces gens entrainent aussi les tueurs des cartels

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