#ClimateStrike: entre crise sanitaire et urgence climatique

Les temps sont durs. En l’espace de quelques mois, la COVID-19 est devenue une pandémie qui a profondément dérangé notre confort dans le Nord et désagréablement rappelé les inégalités sociales et économiques qui sévissent au Nord comme au Sud. Ce qui arrive est extrêmement préoccupant, il n’y a aucune cause, non, aucune, qui justifierait qu’on y voie quelque chose de positif. Des gens meurent. Des … Continuer de lire #ClimateStrike: entre crise sanitaire et urgence climatique

Le vote des électeurs vu par l’économiste

Le contenu de ce billet est le fruit d’une collaboration entre Ginette Tanis Jules et Stevens Azima. Le vote comme objet d’analyse économique L’actuelle conception du vote comme principal mécanisme de décision des institutions et du personnel politique n’a pas toujours prévalu. Même la démocratie athénienne reposait plus sur des choix par tirage au sort (s’en remettre aux Dieux) que sur le vote populaire (Jerôme … Continuer de lire Le vote des électeurs vu par l’économiste

[Lecture libre] Pour sortir de l’économisme: l’encastrement social

Pour P.C. qui veut nous sauver des économistes! Cusin François et Daniel Benamouzig, Économie et sociologie, PUF, Paris, 2004, pp. 175 à 243. Le marché occupe une place centrale dans l’analyse économique. Mais la sociologie a aussi investi ce champ pour montrer les limites de l’approche économique qui tend à déconnecter le marché de toute réalité autre qu’économique. Aujourd’hui, le concept d’encastrement social des marchés est … Continuer de lire [Lecture libre] Pour sortir de l’économisme: l’encastrement social

[Lecture libre] Les sociologues nous sauveront-ils des économistes?

Je vous propose une suite au billet de Patricia Camilien sur l’économique et les dangers de l’économisme. Il s’agit en fait d’une synthèse de lecture, libre et légèrement adaptée au format « blogue ». Elle se base sur les premiers chapitres du livre de Steiner Philippe: La sociologie économique. L’auteur y montre comment la sociologie économique a tenté de sauver la « science économique » de ses économistes. Steiner Philippe, La … Continuer de lire [Lecture libre] Les sociologues nous sauveront-ils des économistes?

L’État haïtien et la laïcité

En réponse à une question posée et débattue sur Twitter, le texte d’un exposé réalisé, il y a 11 ans, par une jeune étudiante, dans le cadre de son cours de sociologie politique. Je n’ai jamais été anticlérical au sens réactif du terme, mais chacun doit rester à sa place. Si la religion est une démarche spirituelle, je ne vois pas pourquoi elle doit avoir des … Continuer de lire L’État haïtien et la laïcité

À quoi sert Gracia Delva ?

À la mi-mai 2016, le web francophone s’est découvert une véritable passion pour le droit constitutionnel, en particulier tel qu’évoqué dans une question de partiel plutôt bien tournée : « À quoi sert François Hollande ? » La question, un clin d’œil « maladroit » d’un jeune maître de conférence à une formule d’un grand professeur, a trouvé un écho retentissant chez les internautes peu impressionnés par les performances du Président « normal » de la France, alors à 13% de confiance dans les sondages – un véritable record, même pour lui. Leur réponse, négligeant plus ou moins volontairement le contexte de la question : À rien. François Hollande, répondirent-ils, espiègles et rieurs, ne sert à rien. 

Nos politiciens n’étant guère soumis à l’infamie des sondages, nous ne pouvons chiffrer aussi bien notre dégoût d’eux mais comme, en grande majorité, ils nous ont été donnés, à notre corps défendant et qu’ils nous auraient déjà tous enterrés si le ridicule tuait, l’on pourrait être tenté de leur réserver le même traitement que Monsieur Hollande et poser que eux, non plus, ne servent à rien. Pourtant, en plus de parader des danseuses (presque) nues sur un char de Carnaval, se défendre des accusations de vol de génératrices,  et se porter candidat au Sénat quelques mois après sa réélection à la Chambre des Députés, Gracia Delva doit bien servir à quelque chose.

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Voodoo N Politics

This is an interesting one. While looking for something on my Google Drive this morning, I fell upon this essay I wrote in 2008, back when I was a graduate student in Paris. My younger self asked me to share so here goes.


Voodoo N Politics

Introduction

It used to be said Haiti was 90 per cent Catholic and 100 per cent voodooist. This statement was never, of course, entirely accurate, but it did nevertheless emphasize the fact that the duality in Haitian religious history has never been a confrontation between two separate groups of people. While voodoo is the religion most of the Haitian people practice, they do so, not instead of, but as well as, following the Roman Catholic faith. And the situation is so intertwined that almost all voodoo adherents would call themselves Catholics, and most Catholics practice voodoo.

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Que faire d’Haïti ? – Sortir enfin du transitoire

Pour J. qui s’inquiète du fait que « personne ne semble savoir quoi faire de ce pays » . 


Le 7 février 2016, trente ans jour pour jour après le départ de Jean-Claude Duvalier, Haïti se retrouve sans Président et en pleine incertitude politique. Un jour plus tôt, le 6 février 2016, le Président de la République, Joseph Michel Martelly, signait un accord de sortie crise avec les Présidents du Sénat, Jocelerme Privert et de la Chambre des Députés, Cholzer Chancy. L’accord immédiatement décrié par le principal regroupement de l’opposition – le Groupe des 8 candidats à la présidence, le G8 – précise les modalités de l’inévitable transition : l’élection par l’Assemblée Nationale d’un président provisoire chargé d’organiser les élections afin que le nouveau président élu puisse accéder au pouvoir le 14 mai 2016. Un appel à candidatures a été lancé et les candidats invités à déposer leurs dossiers au Parlement.

Tandis que les négociations et tractations vont bon train et que se précisent les critères de sélection, c’est le moment de prendre un peu de recul et de considérer, l’histoire de la crise haïtienne, dans la durée. L’analyse fera quelques emprunts à la notion de « longue durée » de Fernand Braudel et son invitation à aller au-delà de l’histoire événementielle, cette histoire « [r]estreinte aux événements singuliers » et « linéaire » et à la mort de laquelle invitera allègrement François Simiand. L’événement, réduit par Braudel au temps court, celui du politique, ne correspondrait qu’à une « agitation de surface » alors que, pour prétendre à la scientificité, il faut savoir « écarter l’accidentel pour s’attacher au régulier […] éliminer l’individuel pour étudier le social ».

La conception braudelienne du temps a fait l’objet de critiques – souvent justifiées – de matérialisme, de fixisme, voire d’immobilisme. L’analyse en reste consciente mais évitera d’entrer dans un débat qui, s’il a du mérite, dépasse largement le propos de ce texte. Pour compenser, il s’intéressera aux articulations entre l’idéel et le matériel telles qu’exprimées dans ce que François Hartog appelle le « régime d’historicité ». Décrivant le rapport d’une société au passé, au présent et au futur, le concept invite à s’intéresser à la variation de ces articulations selon les lieux et selon les époques et, ainsi, à considérer « la longue durée » non pas seulement dans sa présentation globale mais dans ses soubresauts.

À la lumière de ces considérations théoriques, et sans verser dans un essentialisme limitatif, l’apparent immobilisme du régime politique haïtien – ponctué de coups d’États, de crises électorales et autres crises politiques récurrents – semble devoir beaucoup à notre rapport au temps, installé dans le présent et le maintenant. En d’autres termes, la démocratie haïtienne n’avancerait pas parce que l’installation d’une culture démocratique – comme celle de toute culture – ne peut se faire que dans la durée et non pas à la faveur de révoltes populaires régulières. Ce qu’il faut retenir de tout cela c’est que pour atteindre véritablement au changement, il nous faut sortir du provisoire. Continuer de lire « Que faire d’Haïti ? – Sortir enfin du transitoire »