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Il était une fois Dimitri Hérard

Dimitri Hérard, dont la sœur, Elodie Hérard, est, avec Carl-Frédéric Martin et Patrick Ganthier, porte-nom propriétaire de l’ex-nouvelle fabrique d’armes de la République, n’est pas avare de stupeur. Le chef de l’Unité de Sécurité Général du Palais National (USGPN) semble plutôt les cultiver. C’est ainsi que, il y presqu’un an, à la stupeur générale et celle du chef de la police en particulier, il avait décidé de déguerpir les propriétaires de voiture et petits marchands de la rue Monseigneur Guilloux.

Dans cet avis d’une grande brièveté, monsieur Hérard donne aux contrevenants un délai de 72 heures pour vider les lieux. Ni la Mairie de Port-au-Prince, ni la Direction générale de la Police Nationale d’Haïti n’en savent pas plus. Comme le Ministère du Commerce, ils avaient été réduits, eux aussi, au constat.

Quinze jours plus tôt, le 10 juin 2019, le même Dimitri Hérard était accusé d’avoir, à la grande stupeur des manifestants, tiré à hauteur d’homme et causé la mort d’un motard ainsi que de nombreux blessés. Une plainte a été déposée mais la PNH ne semble pas y avoir donné d’autre suite qu’une “forme d’arrestation” à préciser.

En 2018, c’était la rumeur de son arrestation par l’agence américaine de lutte contre la drogue, la DEA, qui causait la stupeur sur les réseaux sociaux. L’information, vite démentie par la police, plaçait l’arrestation dans le cadre de l’affaire du bâteau Manzanares où, sous le sucre importé de la Colombie par la famille Acra, se trouvaient cachés 100 millions de dollars de cocaïne et d’héroïne, sur fond de scandale et d’accusation de collusion entre des membres de la DEA américaine, de la brigade de lutte contre les stupéfiants (BLTS) haïtienne et de cartels de la drogue colombien.

Les talents stupéfiants du Commandant Hérard ne s’arrêtent pas là toutefois. L’homme de 34 ans – aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas – faisait partie de l’avant garde du rêve d’armée de l’ancien président Michel Joseph Martelly. Devenu chef de l’USGPN, le diplômé de l’École supérieure militaire Eloy Alfaro en Équateur, offrit un spectacle de rues qui marqua durablement l’esprit du journaliste du Nouvelliste qui y assista. Lisez vous-même :

N’est pas policier qui veut ! Encore moins ne devient-on agent de l’Unité de sécurité générale du Palais national (USGPN) sur un coup de tête ! C’est du moins la conclusion qu’on a tirée ce 26 mars en tentant de suivre la « marche tactique » de l’USGPN qui s’est déroulée à travers Port-au-Prince pour le troisième dimanche consécutif depuis le 12 mars.

Chancy Victorin,”Quand des agents de l’USGPN s’entraînent dans nos rues“, Le Nouvelliste, 30 mars 2017

Évidemment, rien n’est plus impressionnant que d’avoir réussir à obtenir, pour sa sœur, du Ministère du Commerce, contre l’avis de la direction juridique de celui-ci, qu’il autorise la création d’une société dont l’objet est manifestement illégal.

Arrêtons-nous un instant à l’article 2 des statuts.

La société a pour objet l’assemblage et la fabrication d’armes à feu et de munitions de tout calibre et aussi de tous équipements militaires et policier (sic) pour l’exportation (lulz) et la vente aux institutions policières, militaires, de sécurité privée commerciale et gouvernementale sur le territoire haïtien conformément à la Constitution et aux lois de la République.

L’article 268-3 de la Constitution de 1987 est pourtant clair :

Les Forces Armées ont le monopole de la fabrication, de l’importation, de l’exportation, de l’utilisation et de la détention des armes de guerre et de leurs munitions, ainsi que du matériel de guerre.

Monsieur Hérard a beau avoir été pressenti pour la belle armée du Président Martelly, magnifiquement accomplie par son dauphin, Jovenel Moïse, sa sœur n’est pas les Forces Armées. Un tel exploit demande pause.

Hier déjà, nous constations, sidérée, la proximité de l’autorisation de la nouvelle fabrique d’armes avec l’arrestation de l’armurier Arby Frantz Larco pour trafic d’armes. À l’époque, les rumeurs (notamment dans Haïti Observateur) voulaient que ce soit Dimitri Hérard, encore lui, qui ait été chargé de “prendre les cargaisons d’armes dans des voitures officielles pour les transporter chez Larco pour enlever les numéros de série avant de les reprendre pour ensuite les distribuer aux gangs armés”. Monsieur Larco étant encore écroué, sans jugement, au Pénitencier national – où il partagerait les mêmes quartiers que ce pauvre Clifford Brandt dont les malheurs continuent jusque dans la prison où il a attrapé la COVID-19 – les rumeurs n’allèrent pas plus loin.

N’empêche que ce serait fichtrement pratique pour les gangs de pouvoir se fournir sur place. Cela pourrait expliquer que des ministres redevables à des parlementaires eux-mêmes redevables à des chefs de gang autorisent à leur propre stupeur une fabrique d’armes privée. Qui sait ?


PS : Depuis hier, des informations sur une autre compagnie, TRADEX Haïti, créée cette fois par Dimitri Hérard lui-même, ont commencé à circuler sur la toile. Son objet concerne les équipements et accessoires de sécurité. Je joins les extraits du Moniteur ci-dessous.

Patricia Camilien Tout afficher

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2 thoughts on “Il était une fois Dimitri Hérard Laisser un commentaire

  1. Très important et nécessaire article mais quelques piques font tiquer sur un sujet aussi important.
    en quoi diable Brandt est-il pauvre? comment concilier le monopole des forces armées et l’inexistence de celle-ci? on ne peut pas vouloir une chose et son contraire

    • Vous avez pourtant l’habitude de lire ce blogue, je trafique dans le sarcasme. Brandt n’est pas pauvre (il y a un lien vers un autre billet, c’est l’habitude sur ce blogue). Après, je ne veux pas des forces armées mais elles sont encore dans la Constitution et s’il faut créer des fabriques d’armes en Haïti, cela prendra plus qu’une autorisation du MCI à l’insu de son plein gré. Je veux d’une nouvelle Constitution (ayitinouvlea.org/konstitisyon) mais nous n’en sommes pas là non plus. L’État de droit prime sur mes desiderata. Je travaille à faire changer nos lois mais tant qu’elles n’ont pas changé, aller à leur encore est illégal.

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