En direct depuis Twitter, le rapport PetroCaribe

Cette nuit, j’ai commencé à lire le Rapport de la commission sénatoriale spéciale d’enquête sur le fonds Petrocaribe couvrant les périodes allant de septembre 2008 à septembre 2016 et j’ai eu envie de partager mes réactions à chaud avec vous. Mais vous n’êtes pas tou.te.s sur Twitter. Aussi ai-je pensé vous les reprendre toutes ici pour que vous ne vous sentiez pas exclu.e.s.

Tout d’abord, le rapport dans toute sa gloire. Posté pour vous sur Google Drive.

Je peux donc commencer la lecture et m’extasier sur la richesse des noms cités, des noms qui, pour la plupart, ne sont pas surprenants puisque déjà indexés dans un rapport précédent. Pour forfaiture (crime commis dans l’exercice de ses fonctions) concussion (malversation, abus d’autorité), détournement et/ou dissipation de fonds public: Jean Gabriel, Michel Lecorps, Eustache St Lot, Jean-Max Bellerive, Hervé Day, Michel Content, Lionel Grand Pierre, Laurent Salvador Lamothe, Josefa Gauthier, Jacques Rousseau, Marie Carmelle Jean-Marie, Wilson Laleau, FLorence Guillaume Duperval. Il y aussi l’ancien ministre de l’agriculture, Hebert Docteur, pour usurpation de titre. Apparemment, le malheureux voulait rendre service. Nous y reviendrons.

Pour l’instant, prenons le temps d’admirer – dans le sens primaire du terme – le fait que nos #PoFlèLeta soient bien représentés dans le rapport  Petrocaribe.

Le programme de construction de parcs sportifs préalabalement gérés par le conseiller et fils du Président, Olivier Martelly, se retouve aussi dans le rapport.

Mais, il y a mieux.

Vous vous rappelez quand l’Ambassade américaine a osé augmenté le taux de change pour le dollar à 75 gourdes alors que la gourde était à quelques 69 gourdes pour le dollar et que nous en étions tous choqués? Le* Bureau de Monétisation des Programmes d’Aide au Développement pratiquait un taux de 107.35 gourdes alors que le taux de référence de la BRH était de 65.5368. Partez, à travers la ville, porter la nouvelle. Je vous attendrai.

Il y a aussi les dettes considérables de la Sogener et de l’ED’H. Quand on pense que la Sogener et autres compagnies similaires nous ont emprunté de l’argent pour acheter le matériel pour nous fournir un service que nous payons à prix fort alors qu’ils ne nous ont pas encore remboursé notre argent. Mais nous y reviendrons. Il faut absolument que vous voyez cette délicieuse formulation d’une claude de contrat par les tenants de la révolution bolivarienne:

Tiens, tiens. Pas une seule fois, la balance comptable n’est équilibrée et l’on garde, pendant 8 ans, le même Chef Comptable, Guecheline Fleurantin. Un point, pour la sécurité de l’emploi en Haïti.

Regardez nos comptes à recevoir. Toutes ces compagnies pétrolières qui nous doivent de l’argent et nous vendent  de l’essence à prix cher quand elle n’est pas tout bonnement frelatée! Si au moins, nous avions un Chef Comptable qui suivait les dossiers depuis longtemps et pourrait … Quoi? En effet. Passons.

D’autant que nous avons des dettes énooormes:

Mais revenons aux dépenses. Vous souvenez-vous du programme Ban M Limyè Ban M Lavi qui a permis de transformer l’autoroute de Delmas en Manhattan? Il nous aura coûté un peu plus de 600 millions de gourdes. Espérons que le nouveau programme Kay Pa M Klere du Président Jovenel Moïse – dont le nom est cité à la page 71 du rapport en tant que représentant de la firme COMPHENER SA – saura en tirer les leçons qui s’imposent. En attendant, visez la liste des compagnies qui nous ont donné la vie en nous donnant la lumière:

Apparemment, René et « Michelle » s’en sortent plutôt bien. Je libère le souffle que je ne savais retenir. [J’attends qu’un nouveau rapport vienne me montrer combien j’avais tort.]

Mais me voilà vite soufflée par l’extraordinaire capacité de certains à voyager dans le temps. « Quant au matricule fiscal retracé dans le dossier, il a été émis le 13 janvier 2011 et le quitus fiscal le 11 janvier 2013, alors que le contrat fut signé le 3 février 2010 » (p. 139). Impressionnant!

Mais, les voyages dans le temps, ce doit être exténuant. Alors, pour faire simple, l’on arrêta de mettre des dates à la signature des contrats.

Toujours, dans une quête de simplicité, l’on multipliera les contrats de gré à gré, sans caution, sans approbation de la* Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif, sans non-objection de la* Commission Nationale des Marchés Publics, sans patente… Pour nourrir la république certes mais surtout pour faire payer des kilomètres surfacturés à nos pauvres impôts.

La commission sénatoriale spéciale arrive à une conclusion inédite: le (s) gouvernement (s) Bellerive auraient profité d’une catastrophe naturelle pour passer des contrats de gré à gré n’ayant rien à voir avec le séisme qui a tué des centaines de milliers d’entre nous et affecté des millions d’autres. Je sais. Je n’en retrouve plus mon monocle.

À peine mon monocle ramassé, voilà les bras qui m’en tombent. Une firme dissoute signe des contrats. Nous sommes passés à un autre plan de conscience. Ce doit être cela, la finance quantique!

Il y aussi, et c’est logique, de la construction quantique. Des projets sont exécutés par la SECOSA mais on ne sait où. On sait toutefois qu’ils n’ont rien à voir avec le séisme.

Les membres de la commission recommandent la mise en accusation de l’ancien PM Jean Max Bellerive pour: 1) Abus de fonction (Article 5.5); 2) Surfacturation (Article 5.8); 3) Trafic d‟influence. (Article 5.9); 4) Népotisme (Article 5.10); 5) Passation illégale des marchés publics, (Article 5.12). Ce mardi, au Sénat, nos Senatus Scribendi vont hurler, tempêter, grandiloquer.

En attendant, constatons à quel point le séisme de 2010 avait bon dos:

[Permettez que je prenne quelques secondes pour regretter que l’épisode Gary Conille ait été bien avant le lancement de ce blogue. Mais bon, le passé est un autre pays.]

Revenons à présent aux dépenses faramineuses. Comme ces 84 millions de gourdes pour la construction de kilomètres quantiques qui sont/ne sont pas/ sont les deux?

Voilà que nous arrivons enfin au Ministre Docteur. Je vous avais promis d’y revenir. Après la démission de Gary Conille comme Premier Ministre, Herbert Docteur, son ministre de l’agriculture, voulant « rendre service et faciliter les choses » signera un contrat en son nom. Non, il n’avait aucune mandat lui permettant de le faire mais les autres ministres « avaient approuvé verbalement son acte ». Voilà qui prouve sa totale innocence!

[Nouvelles parenthèses: Dans le rapport, nos Sénateurs ont plagié un article du Figaro ]

Nous passons désormais au Premier Ministre rose original: Laurent Salvador Lamothe dont la belle efficacité m’a, un instant, arrêtée.

Les projets sont plus chers, plus grands, plus diversifiés, avec près d’un tiers des dépenses consacré aux infrastructures routières. Avec autant de routes quantiques à construire, cela se comprend aisément.

Naturellement, ces contrats ont lieu de gré à gré:

Et la CSCCA adopte à son tour l’achronie:

Parfois, toutefois, la date n’est pas totalement absente mais incomplète:

On ne précise pas toujours comment mais la chose est courante. Aussi cette chère Nonie Mathieu est là:

Minute, minute! Qu’est-que c’est que ça? Les 2% à prélever pour la Direction Générale des Impôts l’ont été?

OK. Tout va bien. Les 2% de la DGI n’ont pas été prélevés et nous avons, en degi, une route imaginaire à 38%.

Mais nous ne sommes pas à une surfacturation près:

Ni d’ailleurs à quelques millions détournés près:

Surtout quand c’est votre propre premier ministre qui le fait. Tenez, prenez le cas de l’ex-ministre de la santé, Florence Duperval. Pauvre Docteur! La voilà qui signe avec un mort pour se retrouver avec un awousa qui fait disparaître 9 millions de dollars! Une telle déveine cordée nécessite sûrement un bain de purification.

Quoi? Oui les contrats sont de gré à gré:

Vaut mieux l’assumer et continuer à avancer:

Les enfants! Les enfants! Venez voir! C’est le pitre dépité!

Oui, oui, toujours de gré à gré les contrats. Arrêtez de demander. Cela s’appelle la continuité de l’État:

Je sais. Ce n’est pas drôle. Je suis tout-à-fait d’accord. Qu’on les juge!

Non. Sérieusement. On les juge quand?

À verser au dossier: Dix millions à une firme dominicaine pour des travaux non existants. Nous venons encore une fois de changer de plan d’existence. Adieu, la construction quantique. Tous ces tous noirs nous indiquent qu’il faut nous en remettre à la théorie des cordes.

Ou peut-être même la gravitation quantique à boucles. Car voilà un autre dix millions accordés à la même firme dominicaine HADOM qui pour avoir 3 mois d’existence n’en accuse pas moins 5 ans d’expérience:

Une autre firme dominicaine, Estrella, a au moins la décence de commencer les travaux. N’empêche. Quand est-ce que nous récupérons notre argent?  Pour des travaux non effectués, ce serait logique.

Mais il n’y a pas que des firmes dominicaines à présenter des cas surprenants. Prenez la IBT Group. Elle obtient un contrat sans avoir l’autorisation de fonctionner en Haïti, sans pouvoir offrir une quelconque garantie parce que trop pauvre, sans avoir l’expérience nécessaire pour effectuer le travail. Mais, peu s’en faut. Un an plus tard, le Ministère du commerce autorise le fonctionnement de IBT Group Haiti et le contrat est transféré unilatéralement de IBT Group à IBT Group Haiti sans autre forme de procès.

C’est à la firme IBT Group que nous devons le fameux « viaduc » de Delmas. « Les éléments constituant ce projet sont évalués à 13 millions de dollars, tandis que, le contrat a été négocié pour US 21,502,742 », apprenons-nous, soit un écart de 8,502,742 US. Mais pour une belle route en l’air, on ne regarde pas à la dépense.

Nous revenons à notre pitre dépité. De toute évidence, il n’a pas la belle efficacité de Laurent Lamothe. Aussi, il n’y a déjà plus beaucoup d’argent. La gabelle étant belle et bien finie.

Continuité de l’État oblige, les contrats continuent d’être de gré à gré:

Sauf que, maintenant, la CSCCA signe et scelle les contrats mais sans mentionner le nom du/de la signataire:

Ce doit être pour marquer la belle union qui existe entre ses membres.

Étant donné que la super-ministre se retrouve sur bon nombre de ces contrats, la commission spéciale demande la mise en accusation de l’ex-ministre Stéphanie Blamir Villedrouin:

Pour mettre fin à cette longue traversée, voici, in extenso, la conclusion de la Commission. Avec un caveat toutefois. Si vous attendez de vos représentants qu’ils fassent vraiment quelque chose, vous allez attendre longtemps. Rappelez-vous que le Messie n’existe pas et que nous sommes celui que nous attendions. Bon week-end!

3 commentaires Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire