Les 100 premières heures: protocole, promesses et production nationale

Le 7 février 2017, Jovenel Moïse, Chevalier de la banane, est devenu le 58ème président haïtien, lors d’une cérémonie d’investiture marquée par une désorganisation manifeste et de sérieux problèmes de protocole. Depuis, celui qui a obtenu le soutien de moins d’un dixième de l’électorat – un demi-million de voix – s’est vite attelé à la tâche, entre rencontres avec les parents, accueil de notre magnifique Miss Haïti et nominations des nouveaux membres de l’administration. Pour marquer cette nouvelle page de notre histoire et lancer la couverture de cette nouvelle présidence par ce blogue, nous présentons les 100 premières heures de Jovenel Moïse.


Le 24 juillet 1933, alors que l’Amérique se remet avec peine du krach boursier de 1929, le Président américain Franklin Delano Roosevelt, dans un discours à la radio, explique les changements drastiques qu’il se propose de faire au cours des 100 premiers jours de la 73ème législature américaine. Alors que le fameux couple de gangster Bonnie et Clyde s’échappait d’un échange de tirs avec la police de Dexter dans l’Iowa, le Président Roosevelt exposait son plan pour empêcher aux banksters de 1929 de replonger l’Amérique dans la crise, en présentant son New Deal (nouvelle donne) au peuple américain.

Roosevelt venait de lancer la tradition des 100 premiers jours comme mesure de la performance d’une nouvelle présidence; la période étant considérée comme étant, lune de miel oblige, celle où le pouvoir et l’influence du président américain est à son apogée. En ce moment, le Guardian maintient une rétrospective absolument fascinante de la descente des États-Unis d’Amérique dans la réalité alternative de Donald Trump qui vaut certainement le détour. Ce blogue n’ayant pas les ressources du Guardian, il faudra vous contenter des premières 100 heures, et en différé:

Jour 1: Une robe symbolique pour un peuple fatigué

Il semble certainement à propos que la nouvelle administration d’une nation d’humiliés commence par une humiliation de ses représentants. Députés et sénateurs se sont plaints d’une organisation laxiste et du manifeste manquement aux égards dus à leurs rangs. Le protocole étant, selon la formule consacrée, la mise en forme de l’ordre politique, il a été à la hauteur de notre situation actuelle: chaotique, pauvre et embarrassant.

Le chaos continua dans une robe aux couleurs du drapeau dont toute la ville parla et qui éclipsa le discours au demeurant peu intéressant du nouveau président. Son appel au « peuple attendait depuis plus d’un an cette cérémonie d’investiture [et qui] a franchi avec force, détermination et courage tous les obstacles tendus pour bloquer la marche de l’histoire et de la démocratie » parait particulièrement faux quand on sait qu’une écrasante majorité (80%) a encore une fois boudé les événements électoraux. Il y a bien eu les applaudissements nourris des fans inconditionnels lorsque le Président  Moïse promit que « plus jamais sous [son] administration, la justice ne serait instrumentalisée à des fins politiques » mais quand on sait que le Président est actuellement inculpé pour blanchiment d’argent, l’annonce prend presque des allures de menace.

Jour 2: Une miss sublime et des parents optimistes

La deuxième journée du Président Moïse a été plus calme. Il a participé à son premier Conseil des ministres pour prendre connaissance des « grands dossiers de l’État »et a rencontré les parents qui se réjouissent de nous voir devenir raisonnables et promettent d’augmenter notre argent de poche.

L’administration Trump félicite le président issu d’une longue période électorale et se dit « impatient[e] de travailler avec le nouveau président élu d’Haïti ainsi qu’avec les dirigeants à tous les niveaux du gouvernement au moment où ils travaillent à garantir la stabilité et la prospérité d’Haïti ». Le « Core Group », pince-sans-rire, « félicite le peuple haïtien pour la patience et la détermination dont il a fait montre dans l’exercice du choix de ses dirigeants, démontrant ainsi son engagement en faveur de la démocratie et du processus électoral qui a duré près de deux ans ». Le Canada offre 91.2 millions de dollars pour cinq « projets de développement, axés notamment sur la santé et l’éducation des femmes et des jeunes filles« . L’Union Européenne, elle, parle de 35 millions d’euros, alors que deux jours plutôt, la Banque interaméricaine de développement (BID) informait qu’un milliard de dollars était disponible pour Haïti.

La journée a aussi vu le retour au bercail de la Miss Haïti, Raquel Pélissier, première dauphine au concours Miss Univers, reçue par le couple présidentiel et nommée ambassadrice de bonne volonté des affaires culturelles et touristiques d’Haïti.

Jour 3: L’odeur et le nom de la rose

Le Président Moïse a procédé au choix de ses plus proches collaborateurs et, sans surprise, a retenu des figures de proue de la mouvance rose: un ancien universitaire devenu Grand Argentier très controversé de l’administration Martelly, un défenseur dévoué et à l’ambition politique prodigieuse, un autre ancien ministre rose et Monsieur Protocole.

La liste est ainsi publiée dans le Moniteur du  vendredi 10 février 2017:

  • Wilson Laleau, Directeur du Cabinet du Président de la République, avec rang de ministre
  • Rénald Lubérice, Secrétaire Général du Conseil des Ministres, avec rang de ministre
  • Yves Germain Joseph, Secrétaire Général de la Présidence, avec rang de ministre
  • Marc Marie Yves Mazile, Chef du Protocole du Palais National, avec rang d’ambassadeur

Jour 4: L’espoir du miracle

Le 10 février 2017, le Président Moïse s’est rendu à Fonds Parisien « dans le cadre de l’inauguration du centre commercial « Gwo Mache Mirak »« . Il en a profité pour affirmer que « [s]on administration œuvrera au renforcement de la production nationale. »

Les premières cent heures du président Moïse se terminent donc sur cette promesse qui reprend une promesse de campagne de rendre Haïti vertueuse à force de richesse. Souhaitons-lui et souhaitons-nous bonne chance.

Laisser un commentaire