L’enseignant a une plume, le soldat, une arme 

L’on veut à tout prix nous donner une armée. C’est plus qu’important, vital, nous explique-t-on. Notre armée, nous apprend-on, va nous protéger contre tous les dangers : étrangers (dominicains) et locaux (cyclones et tremblement de terre et autres inondations).   Le retour de l’armée va enfin nous permettre de retrouver notre souveraineté et notre fierté de peuple et garantir la stabilité. Après tout, l’histoire de … Continuer de lire L’enseignant a une plume, le soldat, une arme 

#EnvantèNanLeta

Aujourd’hui, 3 mai 2017, marque la fin du délai accordé par le Président de la République pour la transmission de l' »inventaire à jour du parc d’automobiles de l’ensemble des services publics » au Bureau du Premier Ministre, au Ministre des Finances et à la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif.  En effet, il y a tout juste un mois, dans un arrêté à l’amateurisme stupéfiant, le Président de la République invitait, entre non-sens et redondances, les ministères et institutions publiques, à faire ce que, en substance, exigent déjà nos lois et règlements; notamment le Décret du 7 septembre 1950 sur les inventaires des biens de l’État (modifié par le Décret du 28 décembre 1943 sur la responsabilité des fonctionnaires) qui, curieusement, n’est pas mentionné dans les 16 visas du Décret, alors que même la loi du 26 août 1870 sur la responsabilité des fonctionnaires de l’Administration publique y est allée de son visa, à côté des décrets de 2005 portant organisation de l’Administration centrale de l’État et révision du statut général de la Fonction publique. Continuer de lire « #EnvantèNanLeta »

Les 100 premières heures: protocole, promesses et production nationale

Le 7 février 2017, Jovenel Moïse, Chevalier de la banane, est devenu le 58ème président haïtien, lors d’une cérémonie d’investiture marquée par une désorganisation manifeste et de sérieux problèmes de protocole. Depuis, celui qui a obtenu le soutien de moins d’un dixième de l’électorat – un demi-million de voix – s’est vite attelé à la tâche, entre rencontres avec les parents, accueil de notre magnifique Miss … Continuer de lire Les 100 premières heures: protocole, promesses et production nationale

La richesse est une vertu

Au retour de son premier voyage à l’extérieur après la proclamation de sa victoire aux présidentielles, le Président élu, Jovenel Moïse, a rencontré une presse visiblement peu intéressée à sa visite chez nos voisins – qu’il nous faut, je le répète, arrêter de détester par habitude – et déterminée à obtenir une déclaration sur le fameux rapport de l’Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF) accusant le futur chef de l’État de blanchiment d’argent, entre autres. Dans sa réponse à ces questions, le Président élu a de nouveau rejeté les accusations d’un revers de main, qualifiant le rapport de manœuvres politiques méchantes d « institutions faibles » qui, sous sa présidence, seront « obligé[es] de devenir forte[s] » et « [a]rrête[r] de dire ce qui n’est pas vrai sur un citoyen car chacun à un droit au travail et le droit de devenir riche ».  La loi de chaque bouche s’arrêtant à la diffamation, M. Moïse a annoncé avoir « pris un avocat afin de réparer [s]a réputation » ternie dans cette affaire d’autant que, nous explique-t-il, « la richesse est une vertu ».

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Envoyez NON au 4444

Une affaire de SMS tient la ville en haleine. Elle prend des allures de croisade depuis que, hier matin, un commissaire à la convocation légère a invité, Maarten Boute, le président de la Unigestion Holding S.A. (Digicel) à se présenter au Parquet, le lundi 28 novembre 2016, pour s’expliquer sur des résultats électoraux que la compagnie de téléphonie mobile aurait publiés.

Si le commissaire est aussi sensible aux arguments logiques que les interlocuteurs de M. Boute hier sur Twitter, le pauvre aura besoin de plus que d’aller « jouer avec [s]es enfants » pour ne pas devenir fou. Encore que les récents succès du commissaire Danton Léger, dans son entreprise systématique de destruction d’excellents dossiers par sa remarquable impéritie, ne soient pas sans présenter l’assurance d’une fin rapide et célère à cette « affaire ». Continuer de lire « Envoyez NON au 4444 »

Le ridicule ne tue pas

J’ai regardé LE DÉBAT hier soir. L’heure est grave ! Entre le médecin peu préparé, le Professeur suffisant qui, en croyant rabaisser les autres, se rabaisse lui-même, l’importateur hébété et le vendeur de borlette survolté, le Fremdscham atteignait au paroxysme. Jamais, je n’ai assisté à des performances aussi pathétiques – et j’ai reçu en oral des étudiants à qui donner zéro semblait presqu’une faveur. J’ai vécu profondément l’humiliation que s’infligeaient, en public, des candidats dont, il faut l’avouer, je n’attendais pas grand-chose mais qui sont quand même des concitoyens et pour lesquels je ressens, à l’insu de mon plein gré, une certaine empathie.

Les trois autres candidats n’étaient d’ailleurs pas en reste. Ils ont, eux aussi, participé avec gusto à ces multiples séances de prises de bec qui ont émaillé les échanges et n’ont rien fait pour élever un débat dont l’enjeu – on pourrait l’oublier à moins – est la magistrature suprême de la République. Un peu moins pathétiques – ce qui n’est pas beaucoup dire, étant donné l’alternative – mais non moins déprimants, ils ont eu le mérite de présenter les raisons de leur candidature avec une certaine cohérence. Cependant, comme les précédents, ils ont repris, peu ou prou, les mêmes thématiques : les riches ressources minières qu’Haïti cache depuis des siècles et que nous (re)découvrons heureusement en cette période électorale ; la production nationale à renforcer et à protéger d’urgence et, curieuse nouveauté de la saison, l’obsession chinoise.

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Une nation d’humiliés

Hier, dans son infinie mansuétude, le Conseil Électoral Provisoire a convoqué les partis politiques dans une rencontre qui, comme à l’accoutumée, n’a débouché sur rien ; le CEP ayant, comme d’habitude, mis fin à la rencontre, en filant à l’anglaise. Entre-temps, au Ministère de la Communication, un pitre pleureur a été remplacé par un pitre pantin, tandis qu’au Ministère de l’Agriculture, un pitre paillasson reprenait – ou se voyait laisser reprendre, la question n’est pas claire – la loi de sa joue. Un candidat à la députation au casier judiciaire vierge a été écarté des élections pour … condamnation pour trafic de stupéfiants … par un tribunal de Miami; le jeu sinistre et macabre entre la République Dominicaine et Haïti sur le dos des rapatriés continue ; plus de 5000 candidats sont autorisés à se présenter aux prochaines (s)élections locales  … pendant que notre Premier Ministre se fend d’un sourire de premier pitre pour sa rencontre avec le Secrétaire d’État américain, John Kerry.

Hier, comme tous les jours précédents, Haïti (et les Haïtiens) a continué de plier sous le poids d’une humiliation constante et persistante, une humiliation grave, du type présenté par Maury Silver et al. (1986) comme privant de toute capacité de rébellion. Instrument de contrôle social, l’humiliation mine le sens que l’individu a de son identité. C’est ce qui explique les caractéristiques d’impuissance et de déshumanisation qui accompagnent souvent l’expérience de l’humilié; cette Humiliation avec un grand H visant à retirer à celui-ci jusqu’à son humanité (Jean B. Miller, 1991).

Dans la dynamique de l’humiliation – la formule est de Donald C. Klein dont les travaux sur l’humiliation deviennent progressivement incontournables – le composant relationnel comprend trois rôles :

  • celui qui humilie, qui en retire un sentiment de puissance ;
  • celui est humilié, qui en garde un sentiment d’impuissance, de dégradation, voire de confusion ;
  • celui qui en est témoin, qui en acquiert la peur d’être à son tour humilié.

Des trois, le troisième est peut-être le plus dangereux et sans doute le plus à même d’expliquer la persistance de l’humiliation que nous subissons et à laquelle nous participons. Le témoin veut éviter d’être l’humilié. Aussi, lui arrive-t-il souvent d’aider l’humiliateur dans l’espoir d’éviter l’humiliation, s’humiliant par le fait même. C’est ici que l’humiliation prend tout son sens en tant que forme d’oppression. Elle établit un système de dégradations en spirale qui a servi à expliquer, entre autres, les conflits internationaux (Thomas Scheff, 1994) et auquel le Professeur Bertrand Badie a consacré ses deux derniers ouvrages, La diplomatie de connivence et Le temps des humiliés dont je recommande vivement la lecture – et pas seulement parce qu’il a été mon (brillantissime) Professeur. Continuer de lire « Une nation d’humiliés »