Que quelqu’un informe le BINUH que le moment pour une réforme constitutionnelle est passé

Le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) vient de rater une occasion de se taire. Nous avions pratiquement oublié qu’un machin avait remplacé la MINUSTAH – qui nous avait gentiment apporté le choléra – et la MINUJUSTH – qui n’a jamais réussi qu’à voir sa cheffe devenir persona non grata. On pourrait croire qu’il profiterait de cet oubli virtuel pour continuer à être, … Continuer de lire Que quelqu’un informe le BINUH que le moment pour une réforme constitutionnelle est passé

Que vont en penser les Blancs ? Mais on s’en fout!

L’aéroport international de Port-au-Prince prend de l’eau. Des photos de l’aéroport inondé jusque dans le salon diplomatique circulent. Sur Facebook, WhatsApp, Twitter, des Haïtiens et des Haïtiennes du pays lamentent le fait que, après les inondations aux Cayes, à Chardonnières, Martissant, Carrefour et autres communes du Grand Sud et de la zone métropolitaine, celle de l’aéroport Toussaint Louverture, notre principale ouverture sur le monde, achève de nous mettre à nu.

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Les 100 premières heures: protocole, promesses et production nationale

Le 7 février 2017, Jovenel Moïse, Chevalier de la banane, est devenu le 58ème président haïtien, lors d’une cérémonie d’investiture marquée par une désorganisation manifeste et de sérieux problèmes de protocole. Depuis, celui qui a obtenu le soutien de moins d’un dixième de l’électorat – un demi-million de voix – s’est vite attelé à la tâche, entre rencontres avec les parents, accueil de notre magnifique Miss … Continuer de lire Les 100 premières heures: protocole, promesses et production nationale

Déshérités

Notre Oncle d’Amérique – aucune parenté voulue avec le film culte d’Alain Renais* – vient de nous annoncer la nouvelle. Il ne financera pas nos élections. C’est dans l’ordre des choses. Jusqu’ici, il n’avait financé que ses élections; des élections qu’il a toujours bien préparées pour nous et que, cette fois, comme des enfants gâtés, nous lui avons jetées à la figure.

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Quand la réalité défie nos théories

Au XVI ème siècle, le grand anatomiste et médecin brabançon, André Vésale – version francisée de son nom latin Andreas Vesalius – décida, sans autre forme de procès, que le clitoris n’existait pas. L’auteur du De humani corporis fabrica, celui qui fit entrer l’anatomie dans la modernité, décida de faire fi de la réalité et d’exciser virtuellement toutes les femmes. C’est que le bon docteur avait une théorie : l’appareil génital féminin était l’inverse de l’appareil génital masculin, avec le vagin comme le négatif du pénis et les ovaires celui des testicules. Le clitoris n’avait pas sa place dans cette belle réflexion. Il faisait tâche. Il dérangeait. Il fallait donc qu’il cessa d’exister.

Les patientes du Docteur toutefois, transgressives et impudentes comme le sont généralement les femmes, continuaient à présenter l’impossible « excroissance ». Elles furent, en toute logique, déclarées hermaphrodites. La méfiance continua longtemps; cette histoire de clitoris, l’anatomie n’y croyait pas trop. Il faudra d’ailleurs attendre mai 2005 pour que l’anatomie de la « petite colline » – du grec ancien κλειτορίς, kleitorís – soit enfin révélée par, une femme, le Dr Helen O Connell, grâce à l’imagerie médicale.

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Les arracheurs de dents

Ils arrivent demain. Déjà, nous nous faisons une fête à l’idée de la bonne réputation que leur arrivée va nous faire dans la communauté. Eux, se font une joie des belles photos qu’ils pourront poster sur tous leurs réseaux sociaux, aux meilleures poses et aux hashtag stratégiques pour maximiser les likes, reblogs et retweets. Nous, c’est le pasteur, l’élu local ou autre facilitateur ayant l’honneur non négligeable d’amener des Blancs dans une petite communauté du pays en dehors. Eux, ce sont les volontouristes médicaux venus, le temps d’une mission, « changer leur pour profil Facebook« .

Ils payent chers pour l’opportunité. Les voyages humanitaires sont désormais des forfaits tout inclus offerts par des agences spécialisées, généralement des églises chrétiennes. Le forfait est d’un attrait indéniable qui en garantit la popularité. Il est conçu pour offrir une expérience inoubliable à ceux qui l’achètent : voyage aseptisé dans un lieu exotique et raisonnablement « dangereux » ; expérience médicale à prix mini et zéro risque de poursuites en cas ďerreur; gratitude des locaux démunis face à leurs sauveurs étrangers ; sentiment religieux d’avoir bien servi son Dieu et incarné son incommensurable compassion; enfants sales, maigres et trop mignons qui feront d’excellents accessoires de photos.

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La race ne se perd pas

Le Bénin n’est pas que la patrie du vodou. Pour bon nombre d’entre-nous, dont l’auteur de ces lignes, c’est la grand-mère patrie. Aussi, n’ai-je point été surprise d’apprendre que 48 candidats à la présidence venaient d’être approuvés par la Commission Électorale Nationale Autonome (Cena) pour les présidentielles de  février. C’est vrai qu’il leur en manque 6 pour prétendre à notre record de 2015 mais si l’enfant ne dépasse pas ses parents… Du reste, nous n’aurons la liste définitive que le 25 janvier après sa validation par la Cour constitutionnelle du Bénin qui, pendant dix ans, de 1998 à 2008, a été présidée par… une Haïtienne. Il se peut donc qu’il y ait quelque réduction.

Une autre différence de taille : le Bénin est stable. Avec un indice de démocratie de 5.65 (régime hybride), il est régulièrement classé dans le top 10 des démocraties africaines. Aucune MINUSTAH n’y est donc nécessaire. Les élections se feront de façon,  c’est le cas de le dire, « autonome », avec la bienveillante assistance électorale du PNUD. Si tout se passe bien, le nouveau président du Bénin sera le franco-béninois que des mauvaises langues comparent au Meursault (l’Étranger) d’Albert Camus perdu dans un monde dont il ne connaîtrait pas les codes. Continuer de lire « La race ne se perd pas »

Étudier les relations internationales, un devoir citoyen

Il y a deux jours, un étudiant en génie est venu me voir, curieux des Relations Internationales comme discipline et comme objet d’étude et désireux de savoir, avoua-t-il dans une charmante franchise, « ce qu’on y faisait ». Ce n’est pas la première fois que je me retrouve à répondre à cette question et ce ne sera certainement pas la dernière. Elle revient souvent, avec une régularité de métronome, dans une société haïtienne, au capitalisme primaire et précaire, préoccupée par la valeur marchande des formations acquises. Le « ce qu’on y faisait » c’est souvent un « à quoi ça sert » et surtout un « combien ça paye ». Aussi, ai-je commencé par répondre à la question de mon futur ingénieur de façon plutôt mécanique.

Je lui ai dit les changements politiques, économiques sociaux et culturels du système international; l’exploration des interactions et de l’influence de facteurs domestiques, régionaux et globaux sur les relations entre acteurs inter et transnationaux ; l’analyse des choix et des défis de relations entre les acteurs. Je lui ai dit les carrières dans le gouvernement, les organisations internationales, les organisations non-gouvernementales et le secteur privé, les possibilités d’admission dans des programmes de master en droit, affaires, économie et science politique … Mais il y avait quelque chose dans son regard qui m’a forcé à m’arrêter et réévaluer ma réponse. Il y avait, au fond de ses yeux, une lueur salutaire, un réel intérêt pour la question, comme un signal qu’il méritait mieux que des platitudes convenues. C’est alors que je lui ai parlé. Vraiment. Comme on parle à un frère. Que l’on vient de reconnaitre. Un membre de la famille que l’on ne savait perdu mais que l’on vient de retrouver. Et avec quel bonheur !

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