Depuis quelques temps, je m’inquiète de l’impact de la violence politique sur notre corps de société malade. De l’abîme qui regarde en nous à notre condamnation à la résilience. Mirabile dictu, le Dr Réginald Boulos veille. Le voilà « finan[çant] une brigade pour diminuer les violences dans les manifs ». Si si, c’est lui qui le dit. Le leader du mouvement de la troisième voie nous apprend que « des personnes sont payées, pour prendre part aux manifestations et veiller à ce que tout se passe correctement » et nous enjoint à ne pas nous en formaliser car, au final, « c’est une très bonne chose ».

L’homme politique de gauche – c’est encore lui qui le dit – n’est pas à sa première « très bonne chose » publique. Les « élections » du 28 novembre 2010 qui accoucheront de l’ère Martelly/PHTK couraient le risque d’être annulées par un René Préval accusé d’avoir « truqué » l’élection en faveur de son (ex-futur) gendre, Jude Célestin. Mirabile dictu, le Dr Boulos veillait. Il réussira au prix de grands sacrifices à obtenir du Président Préval qu’il accorde la deuxième place non plus à Célestin mais à Martelly. Dans une lettre adressée à Cheryl D. Mills du Département d’Etat américain, en date du 31 janvier 2011, « Reggie » remercie le Secrétaire d’Etat Clinton pour sa visite et rassure sur la grande éthique d’un secteur privé transformé qui a réussi à convaincre, le Président, en toute discrétion. L’exploit est de taille, celles-ci ayant été contestées à la mi-journée par 12 des 18 candidats à la présidence dont le (futur) Président Martelly qui, avec le chanteur Wyclef Jean, s’offrira même une petite manif. Avec ou sans brigade ? L’histoire ne le dit pas.

Entre temps, le Parti Haïtien Tèt Kale, fidèle à son nom, s’acharnera à nous rendre chauves. Pillant par-ci, spoliant par-là, faisant disparaître, comme en un tour de magie, les milliards du fonds Petrocaribe. Mirabile dictu, le Dr Boulos veille. Le voilà, dans une entrevue accordée à la Télé 20, nous offrant des informations inédites sur les 120 millions de dollars volés par l’entourage de Michel Martelly.

Mais il ne s’arrêtera pas là. L’homme qui, après l’élection de Jovenel Moïse, nous rassurait que « le retard pris par le processus électoral a permis à Jovenel de se détacher du clan corrompu de Martelly et de ne plus apparaître comme la créature de l’ancien président » est aujourd’hui dans les rues, avec brigade, à réclamer son départ.

C’est la grande tragédie du Dr Boulos. Faire des miracles pour son peuple et les voir se retourner contre lui.

Le bon Docteur semble accumuler les erreurs de jugement comme les « leaders » de l’opposition accumulent les défaites. Mirabile dictu, nous avons la mémoire courte.