Parlons français

Ces derniers temps, le français lie et délie des langues. Nos parlementaires, sur qui nous aimons taper et qui nous le rendent bien, nous ont offert une panoplie de fouets, cravaches et martinets  à faire pâlir d’envie le divin marquis. Chiffres romains, mutisme forcé, difficultés de langage … ils nous ont gâtés et nous, nous en avons joui. Kako a fait des vidéos. Pastè Blaze aussi. Les réseaux sociaux ont explosé. Nos radios aussi. Nous avons découvert un nouvel « artiste ». Nous avons (re)découvert la nudité de l’empereur. Son arrière-train gras, flasque et mou. Et nous avons tapé, tapé, tapé.

Entre-temps, l’empereur s’est (re) découvert un penchant pour les bâillons et nous en a préparé un tout neuf. Il veut nous le passer, que nous nous laissions prendre au jeu. Une petite part de nous, veut se courber et se plier aux vœux de l’empereur, une plus  grande part se rebiffe, consciente des dangers de la pratique. L’utilisation d’un bâillon est porteuse de risques importants. Risque d’asphyxie au cas où le nez est bloqué et que nous n’arrivons plus à respirer librement chez nous. Risque de vomissements quand nous n’arriverons plus à retenir les reflux du dégoût que l’empereur nous inspire.

C’est alors que, dans la relation librement consentie, intervient le mot de code. Les règles du jeu étant établies en français, c’est la langue de Molière qui sert pour les échanges entre l’empereur nu et ses sujets. Le problème est que l’empereur ne comprend pas le français. Les règles du contrat sont dans une langue qu’il ne maîtrise pas et c’est là que nous sortons du jeu pour tomber dans le macabre.

Dans un contrat de soumission, le mot de code est de rigueur et sert à signaler au partenaire dominant que les limites négociées ont été franchies, que celles-ci ont été poussées au-delà de ce qui a été convenu. C’est le principe de l’État de droit kelsénien, une relation établie de telle sorte que la loi arrête la loi.

Le problème ici est que ce contrat entre nous et l’empereur est en français. Une langue qu’il n’entend qu’approximativement et nous aussi. L’équivalent du latin dans les messes d’avant Vatican Il. Nous savons en gros ce qu’il doit y avoir dedans mais nous n’en maîtrisons pas les détails. C’est beau, c’est majestueux, c’est impressionnant mais c’est surtout confondant.

Naturellement, c’est le but. Nous maintenir subjugués par ce que nous ne connaissons pas facilite notre domination et notre humiliation. Nous y prenons même un plaisir pervers. Nous avons autant honte de mal parler français que nous sommes fiers de le parler, même mal. C’est la langue de l’ancien maître. Il nous avait bien dressés, l’empereur et nous. Il nous a appris à l’extrême ce que c’était que d’être humilié, complètement et avec classe. Maintenir sa langue, même sans la comprendre, c’est notre façon de rester sous son emprise … d’imposer des limites à notre langue, à notre bouche, de garder effectif son bâillon.

Nous ne parlons pas français. C’est un fait. Nous faisons semblons de le parler. C’est une tragédie. Nous écrivons nos lois, en français, avec des non-sens et des fautes. C’est un fait. Ces lois sont élaborées par des parlementaires qui ne les comprennent pas et seront appliquées à des citoyens qui ne les comprennent pas, par des policiers, des juges, une administration qui ne les comprennent pas plus. C’est plus qu’une tragédie, c’est la comédie haïtienne, une comédie particulière où le ridicule, contrairement à ses habitudes et mot de code inopérant oblige, tue.

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3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Stanley Pongnon dit :

    Nous ne parlons pas français. C’est un fait. Nous faisons semblons de le parler. C’est une tragédie.
    J’aime bien cette partie! Mais, comme conseil personnel, que peut-on faire pour améliorer ça???

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    1. Traiter le français comme ce qu’elle est : une langue étrangère

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