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Les compléments d’objet

Récemment, nous avons eu à discuter de nos problèmes de français et de l’implacable efficacité de cette langue comme limite effective du droit de la société haïtienne à s’exprimer conformément à la loi de notre bouche que nous ont léguée  nos ancêtres. Toutefois, le français a beau être une langue mal maîtrisée chez nous, il est certaines fautes qu’il est particulièrement difficile d’accepter, surtout dans nos correspondances officielles.

En premier lieu, le changement constant de registre. C’est à vous donner le tournis. Messieurs et dames les Députés, Sénateurs, Directeurs, Secrétaires d’Etat, Ministres, Président … pouvez-vous, de grâce, dans vos missives aussi ridicules qu’inutiles, choisir un registre et vous y tenir ? Courant ou Soutenu. Surtout pas familier. À moins d’une citation nécessaire. Auquel cas, prenez la peine de l’identifier clairement. Faites court aussi. Pas plus de trois lignes.

Un autre manquement qui indispose: le mépris manifeste pour la concordance des temps. C’est une simple question de chronologie entre votre proposition principale et votre proposition subordonnée. Cela se passe-t-il en même temps (imparfait), à un moment antérieur (plus-que-parfait), en toute brièveté (passé simple) ou à un instant postérieur (conditionnel présent)? Ce sont des règles fondamentales, apprises sur les bancs de l’école primaire. Ce ne peut être si difficile! Au pire des cas, offrez un livre de grammaire à vos secrétaires.

Rien ne dépasse toutefois l’horreur abjecte de la mauvaise utilisation du complément d’objet. C’est quoi notre problème avec les compléments d’objet dans ce pays ? Je vous le demande. Lui, le, la, l’. Qui ? Quoi ? À qui ? À quoi ? De qui ? De quoi ? Comment peut-on ainsi se tromper ? Régulièrement. Journalistes, professionnels, politiques ? À croire qu’ils font exprès. Pour nous confondre et nous faire oublier leur incompétence absolue. Ce n’est pourtant pas compliqué.

Dans une phrase, le complément d’objet (CO) fait partie du groupe verbal et s’emploie avec un verbe transitif. Si celui-ci est direct – répondant à la question « qui ?  » ou « quoi? » – votre CO est direct (COD). Par exemple,  je n’arrive pas à croire qu’il faille encore expliquer cette règle. Il faut encore expliquer quoi ? Cette règle ? Je n’arrive pas à croire qu’il le faille. Pas lui. Le. L’expliquer. Une règle si simple. Je n’arrive pas à croire qu’il la faille expliquer. Encore.

Il arrive que le CO accompagne plutôt un verbe transitif indirect. Cette règle à expliquer, il faut l’expliquer à nos scribes officiels. Même s’il est difficile de croire qu’il faut leur expliquer une telle règle. Même s’il est pénible de devoir la leur expliquer encore. Même quand nous avons du mal à croire qu’il la leur faille encore expliquer. C’est notre triste réalité avec laquelle, semble-t-il, il nous faut désormais composer.

Ce n’est pas tout toutefois. Il y a ces verbes qui, soudain, se « recourent » pronominaux. Les conjonctions qui oublient leur fonction de relation. Les ce, se, c’est, s’est, ces et toutes ces drôles de tournures qui finissent sur de patriotiques salutations et qui ajoutent,  à l’indécence du contenu,  l’affront de la forme.

Messieurs et dames, par les dieux, par les loas et par tous les saints, ayez pitié. Des élèves vous écoutent et vous lisent pour préparer leurs devoirs. C’est déjà difficile de leur inculquer quelques règles de grammaire. Ne nous rendez pas la tâche impossible. Pitié ! Ayez pitié !

Patricia Camilien Tout afficher

How about we let the writing do the talking?

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