Nous devons parler de l’école de droit des Gonaïves

La première et dernière fois que nous avons parlé de l’école de droit des Gonaïves, nous venions de retrouver les traces d’un ancien matador superbe qui avait réalisé un exploit. Le truqueur autoproclamé d’élections y était en tant que parrain d’une promotion sortante de l’une des multiples succursales de ce cancer avec métastases qu’est (devenue?, en passe de devenir?) l’École de Droit et des Sciences Économiques des Gonaïves (EDSEG). Hier, sur Facebook, elle s’est rappelée à notre bon souvenir, par cette inénarrable et exubérante expression de joie du nouveau licencié en droit, Honick Beauplan, technicien au Ministère des Affaires Sociales et « protégé » du Sénateur Évalière Beauplan qui, il faut le reconnaître, nous avait jusqu’ici habitués à mieux.

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Quelques heures plus tard, l’intéressé tenta de jouer la carte du compte piraté mais la page ayant été, pour ainsi dire, nettoyée au karcher pour toute l’année 2017, la rectification peine à convaincre.

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La rectification elle-même contient des fautes de français que nous ne relèverons pas, mot de code inopérant oblige, mais elle serait bien en mal d’expliquer le seul statut écrit que nous ayons pu trouver sur le compte après une longue liste de statuts d’autrui partagés sans le moindre commentaire.

Honick Beauplan - Ponctuation

Nous comprenons alors que celui qui, en mai 2015 déjà, se donnait le titre de maître n’a pas qu’un problème de français. C’est bien plus grave. Sa ponctuation aléatoire et son orthographe capricieuse, il les transporte avec lui, d’une langue à l’autre. Ce futur député – un tel statut doit cacher quelque ambition politique – pourrait bientôt venir rejoindre le rang de nos parlementaires bâillonnés de la plus efficace façon par une langue qu’ils ne maîtrisent pas et qui n’ont plus d’autre recours que de nous assurer de leur grande intelligence entre prononciations laborieuses et propositions de lois ridicules.

C’est pour cela qu’il nous faut parler du nouveau Maître Beauplan et de l’École de droit (et des sciences économiques) des Gonaïves. Nous devons parler de cette boîte à faire de l’argent (au nom) de l’Université d’État d’Haïti (ueh) et à produire des illettrés présomptueux. Nous devons parler de ce machin qui offre des cours par correspondance et accueille plus de 10 000 étudiants haïtiens – dont 7 000 en droit – dans des « annexes » éparpillés à travers la République dont 4 sont à Port-au-Prince, en concurrence avec la plus ancienne institution d’enseignement universitaire du pays, la Faculté de Droit et des Sciences Économiques (FDSE) de l’UEH. Il nous faut parler de ce bazar qui reçoit, en moyenne, 17 000 demandes d’admission par année pour des formations offertes dans des conditions rocambolesques, avec des cours « retransmis » aux nombreux inscrits au moyen de dispositifs informels de formation à distance: clés USBs, cartes mémoire et photocopies de notes de cours envoyées dans les provinces éloignées. Dans ce bric-à-brac universitaire, les examens annuels ont lieu dans des conditions tout sauf sécuritaires et encore moins capables d’assurer une quelconque intégrité de l’évaluation. La farce se termine sur un mémoire pour lequel on paie un directeur 30 (pour qu’il dirige), 70 (pour qu’il l’écrive) voire 150+ mille gourdes (pour garantir un jury favorable lors de la soutenance).

Dans cette caverne des horreurs se trouvent pourtant de vrais étudiants intéressés par la flexibilité offerte par cette école centenaire (sa création date du 7 novembre 1912) et qui vont, à coup sûr, souffrir de la mauvaise réputation que ne cesse de confirmer une école dont même l’ueh ne semble vouloir, à en croire la page vide qui la représente sur le site de l’université. Dans ce Ma’arat Ha’Eimim gonaïvien l’on assassine impunément le rêve de milliers de jeunes haïtiens assiégés croyant y avoir trouvé la voie d’accès idéale à un monde universitaire qui, avec une participation de l’ordre de 1%, leur reste encore largement fermé. Et, comme si cela ne suffisait pas, ils doivent souffrir que des criminels – les mêmes qui ont contribué à les placer, eux et leurs, dans cette situation désespérée – viennent régulièrement se montrer à eux comme des modèles.

C’est ainsi que le 16 décembre 2011, l’ancien et désormais défunt dictateur Jean-Claude Duvalier était l’invité d’honneur d’une autre promotion. C’en est au point où nous pourrions presque dire que la pire offense que l’on puisse faire à un Haïtien du pays serait de lui proposer d’être le parrain d’une promotion de l’EDSEG. C’est le genre d’offense qui exige réparation au petit jour, en présence de témoins, pour laver, non seulement son honneur, mais celui de toute sa famille, ses amis et tous les gens que nous avons croisés dans notre vie et qui risquent d’être à leur tour éclaboussés par une telle indignité; le genre d’affront, de flétrissure, de dégradation, d’opprobre, d’ignominie que l’on ne peut souffrir qu’après avoir fait payer celui ou celle qui nous a mis dans un tel embarras.

Puis, on se rappelle qu’il s’agit d’une école de droit qui forme nos futurs avocats, juges et magistrats et il ne reste plus qu’une immense tristesse.

3 commentaires

  1. Nathalie Lemaine

    Dans ce cas précis, comme dans tel autre cas de prestation de serment de fonctionnaire public, élu local ou directeur général, je ne vois vraiment pas à qui profitent, ni à quoi visent des reproches (passablement humiliants) adressés à un auteur de fautes « d’orthographe, de ponctuation, de prononciation…

    À un degré certes bien moindre, des coquilles et fautes de langue en français comme en créole sont monnaie courante à la une de nos grands quotidiens, dans certaines de nos œuvres littéraires, dans nos documents d’état civil… et même sur bien des blogs par ailleurs fort intéressants.

    1. Patricia Camilien

      Si vous voulez dire que des coquilles se retrouvent sur la loi de ma bouche, je l’assume. C’est un blogue, c’est normal. Et je les corrige quand je les remarque ou qu’on me les fait remarquer.

      Après, si vous voyez dans ce texte des reproches relatives à des coquilles et des fautes de français (alors que j’ai dit que je ne les relèverais pas), c’est sur vous.

  2. Stevenson CONSTANT-GILLES

    Cela fait quelques temps qu’on réclame une réforme au niveau de l’UEH…le système est décrié, la nunucherie de Beauplan n’est pas un cas isolé à l’UEH.
    D’autre en plus, c’est l’exemple typique de nos représentants dans le pouvoir législatif surtout, si l’UEH accouche de tels produits c’est parceque l’État ne mène pas à bien sa mission.
    Une éducation qui se fait au rabais fait de pareils dégâts.
    Le fait que M. Beauplan eût à commettre de telles nunucheries ne doit pas présupposé la médiocrité de tous ceux qui ont été à l’EDSEG j’en disconviendrais, oh oui!
    Il y a en qui savent voyager…le problème est plus complexe…
    la constitution à l’art 5 stipule que tous les haïtiens sont unis par une langue commune qu’est le “creole” ensuite que les haïtiens disposent de deux langues officielles le créole et le francais…à cette phase d’etude supérieure ou à n’importe quelle autre phase de la vie d’un citoyen haitien formé et éduqué est-ce admissible d’autant qu’on a vu que c’est possible, de commettre de telle sottise?
    Me CONSTANT-GILLES Stevenson

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