En voyant certaine lettre circuler sur les réseaux sociaux, je discutais avec un ami et lecteur de ce blogue de tous ces titres que l’on répugne à donner : Excellence, Honorable, Sainteté … Tous ces prédicats, toute cette pompe, tous ces honneurs dévolus à des fourbes et des pervers à l’impéritie achevée. Que, chez nous, un usage abusif décerne de l’Excellence à tout venant, ne vous déplaise, complique encore plus les choses.

Au Nord, le titre est généralement réservé aux chefs d’État et/ou de Gouvernement, aux Ministres des Affaires Étrangères et aux Ambassadeurs, en dehors de leurs pays et pour les annoncer au public. Dans les pays bien au Sud comme les nôtres, où les gens sont d’une excellence extraordinairement exceptionnelle, il n’est juste qu’au plus petit de nos chefs qui ne reçoive de l’Excellence, chez lui et quand on s’adresse directement à lui.

Forts de notre imperméabilité légendaire au ridicule, nous poussons le trait jusqu’à nommer des repris de justice à la tête de nos institutions. Comme cela nous sommes couverts, nos anneaux chez l’orfèvre étant non pas tant une épée de Damoclès qu’une garantie de notre adhérence aux hauts principes du sucement élevé au rang d’art.

Dans Le protocole ou la mise en forme de l’ordre politique (Deloye et al., L’Harmattan, 1996:11), les règles protocolaires sont présentées comme ayant vocation à  « fixer par un ordre visible la hiérarchie invisible de l’ordre propre à chaque société », confirmant la pensée du général de Gaulle qui y voyait « l’expression de l’ordre dans la République ». Quand elles sont extrêmement évasives et flexibles, faut-il y voir l’expression visible du désordre de notre société? Quand le lourd passé de nombreux « Honorables » parlementaires, de leurs « Excellences » les Présidents, les Ministres, les Secrétaires d’État et autres Directeurs … sont des secrets de polichinelle dont on discute, entre deux hurlements à la Macron, sur Ranmase, il est difficile de ne pas se demander pourquoi ils pensent pouvoir si aisément se moquer de nous.

Cette transparence dans la fourberie, cette insultante désinvolture où ils ne se donnent même pas la peine d’essayer de se cacher à nos yeux, nous devons y être pour quelque chose? Pour que nous l’acceptions ainsi, faut-il bien que, nous aussi, nous soyons coupables? De n’être plus là? D’être en transit? De nous en contrefoutre?

Tel élu est accusé de trafic illicite et de blanchiment d’argent. Tel responsable de la police est un fugitif. Tel agent de lutte contre la corruption est réputé corrompu. Dans nos institutions déjà faibles, chez ces gardes que nous avons chargées de veiller sur et de garantir l’ordre de la République, se trouvent ceux-là même qui la menacent. Nos gardiens sont des criminels. Aussi, quand ils publient des rapports, lancent des sommations, crient au scandale, cela prend-il des allures de règlement de comptes auxquels nous, citoyens-spectateurs, refusons d’être mêlés. Mais peut-être le faudrait-il? Nous ne pouvons continuer à les laisser faire. Ils vont finir par croire qu’ils le méritent leurs « Excellences ».