Mon père m’a donné un mari

Ce matin très tôt, j’ai reçu un appel me disant de ne pas rentrer sur Port-au-Prince et d’annuler mes rendez-vous. En ce 2 janvier, jour des aïeux, l’ochlocratie reprend ses droits. 2017 fait un détour par 2016 et sa crise électorale. 

Adieu, nos belles résolutions d’hier ! Les ravisseurs du peuple haïtien se rappellent une fois de plus à notre souvenir, occupés qu’ils sont à poursuivre leur jeu de trônes dont nous ne sommes que des spectateurs forcés. Sans scrupule aucun, ces usurpateurs de titre se proclament être celui-là même qu’ils ont pris en otage et se réclament de lui.

Le 5 janvier dernier, je dénonçais des Erostates qui refusaient de laisser en paix un peuple qui ne demande que cela. Aujourd’hui, dans Westeros, les seigneurs de la Banane, de la Table, du Cheval et de l’Abeille, s’affrontent dans une bataille de bâtards dont les pères n’ont pas voulu mais qu’ils ont dû accepter – ou n’ont pu refuser pour cause de décès bicentenaire – faute d’alternative. Alors qu’ils se battent pour une chaise aussi affreuse qu’inconfortable, nous assistons, impuissants, à la destruction de notre pays.

Pauvre peuple haïtien qui dans son écrasante majorité – environ 80% des électeurs – est encore resté chez lui pour signifier sa désapprobation de cette démocratie sans demos qu’on prétend lui imposer. Voilà qu’on va encore l’accuser d’œuvrer à sa propre destruction, de ne pas savoir ce qu’elle veut, de voter contre ses intérêts alors que son Donald Trump à lui, on le lui avait imposé. Voilà qu’on va le rendre responsable des routes détruites, de ces vitres cassés et de ces pneus brûlés qu’on lui sert avec une régularité de métronome. Pauvre Haïti à qui ses pères ont donné une succession de maris si petits, si petits.

Qui sait, en cette journée qui leur est consacrée, nos aïeux voudront peut-être réparer et, à défaut de nous trouver un grand mari, mettre le feu à leur paillasse.

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