Un pitre dépité

Evans Paul a décidé de ne pas accueillir son successeur. On le comprend, le charlatan en chef étant parti sans le pouvoir, ç’aurait été déplacé. Mais un pitre reste un pitre, et quand celui-ci se double d’un homme de théâtre, il se doit de nous donner un vrai spectacle d’adieu. Et Dieu qu’il a essayé. L’homme qui un jour, côté cour (gauche) , brandit fièrement un coq pour finir déplumé, se montre d’une rare loyauté pour la mouvance chauve, côté jardin (droit). Il faut le comprendre, ils ont changé sa chemise lorsqu’il suait. L’homme est reconnaissant. Mais pas seulement.

Un jour avant l’élection du nouveau Prince, le Premier Pitre d’un ancien Président chanteur joua son va-tout au Marriott. Comme pour une récente célébrité éphémère des réseaux sociaux, c’est l’hôtel à l’emblème rouge qui aura servi de scène à sa déjection publique. Lui, que jusque-là l’on pensait peut-être maintenir dans son rôle, voulut, en une tentative particulièrement stupide de la part d’un vieux routier de la politique haïtienne, garantir sa mise en invitant des parlementaires à se détourner du Prince présumé.

Cest Machiavel, l’auteur du Prince lui-même qui le dit: pour être efficace il faut cacher ses intentions. Montrer sa main aussi clairement au Marriott, fut le début d’une triste chute, où le Fremdscham le dispute au Schadenfreude, dans une embarrassante comédie bien de chez nous. En bon ministre de facto, l’ex-Premier Pitre s’accroche à son poste, fait sortir des notes de sa Primature à l’intention de ses ministres, (s’essaie à) tâcle(r) le nouveau Prince, se drape dans une Constitution qu’il a allègrement aidé à violer et qu’il prétend défendre désormais … jusqu’à se faire jeter de ses anciens appartements, le front haut, l’âme fière, comme on jette dehors un chien.

Dans un autre registre, écrivant à propos de Tite-Live, Machiavel rappelait que « ce n’est pas le titre qui honore l’homme, mais l’homme qui honore le titre. » Maintenant que la liste des nouveaux ministres est connue, il serait souhaitable que ces 11 hommes et ces 4 femmes, ne revêtissent pas trop vite les oripeaux des pitres qu’ils remplacent. Que ces frusques, pauvres et déchirées, ces nippes, usagées et en mauvais état, que sont nos institutions, soient portées par des ministres, membres du cabinet d’un Premier ministre nommé par un ancien Sénateur issu des Nippes, qui préféreront honorer leur titre à jouer au pitre.

Ce n’est pas immédiatement évident et des dérapages restent possibles mais “rien n’est aussi désespérant que de ne pas trouver une nouvelle raison d’espérer.” C’est Machiavel qui le dit.

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