Pailles de pistache et représailles politiques. #SeBonPouLwaYo

Il existe quelque chose qui semble déranger plus céans que la corruption: la lutte contre la corruption. Quiconque s’y essaie se voit immanquablement accusé de se lancer dans des représailles politiques. Ces accusations ne sont certes pas toujours sans mérite. Il est même souvent arrivé chez nous que les enquêtes sur la corruption ne soient que ça. Nonobstant, ce n’est pas parce que celui qui vous accuse d’être corrompu l’est lui-même que cela veut dire que l’accusation n’a pas de mérite.

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Un pitre dépité

Evans Paul a décidé de ne pas accueillir son successeur. On le comprend, le charlatan en chef étant parti sans le pouvoir, ç’aurait été déplacé. Mais un pitre reste un pitre, et quand celui-ci se double d’un homme de théâtre, il se doit de nous donner un vrai spectacle d’adieu. Et Dieu qu’il a essayé. L’homme qui un jour, côté cour (gauche) , brandit fièrement un coq pour finir déplumé, se montre d’une rare loyauté pour la mouvance chauve, côté jardin (droit). Il faut le comprendre, ils ont changé sa chemise lorsqu’il suait. L’homme est reconnaissant. Mais pas seulement. Continuer de lire « Un pitre dépité »

Suce ou crève

Il n’y a pas si longtemps, pour parler de notre accès légitime aux caisses de l’État, nous exigions, à cor et à cri, notre part du gâteau. Aujourd’hui, le peuple haïtien assiste aux efforts serpentins de ses fils et de ses filles pour s’assurer de sucer une menthe. En passant de la logique du gâteau à celle du bonbon, nous adhérons, encore plus profondément, et à notre manière, à l’hégémonique pensée néolibérale, ode économique impénitente à l’individualisme poussé.

Si dans l’image du gâteau se trouvait celle d’un partage, aussi inégal soit-il, avec la sucette, nous passons à un registre fondamentalement égoïste, sucer étant un acte profondément individuel. L’on pourrait même arguer que c’est un acte infiniment plus débilitant puisque détruisant l’essence avant de s’en prendre à l’existence. Au moins quand on est mangé, on l’est d’un coup et entièrement.

L’étymologie fait remonter le mot sucer à la racine indo-européenne seu (prendre un liquide). Sucer revient donc à aspirer le jus, l’essence, le suc d’une chose. Sucer l’État, c’est l’enfoncer dans son état de fragilité en le privant de sa substance, en n’en laissant plus que la pauvre carcasse décharnée. Mais qu’à cela ne tienne, nous pourrons en sucer les os. Jusqu’à la moëlle. Jusqu’à ce qu’il n’en reste plus ?

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L’insécurité est un tyran qui n’épargne personne

La toute puissante insécurité du mois de décembre ne semble épargner personne. Dans une lettre au ministre de la planification en date du 3 décembre 2015, le Secrétaire Général de la Présidence, s’inquiète « des conditions précaires, souvent déplorables pour les agents de la sécurité qui l’accompagnent » dans lesquelles se réalisent les déplacements fréquents du Président « tout au cours de cette dernière période ». Il faut ajouter à cela les questions sécuritaires relatives à l’installation prochaine d’un nouveau président et l’on comprend aisément que  « ceci appelle à des débours immédiats et urgents, argent comptant ».

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Les Woulibeurs

Aujourd’hui, 6 novembre 2015, un jour après la publication de ses résultats par le Conseil Électoral Provisoire, les rues sont calmes. Comme pour le 25 octobre dernier, l’exploit d’Opont continue… Jusque dans le jour de publication des résultats. Un jeudi. Juste à temps pour le début d’un long week-end… que promettent de prolonger nos gréveurs professionnels*, lundi et mardi prochain. Pour les (très nombreux) woulibeurs parmi nous, cette conjonction de conjonctures est particulièrement bienvenue. Les gede des premier et deux novembre ont été cléments. Un long congé de cinq jours, cela se fête.

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Une nation d’humiliés

Hier, dans son infinie mansuétude, le Conseil Électoral Provisoire a convoqué les partis politiques dans une rencontre qui, comme à l’accoutumée, n’a débouché sur rien ; le CEP ayant, comme d’habitude, mis fin à la rencontre, en filant à l’anglaise. Entre-temps, au Ministère de la Communication, un pitre pleureur a été remplacé par un pitre pantin, tandis qu’au Ministère de l’Agriculture, un pitre paillasson reprenait – ou se voyait laisser reprendre, la question n’est pas claire – la loi de sa joue. Un candidat à la députation au casier judiciaire vierge a été écarté des élections pour … condamnation pour trafic de stupéfiants … par un tribunal de Miami; le jeu sinistre et macabre entre la République Dominicaine et Haïti sur le dos des rapatriés continue ; plus de 5000 candidats sont autorisés à se présenter aux prochaines (s)élections locales  … pendant que notre Premier Ministre se fend d’un sourire de premier pitre pour sa rencontre avec le Secrétaire d’État américain, John Kerry.

Hier, comme tous les jours précédents, Haïti (et les Haïtiens) a continué de plier sous le poids d’une humiliation constante et persistante, une humiliation grave, du type présenté par Maury Silver et al. (1986) comme privant de toute capacité de rébellion. Instrument de contrôle social, l’humiliation mine le sens que l’individu a de son identité. C’est ce qui explique les caractéristiques d’impuissance et de déshumanisation qui accompagnent souvent l’expérience de l’humilié; cette Humiliation avec un grand H visant à retirer à celui-ci jusqu’à son humanité (Jean B. Miller, 1991).

Dans la dynamique de l’humiliation – la formule est de Donald C. Klein dont les travaux sur l’humiliation deviennent progressivement incontournables – le composant relationnel comprend trois rôles :

  • celui qui humilie, qui en retire un sentiment de puissance ;
  • celui est humilié, qui en garde un sentiment d’impuissance, de dégradation, voire de confusion ;
  • celui qui en est témoin, qui en acquiert la peur d’être à son tour humilié.

Des trois, le troisième est peut-être le plus dangereux et sans doute le plus à même d’expliquer la persistance de l’humiliation que nous subissons et à laquelle nous participons. Le témoin veut éviter d’être l’humilié. Aussi, lui arrive-t-il souvent d’aider l’humiliateur dans l’espoir d’éviter l’humiliation, s’humiliant par le fait même. C’est ici que l’humiliation prend tout son sens en tant que forme d’oppression. Elle établit un système de dégradations en spirale qui a servi à expliquer, entre autres, les conflits internationaux (Thomas Scheff, 1994) et auquel le Professeur Bertrand Badie a consacré ses deux derniers ouvrages, La diplomatie de connivence et Le temps des humiliés dont je recommande vivement la lecture – et pas seulement parce qu’il a été mon (brillantissime) Professeur. Continuer de lire « Une nation d’humiliés »

Caricature Rotschild Jean François

Ces ministres qui font le pitre

En quatre ans de règne, le Président Martelly s’est retrouvé à la tête – vous excuserez le terme impropre mais approprié ici – de trois gouvernements (dont un de facto) qui se sont distingués par un défilé sans fin de ministres et de directeurs généraux. Pendant les quatre ans des administrations gouvernements Martelly-Conille, Martelly-Lamothe et Martelly-Paul, nous avons vu des Haïtiens surdiplômés accepter de se faire humilier régulièrement et en public pour un titre de ministre devenu synonyme de pitre.

Dans son acception première et ancienne, le pitre est un bouffon ; un acteur chargé d’amuser et d’attirer les gens autour des tréteaux d’un charlatan. Le pitre c’est celui qui fait les grimaces, les plaisanteries douteuses et autres facéties destinées à distraire le public des arnaques bien réelles de l’escamoteur pour lequel il joue le rôle de hype man – pour utiliser une terminologie plus moderne. Naturellement, plus il joue bien son rôle, plus il doit être promptement remplacé. Le pitre – dont le nom viendrait d’une prononciation déformée de piètre – commence par attirer les rires, souvent empreints de pitié, de la foule avant de récolter sa colère quand elle se rendra compte – comme elle n’y manquera pas – qu’elle a été bernée. Aussi, faut-il vite en disposer.

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