La race ne se perd pas

Le Bénin n’est pas que la patrie du vodou. Pour bon nombre d’entre-nous, dont l’auteur de ces lignes, c’est la grand-mère patrie. Aussi, n’ai-je point été surprise d’apprendre que 48 candidats à la présidence venaient d’être approuvés par la Commission Électorale Nationale Autonome (Cena) pour les présidentielles de  février. C’est vrai qu’il leur en manque 6 pour prétendre à notre record de 2015 mais si l’enfant ne dépasse pas ses parents… Du reste, nous n’aurons la liste définitive que le 25 janvier après sa validation par la Cour constitutionnelle du Bénin qui, pendant dix ans, de 1998 à 2008, a été présidée par… une Haïtienne. Il se peut donc qu’il y ait quelque réduction.

Une autre différence de taille : le Bénin est stable. Avec un indice de démocratie de 5.65 (régime hybride), il est régulièrement classé dans le top 10 des démocraties africaines. Aucune MINUSTAH n’y est donc nécessaire. Les élections se feront de façon,  c’est le cas de le dire, « autonome », avec la bienveillante assistance électorale du PNUD. Si tout se passe bien, le nouveau président du Bénin sera le franco-béninois que des mauvaises langues comparent au Meursault (l’Étranger) d’Albert Camus perdu dans un monde dont il ne connaîtrait pas les codes.

Ce n’est pourtant pas faute d’essayer. Depuis qu’il est devenu, bride sur cou, le Premier Ministre du très controversé Yayi Boni, Lionel Zinsou, s’efforce de convaincre les Béninois que, pour être né dans l’ancienne métropole, d’un père médecin du poète-président et académicien Léopold Sedar Senghor et d’une mère française, il n’en est pas moins comme eux. « Parachuté » de Paris, après une brillante carrière de banquier d’affaires et de professeur, précédée par de non moins brillantes études à l’École Normale Supérieure, Sciences Po Paris et la London School of Economics, Monsieur Zinsou a troqué les costumes trois pièces européens contre des trois pièces genre agbada ou bomba surmonté d’un gobi assorti. Il est Béninois et il est fier.

L’homme n’est pas tombé d’un arbre. Son oncle Émile a été – par la grâce de l’armée qui le renversera moins d’un an et demi plus tard – président du Bénin, de juillet 1967 à décembre 1968. Il se raconte qu’il a essayé de revenir au pouvoir en 1977 en renversant le grand caméléon et père de la stabilité béninoise, Mathieu Kérékou. Toutefois, on ne se débarrasse pas comme ça d’un dictateur putschiste marxiste-léniniste (1972-1991) devenu démocrate convaincu (1996-2006) jusqu’à aller au second tour, pour son deuxième et dernier mandat (84% des voix),  avec le candidat classé quatrième. Les numéros deux et trois avaient décliné de participer à la suite de l’aventure électorale alléguant l’existence de fraudes – en français haïtien, irrégularités – massives en faveur du parti au pouvoir grassement financé, il appert, par un des fournisseurs du Ministère de la Défense américain. Aujourd’hui, Émile Zinsou se contente d’être le vice-président du Haut Conseil de la Francophonie, le Doyen des anciens présidents de la République et l’oncle du Premier Ministre débarqué au pouvoir, tout comme lui, par un beau jour de juillet.

C’est que, comme tout PMA qui se respecte, le Bénin a son États-Unis d’Amérique. Il s’agit de notre ancienne métropole commune qui contribue généreusement en milliards de francs CFA au budget béninois. Une générosité que les politiques béninois lui rendent bien en achats d’actions et d’immeubles parisiens, contrats juteux pour Bolloré et autres détournements plus ou moins savants des fonds de l’État. Une chance que la communauté internationale (Union Européenne, Banque Mondiale et co) accompagne le Bénin dans sa longue marche vers le développement, au moyen, notamment, de l’appui budgétaire. Et qui mieux pourrait garantir cette avancée qu’un ancien associé-gérant de Rothschild et Cie et de PAI Partners?

En 1990, le demos haïtien avait défié la sagacité de ses meilleurs, en rejetant le haut fonctionnaire de la Banque Mondiale qu’on lui avait proposé, nous plongeant dans une interminable instabilité transitionnelle. Pour le bien du Bénin, espérons, avec un peu de chance, que la race se perd parfois.

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