Ces dirigeants qui voulurent diriger

Ces derniers temps, de nombreux compatriotes attaquent la thèse du Blanc responsable de tous nos maux en signalant, avec justesse, que celui-ci ne pourrait pas nier les droits de tout un peuple sans l’accord de certains d’entre nous, de la classe politique dégénérée, de la bourgeoisie compradore, de la petite bourgeoisie suceuse … Ils en concluent – et c’est là qu’ils se fourvoient – que le Blanc (lire l’étranger, pas toujours occidental et quel que soit son bagage génétique) n’est qu’une piètre excuse pour tenter de masquer notre incompétence et notre incapacité à nous auto-gérer. Ils oublient – ou ignorent – que, bien trop souvent dans ce monde, vouloir ne suffit pas pour pouvoir. Ils oublient – ou ignorent – que pour avoir osé se mettre debout et dire non, nos prophètes sont tombés nombreux … pendant que nous  nous tenions à l’écart et regardions.

La preuve par neuf. Neuf portraits de dirigeants qui ont voulu diriger et libérer leur peuple. Neuf portraits de résistants morts, assassinés, sur l’ordre de ou avec le soutien complice de nos meilleurs.

Commençons par ce groupe de sept leaders pan-africanistes qui se connaissaient les uns des autres et partageaient le projet commun d’une Afrique dont les ressources bénéficieraient à ses peuples. Ils finiront tous, assassinés, par les anciennes métropoles coloniales et leurs agents.

  • Félix-Roland Moumié est le premier à partir, en 1960. Leader de l’opposition au Cameroun, il mourra, un peu avant l’indépendance, empoisonné à Genève par un agent des services secrets français. 
  • En 1961, c’est au tour de Patrice Lumumba, premier ministre du Congo nouvellement indépendant, d’être humilié et fusillé par des soldats sous commandement d’un officier belge, avec l’approbation et le soutien des États-Unis et des autres puissances coloniales. Son corps sera ensuite dissous dans l’acide par Joseph-Désiré Mobutu qui lui succédera
  • Sylvanus Olympio, leader du Togo, sera assassiné en 1963, devant le portail de l’ambassade des États-Unis, d’où il venait d’être extrait.
  • Mehdi Ben Barka, leader de l’opposition marocaine, disparaîtra d’un café en France en 1965 et ne sera jamais retrouvé.
  • Kwame N’Krumah, victime d’un coup d’état appuyé par les puissances occidentales en 1966,  à dû partir se réfugier en Guinée où il mourra d’un cancer de l’estomac en 1972.
  • Eduardo Mondlane Chivambo, Président du Mozambique,  tué par une bombe en 1969, courtoisie des services secrets portugais. 
  • Quelques années plus tard, ce sera au tour de Amilcar Cabral, leader et théoriciens des mouvements de libération de la Guinée-Bissau et du Cap Vert de mourir assassiné en 1973.

Ces assassinats en série de – et un coup d’État contre – ces camarades du Che Guevara et de Fidel Castro ont freiné un élan salutaire susceptible de conduire leurs pays respectifs sur la voie de l’indépendance réelle, de la maîtrise de leur destin. Comme un certain:

  • Thomas Sankara, le leader intègre du pays des hommes intègres – le Burkina Faso – pionnier de l’équité des genres, ardent défenseur de la souveraineté alimentaire, grand dénonciateur de l’impérialisme par la culture et l’économie … assassiné par son frère d’armes pour le compte de la France.

ou, plus près de nous, un:

  • Salvador Allende qui,  ignorant que l’Amérique appartenait aux Américains, osa le socialisme et paya de sa vie son outrecuidance qui vit l’ascension du sanguinaire Pinochet au pouvoir, avec la bénédiction de Nestlé.

Vingt-et-unième siècle oblige, le futur président du Bénin s’est récemment retrouvé avec une vidéo indécente circulant dans les réseaux sociaux. Dans l’embarrassante vidéo, Lionel Zinsou – qui ne portait pas encore ses costumes genre agbada – en mode banquier d’affaires et PDG de PAI international, expliquait lors d’un séminaire du parti de l’ancien président français Nicolas Sarkozy que « l’Afrique appartient à l’Europe » et   « chose un tout petit peu plus préoccupante, elle n’appartient pas encore aux Africains ».

Voulant rassurer son public, l’ami Zinsou s’emploie à lui rappeler que « l’Afrique pense en français ou en anglais, elle achète des marques européennes et c’est totalement naturel », donnant raison à un certain Thomas Sankara nous interpellant sur le fait que l’impérialisme commençait déjà dans nos assiettes.  « Qui possède les mines ? Qui possède le pétrole, les produits agricoles, l’immobilier ? C’est l’Europe »,  triomphe Zinsou. CQFD.

Le plus triste est qu’il a raison. Nos pays ne nous appartiennent pas. Et notre asservissement continuera tant que nous n’aurons pas réussi à les reprendre.


PS: Scoop TV a diffusé ce matin un documentaire sur Thomas Sankara. Apparemment, ils le repassent souvent. Si vous tombez dessus et que vous en trouvez le temps, prenez la peine de le regarder.

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3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Jean Ronald CADET dit :

    Vos arguments sont arguments redoutablement convaincants.
    Dans ce texte tres bien structuré, les exemples viennent tout droit de l’Afrique, l’Alma Mater.
    Une question, as-tu travaillé en Afrique ?

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    1. 3sh@ dit :

      Non, mais j’y ai de grands amis.

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