Erostrates

Le 21 juillet -356, alors que la déesse Artémis était occupée, selon le bon mot du biographe Hégésias de Magnésie, « à mettre au monde Alexandre Le Grand », un homme déterminé à devenir célèbre mettait le feu à son temple à Éphèse. Comme le fait justement remarquer Jean-Paul Sartre dans la nouvelle du même nom, Érostrate « ne fit pas un si mauvais calcul » . Même voué à l’interdit par les Éphésiens, son nom est passé à la postérité grâce à l’historien Théopompe – dans ses Helléniques – et ceux qui ont suivi.

Érostrate n’était pas un mauvais bougre à la base. Comme la majorité d’entre nous – l’auteur de ces lignes non incluse – il aspirait à l’immortalité. À défaut de la pierre philosophale, et autre garant d’une vie éternelle, il a trouvé « the next best thing »: devenir célèbre. Il lui fallait toutefois trouver un moyen d’y arriver et flamber le temple de la déesse en était un – et un excellent. Alors, il le fit. Il fit sauter le temple.


Ce mardi 5 janvier 2015, dans un impressionnant marché pressé, certains s’essaient à faire sauter un temple. Entre réunions d’urgence, rappel musclé à l’ordre, publications tout azimut et promesses improbables, certains s’essaient à faire sauter le temple de la liberté. Dans une crise de folie, ils s’acharnent sur un temple, un peuple, qui ne demande rien de plus qu’on le laisse tranquille, avec sa liberté.

Je ne sais à quelle célébrité ils espèrent arriver en jetant de l’huile sur le feu mais je leur conseille de se rappeler que, comme Artémis, la liberté est une déesse farouche qui ne se laisse pas aisément abattre. C’est une déesse qui a été la cause de bien de morts subites. C’est une déesse qui ne supporte guère les imbéciles et qui n’a pas peur des conflits. Qui la cherche la trouve ! Ne la provoquez pas.

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