Qui nous tape sur les doigts aujourd’hui ? Édition Carifesta

Ce matin, à la radio, j’ai entendu l’Ambassadeur d’Haïti à la Caricom et Vice-président du festival, Son Excellence Peterson Benjamin Noël, se lamenter du désintérêt – manifestement très mal venu – du peuple haïtien pour la tenue de la douzième édition de Carifesta en Haïti. Pour ceux d’entre vous qui l’ignorent – ne vous en faites pas, vous faites partie de la grande majorité – cette grande fête de la Caraïbe est un test pour notre pays, une occasion pour nous de montrer au reste du monde que … nous savons fêter, j’imagine. Aussi, l’Ambassadeur Noël, nous a-t-il demandé de nous ressaisir, nous rappeler que « Nous sommes Haïti » et nous mettre à l’heure de Carifesta. Je l’ai donc écouté et, ce soir, j’ai pu trouver un petit temps pour effectuer quelques recherches sur ce festival de 9 jours pendant lequel nous – vous, moi, le pays même – devons faire nos preuves.

La bonne nouvelle, c’est qu’il y a une application; la moins bonne c’est qu’elle est exclusivement en anglais, mais l’obstacle est moindre qu’il n’y parait, il est des photos, beaucoup de photos. Une autre bonne nouvelle est que les préparatifs vont bon train au Champ-de-Mars ; une moins bonne, c’est qu’ils ne semblent pas s’étendre au-delà du Champ-de-Mars. Mais qu’à cela ne tienne, puisqu’il y va de notre honneur de peuple, puisque nous nous sommes engagés … Quoi, vous dites ? Personne ne nous a demandé notre avis ? Ils ont laissé tomber le budgétivore et très décrié Carnaval des Fleurs pour tout de suite le remplacer par le Carifesta? Cette bacchanale va nous coûter 300 millions de gourdes que nous n’avons pas et nous n’avons aucune donnée quant au retour sur investissement? Voilà qui change tout !

Carifesta est donc une dépense de plus, et au bénéfice incertain, d’un État dont on nous rappelle à cor et cri l’insolvabilité. Une dépense de plus pour amuser la galerie. Une arme de distraction massive, de ce régime autoritaire qui ne dit pas son nom, pour essayer de nous faire oublier que, en 2015, près de trois décennies après 1986, la démocratie haïtienne se résume à onze « élus » (10 sénateurs et un président) dont 10 sont membres d’une institution caduque, un gouvernement de facto et des élections qui n’en sont pas.

En matière de politique d’apaisement, la formule a connu un certain succès. Panem et Circenses. Du pain et des jeux. Du temps de Juvénal, les empereurs romains avaient, dans leur cynisme, trouvé la bonne formule pour maintenir la « canaille » dans un état de bonheur servile. Chez nous aussi, on s’y essaie. Trois carnavals dans l’année pour oublier que le taux de chômage est encore au-dessus de 70%. Carifesta pour masquer l’échec prévisible des législatives de 2015. Des fêtes, toujours et encore, pour nous faire oublier, que nos gouvernants sont des incapables et des irresponsables. Et ça marche. Jusqu’à un certain point. Mais il est quelque chose qui manque. Et elle est de taille : le panem. Et comme, on dit chez nous, quand on a faim, on ne joue pas. Et le peuple haïtien a faim, Monsieur l’Ambassadeur.

Selon l’IHSI (données 2012), 58.6% de la population haïtienne vit avec moins de 2 dollars par jour. Plus de la moitié de ce peuple auquel vous demandez de se joindre à la fête ne dispose, par jour, que de l’équivalent d’un jus de fruit à Carifesta pour toute subsistance. Ils peuvent encore moins se payer un smartphone pour rester au fait de la programmation. Plus du tiers (38%) des ménages haïtiens (données CNSA, juin 2012) vit en situation d’insécurité alimentaire et, la production nationale ne répondant qu’à seulement 45% de nos besoins alimentaires, cette situation prend des allures permanentes. Le peuple haïtien a faim. Il lui est de plus en plus difficile de jouer. Comprenez-le et excusez-le. Il fera mieux quand il aura réussi à se mettre quelque chose sous la dent.

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9 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Je n’oserais pas émettre mon jugement en dessous d’un texte qui n’est pas signé. J’éviterai de dire le pire mais à celui qui l’a écrit, je dirais nan lang manman nou: « Yo pat mete zam nan zorey nou pou nou te organise Carifesta. Lheu nou paka fè yon bagay, se pou nou gen courage di Non. Sispan maske moun
    »

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    1. 3sh@ dit :

      Par définition, un blogue est un journal personnel. L’auteur est précisé ici en haut à droite de la date de publication.

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    2. Rivelino Manigat dit :

      J’ai un probleme avec le nous ou nou du creole. Car quand on dit « Nou » je n’arrive pas a savoir si c’est moi et les autres ou si c’est seulement les autres. En fait quand on dit « nou » en creole on ne sait meme plus de qui on parle. Donc quand vous dites Mr Ladouceur « Yo pat mete zam nan zorey nou pou nou te organise Carifesta » , Je n’arrive pas a determiner de qui vous parlez ? Parlez vous de l’auteur ? Parlez vous du peuple haitien dont je fais partie ??? Le « Nou » dont vous parlez mr est probablement Mr Le president , le premier ministre , la ministre de la culture, si ce n’est pas eux , c’est quelqu’un des leur. Quoiqu’il en soit ils ne semblent pas comme dit l’auteur avoir juge bon de « Nous » consulter. Si ce « nou » dont vous parlez « nous » avait demande notre avis nous aurions le courage de dire non a ce « nou ». ce manque de deisnteret pour cette carifiesta est bien expliquee par l’ auteur qui recoit toute mon approbation. Je vous dirai donc vous et ce « nou » dont vous parlez : « Wrong Number »

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