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Chapeau, les génies !

La controverse qui n’a pas lieu d’être a débouché sur la mise en place d’une Assemblée constituante par un Jovenel Moïse qui, depuis février, cherchait le bon moment pour lancer  sa nouvelle constitution. Voici donc réouvert l’ère des chefs d’État produisant leur petite constitution. Une grande tradition initiée par nos pères fondateurs – Dessalines (1805), Christophe (1807, 1811), Pétion (1806, 1816) – souvent préservée – de Soulouque (1849) à Duvalier (1964, 1971, 1983) – mais que nous semblions avoir abandonnée avec la Constitution de 1987.

Pendant que le BINUH oublie de se taire, que le Nouvelliste appelle la formation d’une Assemblée constituante une réforme constitutionnelle et qu’un nouvel argument encore plus ridicule sur le temps présidentiel citant la Professeure Mirlande Manigat hors contexte émerge, Jovenel Moïse est en passe d’accomplir le cauchemar promis par l’ancien Premier Sinistre, Jack Guy Lafontant.

Entre-temps, l’opposition la plus bête du monde se retrouve d’admettre la nécessité d’une Assemblée constituante mais … sans Jovenel Moïse.

Si vous avez l’impression d’avoir déjà entendu tout cela, c’est le cas. En panne d’imagination, toujours à attendre le Blan, l’opposition politique plurielle continue de réclamer la démission de Jovenel Moïse qui… n’en a pas simplement envie. En panne de principes, elle affiche, per fas et nefas, sa mauvaise foi, s’empêtrant plus avant dans ses incohérences.

Elle me rappelle, à bien des titres, le parti républicain aux États-Unis d’Amérique qui a résolu, toute honte bue, de suivre Donald Trump dans sa dérive raciste, misogyne, népotiste et autres qualités autoritaires. À la différence que les Républicains sont au pouvoir et se savent généralement foutus. Nos génies, eux, ne sont pas au pouvoir et croient, Dieu seul sait comment, avoir une chance.

Voilà une opposition qui se trouve en face d’un des Présidents les plus vulnérables qui soient; un Président qui, sur bien des points, est sa propre opposition; un Président qui n’a la confiance de personne. Et que font-ils ? Ils s’arrangent pour être encore pire que lui, sur tous les fronts.

Créer une controverse qui n’aurait pas dû être sur une Constitution faussement amendée et offrir au Président l’occasion d’introduire – sans risque d’être contrôlé par un Parlement – sa nouvelle constitution, il fallait le faire.

Pour rendre tout cela encore plus intéressant, voilà que, Parlement caduc oblige, un nouveau décret sur le numéro d’identification unique vient de sortir et que, ma bouche et moi, n’avons plus qu’à nous arranger pour récupérer notre carte Dermalog.

Jovenel Moïse se prépare donc à avoir SA constitution et SA carte électorale, pendant qu’en face des génies parleront d’un temps présidentiel associé au temps législatif pour la mise en œuvre de la procédure d’amendement de la Constitution de 1987.

Pourtant, l’écriture de Mirlande Manigat est généralement limpide et facile à lire. Dans “Les amendements dans l’histoire constitutionnelle d’Haïti”, dont je recommande la lecture sans réserve, le paragraphe incriminé – parce que c’est effectivement un crime de le citer ainsi – fait appel à une logique très simple : si la deuxième semaine de janvier voit le début d’une nouvelle législature (4 ans), le mandat du président (5ans) devra se terminer avant la fin du prochain janvier et donc, aucun besoin d’un article 134-2. Je ne suis pas aussi convaincue qu’elle du bien-fondé de cette logique, étant donné la spécialité de la procédure d’amendement, mais la logique tient.

De toute évidence, elle ne concernerait toujours pas plus Jovenel Moïse parce qu’il n’est pas un amendement à la Constitution… Ah, c’est vrai, plus qu’un amendement, il va même nous sortir sa propre constitution ! Les génies ont fait fort.

En attendant, me voici, en pleine pandémie de covid-19, devant me procurer ma nouvelle carte d’identification nationale unique, sous peine d’une amende de 5% de mon salaire mensuel – ou du salaire minimum; une chance que je viens de quitter mon emploi.

Patricia Camilien Tout afficher

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