Non, vous ne voulez pas aller en Érythrée

Quand certains de nos hommes ne rêvent pas de se rendre en Afrique du Sud pour voir des jeunes femmes aux seins debout, ils rêvent de se rendre en Erythrée pour décrocher deux femmes pour le prix d’une. Décidément, l’Afrique a la côte chez nous, cette semaine. Sauf que, croyez-moi Messieurs, vous ne voulez pas aller en Érythrée. Vous y rencontriez Issayas Afeworki, un dictateur sanguinaire comme on n’en fait plus. Il préside, imperturbable, une économie en lambeaux et nie, avec une belle superbe, la famine endémique d’une population dont 60% souffre de malnutrition, alors que Monsieur fait guéguerre avec ses voisins, l’Éthiopie, le Djibouti, le Soudan et le Yémen.

Arrestations, disparitions, assassinats… le président erythréen ne lésine pas quant aux moyens d’assujettir une population tragiquement terrorisée et totalement terrifiée. Dans plus de 300 camps de détention, les Érythréens trouvés en faute par ce pouvoir dont le gangstérisme est affiché sont jetés en prison pour être entré en contact avec l’étranger, avoir essayé de s’enfuir ou tout simplement pour avoir une tête qui déplaît. Depuis 2004, un Érythréen sur 5 a réussi à s’évader. Ils forment une diaspora qui nourrit ceux laissés au pays et sur laquelle le gouvernement prélève une taxe révolutionnaire de 2%.

Avant que vous ne pensiez à faire une comparaison avec Haïti, sachez que les membres de la diaspora sont souvent perçus comme des traîtres à la patrie – d’accord, ce n’est pas si différent, finalement – et que leurs parents restés au pays font l’objet de répression si le gouvernement erythréen apprend qu’ils ont participé à une manifestation quelconque contre le régime – ce qui relève plus de l’Haïti duvaliériste que de l’Haïti actuelle. Cela tombe bien, parce que, au début, Afeworki aussi était le sauveur de son peuple, venu le délivrer de l’oppression de l’Éthiopie de Haïlé Sélassié (soutenu par les États-Unis) puis de Mengistu Haïlé Mariam (soutenu par l’URSS). 

Pendant trente ans, de 1961 à 1991, ce héros mythique formé – comme beaucoup d’autres – en Chine a tenu tête et réalisé son rêve fou de créer un État mafieux, propriété privée de sa personne et de son clan. Un peu comme une certaine famille Saoud et comme une source d’inspiration probable d’un certain Al Bagdadi, d’autant que ce cher Afeworki, entre autres activités douteuses, fournit armes et entraînement aux shebabs islamistes de Somalie.

En Érythrée, un curieux assemblage de partenaires maintiennent d’excellentes relations avec la dictature la plus sanglante et la moins connue du continent africain: la Chine, très présente sur le secteur minier et autres avenues de la coopération économique; le très riche Qatar qui joue au médiateur entre le très conflictuel Erythrée et ses voisins; la mafia italienne qui tient là un des joyaux de son empire grandissant en Afrique; l’union européenne qui finance la dictature pour l’aider à garder ses citoyens chez eux

Les Érythréens et les Érythréennes ont pourtant bien des raisons de rester chez eux. Ils peuvent se tourner vers l’avenir confiants dans le fait que, de 17 à 40 ans, ils seront enrôlés dans l’armée où, pendant dix-huit mois, ils seront préparés à défendre leur patrie grâce à la torture, le viol, l’humiliation constante et autres douceurs de l’État. Plus tard, ils pourront, si tel est le bon vouloir du Prince, travailler à sa gloire dans un des grands chantiers du Président, sur une ferme ou dans une usine. Certains ingrats – il y en a toujours – vont chercher à s’enfuir et réussiront à trouver une place sur un bâteau de fortune en partance pour l’Europe. Ils finiront, noyés sur une plage, dans l’indifférence de tous.

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