Accéder au contenu principal

#PetroCaribeChallenge. Stratégies de lutte contre la corruption : la réduction d’opportunités à Singapour

En 1988, sort le séminal Controlling Corruption de l’économiste Robert Klitgaard. À une époque où les sciences sociales s’attachent à étudier la « culture de la corruption », Klitgaard se propose de trouver des stratégies de lutte efficaces en étudiant des cas concrets tels la corruption de la police à Hong Kong ou encore la corruption des douanes à Singapour. Il en arrive à une « formule de la corruption » dégagée de toutes considérations éthiques et morales: 

C= M + D - A   où C = corruption, M = monopole, D = discrétion et A = imputabilité (accountability). 

La formule est un peu simpliste et pose des problèmes au niveau empirique – rien ne permet d’indiquer qu’elle marchera dans tous les cas – et au niveau conceptuel – les relations entre les différentes variables ne sont pas claires – mais  elle a le mérite d’offrir aux décideurs une marche à suivre pour limiter la corruption: réduire les monopoles et augmenter la reddition de comptes.

  • Klitgaard pose que le monopole fait croître la corruption, il faut donc y opposer la compétition.
  • La discrétion causerait la corruption, des critères objectifs de contrôle sont donc de rigueur.
  • L’imputabilité réduirait la corruption, il faut donc augmenter la reddition de comptes, plus de supervision, plus de vérifications …

Autrement dit, une stratégie anti-corruption doit:

  • réduire les occasions propices à la corruption … en simplifiant le cadre de gestion des situations de monopole sur les biens et les services,
  • réformer le système de rémunération et d’évaluation des agents publics … pour modifier leurs comportements et ceux des agents payeurs,
  • inclure des politiques visant une plus grande imputabilité des décideurs publics et privés de manière à ce que les risques de sanction légale soient suffisamment grands pour dissuader les personnes tentées par la corruption.  (Garzon, Hafsi, 2007)

Ce fut la stratégie adoptée par Lee Kwan Yew à Singapour lorsqu’il résolut de mieux payer les responsables politiques tout en les soumettant aux exigences exactantes du CPIB (Bureau d’investigation des pratiques corrompues).

Dans un billet précédent, je l’expliquais ainsi:

Lee Kwan Yew avait une vision bien simple de la question qui sert de prétexte à ce billet : pour attirer les hommes de la plus grande qualité vers la politique – indépendamment de leur motivation  – il faut leur offrir un salaire comparable à ce qu’ils gagneraient dans le secteur privé. Il ajoutera que des salaires bas pour des ministres qui gèrent des milliards ne peuvent que conduire à un dysfonctionnement du système où seuls les hypocrites, futurs ruineurs de pays, voudront rejoindre le service public pour s’en servir à des fins personnels. 

Et si nous payions mieux nos politiciens, 21 mai 2016

Cette politique salariale s’accompagna d’un renforcement des pouvoirs du CPIB – créé en 1952 par le gouvernement colonial britannique comme dépendant du Procureur général – qui sera désormais rattaché directement à la Primature pour le soustraire de toute interférence des forces de police ou autres agences gouvernementales.  Le CPIB est en outre habilité, par la loi de prévention de la corruption (1960), à:

  • détenir des personnes suspectées de pratiques corrompues
  • enquêter sur non seulement le suspect mais aussi sa famille, ses agents et examiner leurs données financières et autres
  • convoquer des témoins et exiger leur présence à l’entrevue
  • enquêter sur tout autre sujet qui surgirait au cours d’une enquête sur la corruption.

Les enquêtes du CPIB sont désormais légendaires. Son site Internet maintient un répertoire de cas d’étude absolument éclairant, dans le privé, comme dans le public

Aujourd’hui, Singapour est classé numéro 6 dans l’indice de la corruption de Transparency International, avec un score de 84/100. Un succès que le CPIB s’attache à expliquer dans la vidéo ci-dessous.

Singapour et la lutte contre la corruption. CPIB, 17 septembre 2018.

Patricia Camilien Tout afficher

How about we let the writing do the talking?

2 pensées sur “#PetroCaribeChallenge. Stratégies de lutte contre la corruption : la réduction d’opportunités à Singapour Laisser un commentaire

  1. Bon jan bèt .
    Ce blogue repousse les barrières de mon ignorance dans ce domaine très complexe qu’est la CORRUPTION.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :
Aller à la barre d’outils