Accéder au contenu principal

Fight, Flight or Freeze

Hier, un média en ligne a publié une vidéo d’une jeune fille – possiblement mineure – qui a eu le malheur de croiser le chemin de certain rappeur en mal de notoriété. Je n’ai pas vu la vidéo – par respect pour la jeune fille – mais j’ai pu en saisir les aspects les plus dégradants grâce aux tweets d’internautes indignés. Dans la bande vidéo, un rappeur aurait baissé le pantalon d’une jeune fan invitée à danser avec lui et lui aurait enfoncé son micro dans le vagin, rhytmant l’action par des tapes sur les fesses de la demoiselle. Sur scène. En public.

Certain.e.s auraient voulu que la jeune fille réagisse, qu’elle gifle le rappeur, qu’elle montre clairement qu’elle n’était pas consentante. Comme si le consentement se faisait par défaut. Ce serait la preuve pour certains qu’elle le voulait bien parce que, comme on sait, danser sur scène avec un artiste, implique qu’on donne à celui-ci le droit d’entrer un micro dans notre vagin. Parce qu’enfin, si nous ne voulions pas être pénétrées par son micro, qu’allions-nous faire sur cette scène? Qu’espérions-nous au juste ? Danser avec lui, peut-être ? Parce que nous sommes fans et voulions nous rapprocher de lui ? C’est d’un ridicule, n’est-ce pas ? Danser sur scène avec un artiste implique qu’il nous enfonce son micro dans le vagin, c’est la base.

Certains en profitent pour exiger que les féministes se décident à la fin. Si les femmes ont effectivement le droit de disposer de leur corps, pourquoi continuons-nous à nous offusquer quand on abuse de nos corps ? La remarque est stupide, dites-vous ? Évidemment les misogynes ne sont pas généralement très brillants. Une brute n’a pas besoin d’être intelligente. Une brute n’a que faire d’un cerveau. Une brute a toutefois accès aux réseaux sociaux et d’autres brutes peuvent ainsi lire ses élucubrations, les aimer et élucubrer à leur tour.

Certains se sont donc donnés pour mission de défendre « l’artiste ». La fille cherchait du buzz. Elle a eu ce qu’elle méritait. Les filles d’aujourd’hui sont des putes. Elles n’attendent que ça. Elle voulait être célèbre. L’artiste aurait dû y mettre son pied aussi et non pas juste le micro… L’Homo Brutus a su faire preuve d’une rare créativité pour défendre un des siens. Sa femelle l’a rejoint, prompte à blâmer celle qui plutôt que de se trouver à l’Église – protectrice émérite des femmes de siècles en siècles – s’est retrouvée sur une scène à se faire enfoncer Dieu sait quoi dans le vagin.

À la fin de la journée, le rappeur s’est « excusé » en s’efforçant de justifier ses actions, dans un texte écrit dans aucune langue humainement connue. Avec un peu de chance, son flirt avec la notoriété s’arrêtera là et nous pourrons nous indigner d’autres bêtises de ces artistes haïtiens qui excellent à se tirer une balle dans la tête à force de mordre la main qui les nourrit. Toutefois, le fait que tant de gens se soient penchés sur les torts perçus de la jeune fille est un rappel de plus de la nécessité de la campagne #PaFèSilans. Le fait qu’aucune enquête ne sera diligentée par la police et que nous passerons rapidement à autre chose, aussi. Le fait que l’absence de réaction de la jeune fille ait été présentée comme une participation enthousiaste, encore plus.

Devoir, à chaque scandale, rappeler des vérités basiques est exténuant. Récemment, je vous disais être fatiguée d’écrire sur Haïti. Se battre pour une cause, surtout une cause comme celle d’Haïti, est taxant, éprouvant, épuisant. Il y a toujours le risque que cette lutte finisse par tout colorer, qu’elle devienne quotidienne, qu’elle envahisse tous les aspects de notre vie. Aussi, faut-il prendre des pauses, ne pas se faire violence, se laisser vivre… pour rester efficace. Prendre une pause, n’est pas toutefois abandonner la lutte. Le besoin d’éduquer est toujours aussi important. L’information du public est toujours aussi centrale. À commencer par les victimes à qui il faut continuer de rappeler que l’agression sexuelle n’est jamais de leur faute.

Nous réagissons différemment aux situations de stress. Comme tous les animaux, lorsque nous percevons un danger, nous répondons en cherchant à nous protéger. Nous nous enfuyons ou nous battons quand nous pensons avoir une chance de l’emporter sur l’adversaire. Dans le cas contraire nous figeons, dans l’espoir, contre tout espoir, que le moment passera et que nous y survivrons.

C’est la réponse Fight-Fight-Freeze (Combat-Fuite-Inhibition) – originellement établie par le psychologue américain Cannon puis complétée par le français Henri Laborit – présentée en toute simplicité dans la vidéo suivante :

Quand nous sommes dépassés par un attaquant et que nous ne voyons aucune avenue de survie, nous avons tendance à figer. Des accidents de voiture au viol en passant par le vol à main armée, nous avons tendance à figer quand nous sommes terrifiés et ne voyons pas comment sortir de la situation. Parfois, nous évanouissons. Souvent, nous nous retirons mentalement de nos corps et devenons spectateurs de ce qui lui arrive jusqu’à oublier ce qui s’est passé. Plus souvent encore, nous jouons le jeu « pour ne pas être victime », comme cette journaliste embrassée de force par un joueur de tennis qu’elle interviewait :

En réaction, ce brillant commentaire d’une femme parlant pour toutes les femmes:

Heureusement, la majorité des commentaires sont plus intelligents et surtout plus humains. Heureusement aussi que les autorités sportives françaises sont sensibilisées au harcèlement sexuel et on réagi promptement en retirant l’accréditation du joueur pour le tournoi. Un jour, en Haïti, viendra un jour où le porte-parole de la police ne blâmera pas une mineure victime de viol collectif de s’être rendue dans une garçonnière. Un jour, il sera jour.

En attendant, continuez à ne #PaFèSilans. Le changement est possible et il passera par nous.

Patricia Camilien Tout afficher

How about we let the writing do the talking?

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :
Aller à la barre d’outils