Ceci n’est pas votre corps

Erika Harper est adepte de yoga, conseillère licenciée en santé mentale et experte en sexualité. Sur son compte Instagram, elle partage des photos à couper le souffle, où la prouesse le dispute à la souplesse. La voilà, enceinte de 35 semaines, en posture de Sirsasana (posture sur la tête), à stresser un homme haïtien pour son enfant (à lui) qui n’est pas dans son ventre … Continuer de lire Ceci n’est pas votre corps

Fight, Flight or Freeze

Hier, un média en ligne a publié une vidéo d’une jeune fille – possiblement mineure – qui a eu le malheur de croiser le chemin de certain rappeur en mal de notoriété. Je n’ai pas vu la vidéo – par respect pour la jeune fille – mais j’ai pu en saisir les aspects les plus dégradants grâce aux tweets d’internautes indignés. Dans la bande vidéo, … Continuer de lire Fight, Flight or Freeze

Pour qu’elle danse

S. est une adolescente joyeuse. Lorsqu’elle arrive à la Fondation et passe ses habits de danseuse, les enfants de l’école sautent de joie. C’est qu’elle est très douée, pas seulement, pour danser, mais pour leur enseigner. Zouk la sèl medikaman nou ni. L’auditorium explose. C’est la chanson de mise en train. Personne ne reste indifférente, même W. qui, depuis que R. s’est moquée de son pas de deux, se tient à l’écart lors des cours de danses. Show. W. s’essaie à répondre au rythme endiablé de Kassav sous les vivats de la foule. La joie de S. est contagieuse. Bientôt, les institutrices, les membres de la direction, les visiteurs du campus… Plus personne ne résiste. Zouk la se sèl medikaman nou ni. Je lui fais signe de la tête, elle répond avec un sourire qui brille comme autant de soleils et me fait signe de rejoindre la danse.

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Aucune victime ne vous doit son histoire

Il nous faudra un jour discuter du voyeurisme viscéral de certain.e.s dans ce pays. Cela va au-delà de l’amour du potin – mon prof de chimie au secondaire, qui se croyait drôle, disait que le zen était le seul métal fabriqué par les Haïtiens – pour tomber dans le morbide. Aussi quelqu’un n’est-il jamais mort tant qu’on ne voit pas son cadavre sur les réseaux … Continuer de lire Aucune victime ne vous doit son histoire

Opont et ses dames

Hier, 27 janvier 2016, le Président du Conseil Électoral Provisoire, le sieur Pierre-Louis Opont, comptable de son état, a reçu une lettre de ses patrons. Dans cette lettre fort clémente, le Forum économique du secteur privé – le plus grand regroupement de patrons céans – invite un malheureux, condamné à publier des résultats qui n’en sont pas, à remettre sa démission « en vue de permettre à la nation de trouver une issue à la crise actuelle ».

Victime de l’OÉA en 2010 – quand il dut retirer Jude Célestin du second tour de la présidentielle – et du BCEN en 2015 – lorsqu’il dut introniser, dès le premier tour, les sénateurs Jean-Renel Sénatus et Youri Latortue – Pierre-Louis Opont est un grand incompris dont les efforts – précise Grégory Brandt qui signe la lettre – « en vue de remplir cette mission difficile et servir les intérêts du pays » sont malheureusement restés vains. Heureusement que, pris dans la tourmente, le Président Opont peut continuer à compter sur ses femmes.

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Et la misogynie se fit Dieu

Au commencement était la vie. Et la vie était dans la femme. Et la vie était par la femme. Et la vie était la femme. Elle était la Vénus de Berekat Rham taillée dans la pierre par l’homo erectus, il y a 800 000 ans. Elle était toutes ces vénus paléolithiques qui ont suivi, célébrant, par leurs formes généreuses, le pouvoir féminin par excellence : la fertilité. Elle était,  au commencement, au cœur de la vie. Tout fut par elle, magicienne, déesse procréatrice. Et rien de ce qui fut ne fut sans elle qui donnait la vie. En elle était la joie, l’abondance et l’amour. Elle était le doux refuge contre la crainte et la peur. Elle voulut partager son savoir, faire de l’autre son égal, offrit une pomme et signa, trop confiante, sa reddition.

En 2013 est parue une intéressante Histoire de la misogynie de l’Antiquité à nos jours (de Adeline Gargan et Bernard Lançon) retraçant les retombées de cette reddition. Les auteurs se lancent dans une étude archéologique de la défiance, du mépris, voire de la haine dont la femme a été victime au cours de l’histoire, de la Grèce archaïque à nos jours. Si l’ouvrage n’a ni la charmante impertinence ni la belle delicieuseté de La Chair interdite de Diane Ducret, il met merveilleusement en lumière l’invariance de la pensée misogyne d’un mythe à l’autre.

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La 50e n’a aucune femme. Naturellement.

Un aîné m’expliqua en ces termes, la raison pour laquelle il y a peu de femmes en politique : il est difficile de trouver des femmes qualifiées. Avant que vous ne lui sautiez à la gorge, sachez, qu’à sa manière, c’est un grand féministe. Il pense qu’il y a un véritable effort à faire pour que les femmes restent plus longtemps à l’école et s’y emploie lui-même. Et il n’a pas tout-à-fait tort. Si, selon l’UNICEF, citée par Evelyne Trouillot Ménard dans son texte sur l’éducation en Haïti, 70% des jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans savent lire, celles-ci quittent l’école plus tôt que les garçons. Sacrifiées au profit de leurs frères – quand les frais scolaires deviennent trop lourds pour la famille – et à moins de trouver un big boss généreux, elles n’ont plus qu’à abandonner leur rêve d’études universitaires et s’employer à autre chose comme se marier ou trouver un job.
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