Skip to content

Un certain 12 janvier

Le 12 janvier 2010, après une longue journée à la bibliothèque de recherche de Sciences Po, je rentrais dans mon petit studio du 7ème arrondissement de Paris, quand la nouvelle m’est arrivée : Haïti venait d’être frappée par un séisme de magnitude 7.2 avec des résultats catastrophiques, particulièrement en pertes de vies humaines. Le temps que je me remette, que j’entre en contact avec les miens en Haïti et essaie de comprendre ce qui s’était passé, j’étais devenue LA source de renseignements pour ceux que je connaissais à Paris. Étant, pour la plupart, leur seule relation directe avec Haïti, tous m’appelaient, m’envoyaient un mél, un texto … avides d’en savoir plus, de présenter leurs condoléances, de m’envoyer leurs bons sentiments … et toute autre action assurément impuissantes et poétiquement futiles mais qui  souvent réconfortent tant ceux qui les entreprennent que leurs destinataires. Naturellement, j’étais souvent aussi perdue qu’eux mais cette communion, ce fort sentiment de notre appartenance commune à l’espèce humaine, a été, j’ose le dire, une des expériences les plus marquantes de ma vie.

Le 12 janvier 2010, je n’étais pas en Haïti. Je n’ai pas vécu ce que la majorité d’entre vous ici ont vécu. Je n’ai pas non plus eu à vivre la perte d’un membre de ma famille ou d’un ami. Je l’ai pourtant vécu, d’une autre manière certes, mais puissamment. Le 12 janvier 2010 m’a ramenée chez moi. Le 12 janvier 2010 m’a ramenée en Haïti, presqu’obsédée par un besoin de « faire quelque chose », quelle qu’elle soit. Ce quelque chose prit la forme, un matin, d’un mél à un Recteur d’université qui, lorsque j’étais étudiante, m’avait offert de rejoindre, plus tard, son Cabinet. Je lui disais mon désir d’aider et, comme il s’inquiétait de la longévité de ce désir, je lui ai promis de consacrer 10 ans à l’institution. Il a dû y croire puisque moins d’un mois après que j’aie formellement commencé à y travailler, il me confiait la tâche de travailler à la mise en place d’une structure chargée de gérer et coordonner les services aux étudiants et  le service à la communauté, par la promotion, notamment, du volontariat étudiant.

Depuis, ce « quelque chose » a grandi. Petit à petit, la vie reprenait plus belle, plus vivante, plus vibrante qu’elle ne l’a jamais été et cet élan nous le devions, paradoxalement, au 12 janvier 2010.  Ce séisme meurtrier a transformé chacun de nous, nous a marqué profondément et explique autant qu’il justifie un rituel auquel nous participons année après année, sur un campus qui a été complètement détruit et vu mourir 23 d’entre nous. Dans cette rencontre annuelle, nous célébrons la vie, bien au-delà du simple désir de faire notre deuil et d’aller de l’avant. Nous honorons un devoir de mémoire, nous satisfaisons à une nécessité ressentie de ne pas démériter et de porter haut le flambeau de ceux qui nous ont laissés mais continuent d’être avec nous, en nous.

Ce 12 janvier, je continuerai de maintenir la flamme. J’espère que vous aussi.

Patricia Camilien Tout afficher

How about we let the writing do the talking?

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :
Aller à la barre d’outils