Le déchoucage n’est pas fini

J’ai de mauvaises nouvelles. Les événements des 6 et 7 juillet 2018 n’étaient qu’un aperçu, un avant-goût, une préfiguration de ce qui nous attend. Ces pneus enflammés, ces routes bloquées, ces magasins pillés … sont des éléments d’un teaser nous invitant à nous intéresser à la suite de la communication et il importe de ne pas mésinterpréter le message qui nous est ainsi transmis.

C’est le propre de l’aguiche que d’être ambiguë. Son rôle est d’annoncer et non de dire. Elle a vocation à entretenir l’intérêt sans rien dévoiler de la production. Plutôt que de répondre aux questions, elle les encourage. Comment autant de gens ont-ils pu se mobiliser aussi bien en si peu de temps ? Mystère. Pourquoi s’en sont-ils pris cette fois aux beaux quartiers ? Suspense. Pourrons-nous retourner à notre vie d’avant où nous n’avions à nous préoccuper du sort de ces gens-là qu’en autant ils font notre service et nous servent de marqueur social ?

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Maisons closes

Il y a une quinzaine de jours nous rappelions la mise en location du Parlement par une foule déchaînée. C’était sous Sylvain Salnave, président populaire s’il en fut, qui vit ainsi ses adversaires proprement rossés par une populace acquise à sa cause . Depuis, un Premier Ministre qui ne l’était pas a été démissionné, de riches hommes d’affaires se sont ridiculisés à se peindre comme les grandes victimes de l’injustice sociale , des Parlementaires se sont publiquement accusés de vols et de malversations … Le premier de ces derniers, Président du Sénat et de l’Auguste Assemblée des Honorables Parlementaires, a commencé piano. À un collègue invitant la foule à mettre le feu à un Parlement inutile, il répondit qu’il ferait mieux de ramener au Parlement le groupe électrogène qu’il y avait subtilisé. Puis tout alla crescendo. Vitesse Grand V. Jusqu’à ce tweet du Sénateur nous informant que le contrat de location de sa seconde résidence à 8 millions de gourdes – quoique largement justifiée par « le prestige de sa fonction » – a été résilié par la même conférence des Présidents qui l’avait approuvé au mois de mars … pour débuter en janvier.

https://twitter.com/josephlambertHT/status/1022170264103256064

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Les parlementaires sont aussi des élus

Ces derniers temps, je me trouve dans l’improbable position de devoir défendre le droit des parlementaires … à parlementer. Cela devrait tomber sous le sens mais il semble de plus en plus inconcevable pour la plupart des gens que des parlementaires retardent ou bloquent les décisions d’un Président, quelles qu’elles soient. Réflexe présidentiel oblige, on peine visiblement à comprendre l’outrecuidance de ces empêcheurs-de-tourner-en-rond de laisser « [s]on pays marcher » en approuvant, au plus vite, la politique générale du Premier ministre nommé. Le Président, nous apprend-on, ayant été « élu par le peuple », il faut, et rapidement, lui donner les moyens de mettre en oeuvre son programme politique. Pourtant, le Parlement aussi a été « élu par le peuple » – et avec plus de trois fois le nombre de voix obtenues par le Président – il a donc aussi son mot à dire. Du reste, dans notre système chimérique, mi-présidentiel, mi-parlementaire, celui-ci est possiblement le véritable lieu de pouvoir, voulu par la Constitution. Continuer de lire « Les parlementaires sont aussi des élus »

À quoi sert Gracia Delva ?

À la mi-mai 2016, le web francophone s’est découvert une véritable passion pour le droit constitutionnel, en particulier tel qu’évoqué dans une question de partiel plutôt bien tournée : « À quoi sert François Hollande ? » La question, un clin d’œil « maladroit » d’un jeune maître de conférence à une formule d’un grand professeur, a trouvé un écho retentissant chez les internautes peu impressionnés par les performances du Président « normal » de la France, alors à 13% de confiance dans les sondages – un véritable record, même pour lui. Leur réponse, négligeant plus ou moins volontairement le contexte de la question : À rien. François Hollande, répondirent-ils, espiègles et rieurs, ne sert à rien. 

Nos politiciens n’étant guère soumis à l’infamie des sondages, nous ne pouvons chiffrer aussi bien notre dégoût d’eux mais comme, en grande majorité, ils nous ont été donnés, à notre corps défendant et qu’ils nous auraient déjà tous enterrés si le ridicule tuait, l’on pourrait être tenté de leur réserver le même traitement que Monsieur Hollande et poser que eux, non plus, ne servent à rien. Pourtant, en plus de parader des danseuses (presque) nues sur un char de Carnaval, se défendre des accusations de vol de génératrices,  et se porter candidat au Sénat quelques mois après sa réélection à la Chambre des Députés, Gracia Delva doit bien servir à quelque chose.

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Et si nous payions mieux nos responsables politiques ?

L’un des arguments qui est revenu le plus souvent pendant cette grève des médecins résidents est qu’il était indécent que les émoluments des Sénateurs soient si élevés – ils ne le sont pas, c’est nous qui sommes très pauvres – alors que les médecins résidents ne gagnent que très peu. Le raisonnement voudrait que celui qui a étudié le plus longtemps et, ipso facto, fait le travail le plus utile gagne plus. Pourtant, le Sénateur a souvent étudié très longtemps à l’école de la vie politique – et une campagne est une bien rude épreuve pour tout être humain normalement constitué – et son travail n’est pas, de sauver des vies, une personne à la fois, mais de sauvegarder notre vie, celle de la cité, tous ensemble. Il me semble que, en suivant cette logique au snobisme mal placé, le Sénateur gagne.

Certains m’objecteront, avec quelque raison, que nos Sénateurs sont souvent incompétents, ne font pas leur travail ou abusent de leur position. Je rétorquerais, preuves à l’appui, que nos médecins aussi. Notre République de suceurs dans son entièreté,  en fait. Le raisonnement ne tient donc pas. Il n’y a d’ailleurs aucun mal à bien payer nos élus. Tous, tant qu’ils sont. Nous les avons choisis pour faire un travail, il convient qu’ils soient convenablement compensés. Après tout, nous attendons bien de nos employeurs qu’ils nous payent un salaire convenable.

C’était aussi le point de vue d’un homme que le Président américain, Barack Obama a qualifié de « géant de l’histoire », un homme qui, en l’espace d’une génération, a fait passer son pays, ancien avant-poste colonial, exigu et sans ressources naturelles, « du Tiers-Monde au Premier Monde« , l’ancien premier ministre singapourien : Lee Kwan Yew.

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