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Les tuyaux de Baigong

À la base du Mont Baigong, dans la province chinoise du Qinghai, au nord-est du Tibet, un mystère attend le cerveau curieux. Alors que les premières traces des hommes dans la région remontent à 30 000 ans, des tuyaux métalliques vieux de 150 000 ans sont intégrés au rocher. La datation par thermoluminescence est de l’Institut de biologie de Beijing sur des échantillons rapportés du site par des scientifiques du Bureau de sismologie. Comment un ouvrage si sophistiqué a-t-il pu être construit 120 000 ans avant l’arrivée des humains ? Mystère.

À 40 kilomètres de là, dans la petite ville de de Delingha, les habitants parlent de grands vaisseaux extraterrestres vus dans le ciel par leurs ancêtres lorsque les premiers venaient s’approvisionner dans leur base triangulaire. C’est cette forme triangulaire de la grotte qui a d’ailleurs mis la puce à l’oreille de l’écrivain chinois Bai Yu, quand il découvrit, le premier, les tuyaux de Baigong en 1996. Dans son livre Into the Qaidam, il relate la découverte extraordinaire de cette grotte et tous ces tuyaux en métal dont le diamètre pouvait atteindre 40 cm et s’étendant sur plus de 80 mètres. Il raconte comment, en s’éloignant pour mieux étudier la zone, il put observer du haut de l’Observatoire de la Montagne Pourpre à Nankin, de vastes étendues de terrain plat et dégagé et se rendit à l’évidence qu’il s’agissait d’une piste d’atterrissage extraterrestre.

Un peu avant, il avait envoyé des échantillons au ministère de l’industrie métallurgique. Les résultats faisaient état de 92% de minéraux et de métaux connus et 8% d’une matière inconnue. L’observation à vue d’oiseau à partir de la Montagne Pourpre confirmait l’hypothèse extraterrestre. Des ouvrages en fer bien avant la présence de l’homme et une substance non identifiée, probablement de nature extraterrestre, le doute n’était plus possible : les tuyaux ont été placés là par des êtres venus de l’espace.

La nouvelle fit vite le tour du monde du paranormal. L’on y construisit un monument. Des amateurs d’extraterrestres venus de partout se rendirent sur place pour admirer et constater de leurs yeux la preuve irréfutable de la justesse de leurs croyances. Des Visiteurs sont bien venus sur terre et ont laissé leurs traces, à Baigong, à Roswell, à Teotihuacán et à tous ces endroits où des artefacts attestent de leur passage.

Trois ans plus tôt, en 1993, un article publié dans le Journal of Sedimentary Research décrivait la découverte de racines fossilisées dans le Sud de la Louisiane aux États-Unis d’Amérique. Certains – les agentes Scully de ce monde, il y en a toujours – suggérèrent qu’il s’agissait d’un phénomène similaire. Sauf qu’il ne s’agissait pas ici de fossiles mais de tuyaux métalliques. Et puis, il y avait la grotte triangulaire, évidence même d’une base extraterrestre. Clou de l’argumentaire, la matière inconnue à l’intérieur du fer. Huit pour cent. La chose était entendue.

En 2003, des scientifiques chinois, cités dans le Ximin Weekly, confirmèrent l’hypothèse de la fixation de sédiments riches en fer sur des racines d’arbres. L’analyse par spectroscopie d’émission atomique des échantillons qu’ils ont récupérés sur le site a montré que la « matière inconnue » était d’origine végétale. Comme en Louisiane, des processus de pédogenèse – formation et évolution des sols – et de diagenèse – consolidation et durcissement de dépôts sédimentaires – avaient entraîné la formation d’éléments minéraux autour des racines dont l’intérieur, en se décomposant, laissait les cylindres creux ressemblant à des tubes.

Ce n’est pas parce qu’un phénomène n’est pas (encore) expliqué qu’il faut le déclarer inconnaissable. C’est au contraire le moment de chercher à l’expliquer, autrement que par des fantaisies. Il est tellement facile de mal interpréter ce que l’on observe. Si facile de sous-estimer la capacité de cette planète et de ses habitants à nous étonner. Le paranormal, l’étrange, voire les machinations étrangères, paradoxalement, rassurent. Si ce qui se passe est réellement hors de notre contrôle, on pourra se consoler en se disant qu’on aura essayé.

La crise haïtienne regorge de tuyaux de Baigong à l’explication simple et rationnelle ne nécessitant guère le recours aux esprits et autres complots fantasques. Dans un pays construit par des personnes anciennement asservies et colonisées, des colons intérieurs reconvertis en capitalistes primaires exploitent une population en usant de tous les moyens pour la subjuguer: langue, couleur de peau, religion. Cette exploitation à outrance crée et maintient des inégalités insoutenables que la politique régule et administre de plus en plus difficilement dans une société constamment au bord de l’implosion. Pourquoi aller chercher du côté de Dieu ou le Diable là où la cupidité suffit amplement.

Ou, alors, c’est ce que je veux vous faire croire et la vérité est ailleurs.

Patricia Camilien Tout afficher

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