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Le coup du Lapin

Jean-Henry Céant ne l’a pas vu venir. Comment aurait-il pu ? Il était trop occupé à planifier sa percée louverturienne pour voir arriver son Fort de Joux. Du reste, c’est le propre du coup de Lapin d’arriver par surprise, par traîtrise, par derrière. Son ministre de la Culture qui devient Premier Ministre a.i. alors qu’il se préparait à se battre en justice contre son renvoi par la Chambre des Députés ? Non, ça, Céant ne l’avait pas vu venir.

Il y avait des indices pourtant. À commencer par, dans l’affaire des Mercenaires, la présence du Ministre Jean-Michel Lapin au Commissariat de Port-au-Prince bien avant l’arrivée du Commissaire. Pour une affaire concernant de si près le Président et les siens, la présence de Lapin ne pouvait être fortuite. L’homme a la confiance de son chef qui d’ailleurs n’hésite pas à le montrer dans le Tweet même nous informant de sa nomination comme Premier Ministre.

Sur la photo un Lapin, tèt kale, regarde droit devant lui. Sur le mur derrière lui, se trouve la photo d’un Jovenel Moïse souriant. Avec de quoi. Il s’offre à nouveau un médecin. Les notaires ne lui réussissent pas. Le Président, nostalgique d’un certain Jacques Guy Lafontant, peut-être satisfait de lui-même.

Déjà, en le nommant Premier ministre intérimaire à la place de Jean-Henry Céant avant que ce dernier n’ait remis sa démission, il signalait le fait.

Quoiqu’il se réfère à l’article 165 de la Constitution, le Président Moïse ne se donnera même pas la peine de prétexter d’un « cas d’incapacité permanente dûment constaté du Premier Ministre ou de son retrait du poste pour raisons personnelle ». Céant devra lui-même constater son incapacité permanente et jeter l’éponge. Comme ses deux prédécesseurs, Lapin se fera bananer certes mais c’est un peu pour cela qu’il a été choisi. Pas seulement par le Président. Par les députés aussi qui ne se sont pas « donnés du mal à faire un coup d’état pour le livrer comme ça comme ça ».

Pour tester son investissement, le député Candy Dorfeuille se serait rendu au Ministère de la Planification et de la Coopération externe pour exiger que le Ministre Pierre Jean Claudy gère l’affaire courante de la nomination de deux nouveaux agents de développement à la direction départementale capoise du Ministère et d’un opérateur informatique à la direction départementale de l’Ouest. Les lettre de nomination, signées par le Ministre Pierre et approuvée par le Premier Ministre Lapin sont reprises ci-dessous.

Naturellement, le fait que son arrêté de nomination convienne qu’il ne devait y avoir de nouvelles nominations dans l’administration publique pendant l’intérimat n’empêchera pas le désormais Premier Ministre Lapin de viser et d’approuver la nomination de Fleurant et Bien-Aimé.

La nouvelle surprend le Directeur Général, Jacques Stevenson Thimoléon, et le Syndicat du Ministère qui, iront aussi de leurs circulaires, pour dénoncer, s’étonner et prendre acte des irrégularités.

Depuis, une semaine, des employés font la grève, pour préciser que, d’après leurs tracts, le MPCE n’est pas une annexe du Parlement, le MPCE n’appartient pas au Ministre Pierre (ce n’est pas le cheval de son père), ils ne veulent plus de voleurs à la tête du ministère, ils veulent quelqu’un d’honnête à la tête du Ministère. Voilà donc le Premier Ministre Lapin parfaitement compromis – de l’affaire des mercenaires à la grève du MPCE, sans oublier l’actuelle pénurie d’essence. Souhaitons-lui donc bonne chance!


Vous êtes nombreux.ses à me demander si Monsieur Lapin a besoin d’une décharge pour être Premier Ministre. La réponse est non. Pour au moins trois raisons.

  1. Avec la Constitution amendée, un Premier Ministre entre en fonction dès sa nomination.
  2. L’article 157-6 de la Constitution relatif à la décharge pour un candidat au poste de premier ministre parle de personne ayant été comptable de deniers publics. Monsieur Lapin est ordonnateur et non comptable de deniers publics et il ne l’a pas été, il l’est encore.
  3. La chose n’est pas nouvelle. C’était déjà le cas avec l’ancien premier ministre Jean-Max Bellerive nommé puis ratifié alors qu’il était ministre du gouvernement démissionnaire de Michèle Pierre-Louis.

Patricia Camilien Tout afficher

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