Ces candidats qui vont aux élections pour perdre

Dans une entrevue accordée à Radio France Internationale (RFI), samedi dernier, notre Prince de la Saint-Valentin expliqua ainsi sa présence à la tête de l’État :

Pourquoi je suis président aujourd’hui ? Parce qu’il y a certains hommes qui avaient des responsabilités qui ne les ont pas assumées. Je suis en train aujourd’hui de corriger leurs propres erreurs. Ils n’ont ni la moralité ni la crédibilité, ni l’intégrité nécessaires pour me donner des leçons.

En quatre phrases simples, il a facilement démonté ses critiques et les a remis à leur place. Celle de pitres irresponsables et niais et de charlatans aussi inconsistants que dangereux. Il a mis face à leur nudité ces grugeurs de pays qui essaient aujourd’hui – sans grand succès – de se poser en victimes. À une telle délocuttée, ils n’ont su offrir rien de mieux que le caractère de facto du pouvoir du Prince. Comme si c’était un fait nouveau. Comme s’il ne l’avait pas toujours été. Comme s’il n’était pas de facto que parce que, eux, n’ont pas su rester dans le de jure.

Le problème est que, chez nous, les (aspirants) hommes politiques, dans leur très grande majorité, ne se reconnaissent pas de responsabilités. Alors qu’approche le délai de confirmation des candidatures aux présidentielles de 2016, un peu moins d’une vingtaine de candidats – dont au moins une quinzaine de zéros – sont en lice pour diriger les destinées de la première République Noire. Avec un sans-gêne qui n’a d’égal que le peu de respect qu’ils ont pour l’histoire de ce pays, pour son peuple et pour eux-mêmes, ils sont allés gaiment signer un formulaire qui confirme, si confirmation il fallait, que le ridicule chez nous ne connait pas de limite. Les élections céans étant souvent une borlette, ils tentent leurs chances. Aussi négligeables soient-elles. Ils espèrent ainsi tirer un numéro qui leur permettra de s’enrichir rapidement et facilement.

En Haïti, la politique est avant tout un moyen de se faire de l’argent. Nos politiciens accèdent au pouvoir en fraudant aux élections ou en s’achetant et/ou en rançonnant leurs postes. Une fois au pouvoir, ils s’attèlent à récupérer au plus vite leur mise  et à maximiser leur retour sur investissement. Ces opérations, ils les mènent au vu et au su de tous. Ils écrivent des lettres collectives  et en discutent à la radio. D’une rare franchise dans leur malhonnêteté, ils exposent et justifient leur corruption en insistant pour qu’on dise qu’ils ont volé « aussi », « appelle[nt] un chat un chat » et se battent ouvertement pour leur « part du gâteau ». Qu’importe que le gâteau ne soit guère plus qu’un pain noir que des hommes, traitres à la patrie, aux pieds de nos meilleurs déposent alors que ceux-ci, « dans [leur] villa tranquille, [b]oi[vent] et mange[nt] le prix du sang ».

À aucun moment, l’avenir du pays ne semble entrer dans leurs calculs. Ils sont dans la course pour eux-mêmes. Pour leur égo. Pour tripper. Sans compétence. Sans expérience. Sans même la capacité de mobiliser, ne serait-ce que 1% de l’électorat. Mais ils auront été candidats à la présidence. Et deux fois de surcroit. Voilà leur statut de leaders autoproclamés homologué. Les voilà officiellement autorisés à polluer, sans conséquences et avec possibilités de rémunération, l’espace public.

Notre prince s’est aussi adressé, en passant, à ceux-là:

Jocelerme Privert est l’une des personnalités qui disposent du profil pour occuper n’importe quelle fonction dans le pays. […] Je fus directeur général aux impôts, secrétaire d’Etat aux Finances, ministre de l’Intérieur et sénateur de la République. J’ai complété près de 40 ans d’expérience dans la gestion des affaires de l’Etat. Donc, j’ai le profil, j’ai la capacité, j’ai la compétence, j’ai l’expérience. Et pourtant, je ne figurais pas parmi les 54 candidats à la présidence.

En effet.

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Certains de ces petits candidats ont aussi  »le profil pour occuper n’importe quelle fonction dans le pays » et certains grands ne l’ont pas. Parfois avec ce genre de profil on fait autant de mal au pays que si on ne l’avait pas. Les grands autant que les petits candidats sont souvent animes des pires intentions ! Dans ces farces electorales, les dindons sont l’electorat!

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