C’est quand la dernière fois que vous avez battu votre femme ?

fbmessage1Ce matin, j’ai vu passer dans mon fil d’actualités sur Facebook le message ci-contre d’un bon samaritain qui pourrait se résumer à une injonction de ne pas m’immiscer dans la vie privée des gens, même en cas de violation de la loi, parce qu’il n’est de plus grand mal contre une victime que la dénonciation de tels actes. On comprend que Monsieur soit « très fâché ». S’il dit vrai, c’est grave.

Il n’est pas le seul. Les commentaires quant à ma lettre au Commissaire Clamé Ocnam Daméus sont une véritable mine de justification de la violence sur les femmes que l’on aime et qui, nature oblige, se révèlent être de véritables putes. Aussi, faut-il les corriger. Qui aime bien, châtie bien.

Mon chauffeur aussi s’est mis de la partie.   Madam si l fè sa se paske l renmen l. Je lui ai répondu que certain « ami du président » – c’est, d’après la TNH, son titre officiel – devait particulièrement nous aimer pour battre de la sorte les entrepreneurs, les étudiants, les femmes … L’on pourrait aussi proposer, pour faire bonne mesure, que les enfants dont les parents les battent par amour leur rendent la pareille, en les rouant à leur tour dans le goût de Jésus. Quelle société aimante nous ferions!

Je ne devrais pas avoir à le rappeler mais, puisqu’on ne semble guère vouloir me laisser le choix, en matière pénale, la poursuite relève exclusivement du Parquet. Lorsque vous commettez un crime, ce n’est pas votre victime – qui peut, si elle le désire (et/ou le peut), porter plainte et se constituer partie civile – qui crie justice. C’est la société, qui en elle s’estime lésée, qui le fait. Si elle décide de vous pardonner – nous saluons sa noblesse d’âme – mais cela ne vous absout pas de votre crime. Votre victime n’en a pas le pouvoir. C’est à la justice d’en décider.

fbmessage2À commencer par le Commissaire Daméus qui, d’après ce charmant commentaire laissé sur la page Facebook de ce blogue, doit bien se marrer .. parce que, naturellement, une femme mérite toujours une bonne bastonnade. Une gentille dame suppute que, mon mari me battant probablement tous les jours, je dois être en train de gérer un kòb. Malheureusement, je n’ai pas la chance d’avoir un mari si attentionné. Du reste, dans ma famille, on m’a bien expliqué qu’il fallait préciser à tout éventuel mari que j’ai à ma disposition une institution privée avec 1 400 hommes armés. J’ai aussi une amie dont le père a jugé bon de lui donner des conseils de décoration pour son futur foyer: placer dans chaque salle des vases en verre qu’elle pourra à tout moment transformer en arme blanche, en les cassant contre un mur. Naturellement, le fait que nos parents sentent la nécessité de nous donner ce genre de conseils n’augure rien de bien glorieux pour la société dans laquelle nous vivons. Mais, qu’importe.

C’est que la vraie victime ici est l’homme. Après toute la peine qu’ils se donnent pour les femmes et c’est ainsi que nous les remercions? L’histoire est aussi vieille que le monde. C’est l’histoire classique des romans d’aventure. C’est aussi celle des films d’action (films mâles par excellence). Dans les films romantiques (généralement destinés aux femmes),  la femme doit passer 90 minutes à travailler pour mériter son homme; dans les films d’action, la femme est la récompense du héros. Il a sauvé le monde, il l’a bien mérité. Toute l’Histoire (écrite majoritairement par des mâles) en atteste.

La femme-butin est un grand classique. Des vierges-tribus du chapitre 20 du Deutéronome aux esclaves sexuelles de Daesh, en passant par le rapt des Sabines ou le viol de Nankin, la tradition est évidente. Les hommes qui battent leurs femmes ont donc de qui tenir. Vous venez d’une longue lignée de violeurs, de pilleurs, d’assassins… tous victimes de la fourbe arrogance des femmes. Cette même arrogance qui explique que j’aie osé souhaité que le Commissaire Ocnam , homme de son état, fasse son travail. Cette même arrogance qui explique que je continuerai de m’insurger contre tous les cas de violence avérés contre les femmes. Ceci étant établi, c’est quand la dernière fois que avez-vous battu votre femme ?

9 Comments

  1. La société haïtienne à toujours été machiste; je ne m’étonne pas de cette façon de voir/penser. La victime ne porte jamais plainte contre ce genre d’abus serait-ce par crainte? Par peur de dérision ou de ne pas être crue? Haiti (grand, petit pays). À suivre…..

  2. Il faudrait rappeler de temps à autre à nos boxeurs amateurs les extrêmes auxquels ont été réduites certaines femmes ayant eu à faire face à la violence de leurs compagnons aimants. Le cas de Lorena Bobbitt reste emblématique du désespoir et de la colère d’une victime qui ne voulait plus l’être.

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