C’est quand la dernière fois que vous avez battu votre femme ?

fbmessage1Ce matin, j’ai vu passer dans mon fil d’actualités sur Facebook le message ci-contre d’un bon samaritain qui pourrait se résumer à une injonction de ne pas m’immiscer dans la vie privée des gens, même en cas de violation de la loi, parce qu’il n’est de plus grand mal contre une victime que la dénonciation de tels actes. On comprend que Monsieur soit « très fâché ». S’il dit vrai, c’est grave.

Il n’est pas le seul. Les commentaires quant à ma lettre au Commissaire Clamé Ocnam Daméus sont une véritable mine de justification de la violence sur les femmes que l’on aime et qui, nature oblige, se révèlent être de véritables putes. Aussi, faut-il les corriger. Qui aime bien, châtie bien.

Mon chauffeur aussi s’est mis de la partie.   Madam si l fè sa se paske l renmen l. Je lui ai répondu que certain « ami du président » – c’est, d’après la TNH, son titre officiel – devait particulièrement nous aimer pour battre de la sorte les entrepreneurs, les étudiants, les femmes … L’on pourrait aussi proposer, pour faire bonne mesure, que les enfants dont les parents les battent par amour leur rendent la pareille, en les rouant à leur tour dans le goût de Jésus. Quelle société aimante nous ferions!

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Au Commissaire du Gouvernement de Port-au-Prince

Monsieur le Commissaire Clamé Ocnam Daméus,

Je souhaiterais, si tel n’a pas encore été le cas, attirer votre attention sur un cas de violence domestique qui m’interpelle en tant qu’être humain, en tant que femme et en tant qu’Haïtienne et pour lequel je souhaiterais la mise en mouvement de l’action publique.

Depuis bientôt une semaine une triste affaire défraie la chronique et alimente des débats des plus inciviques sur les réseaux sociaux. Entre accusations de toute pièce, humiliations en règle et spéculations galopantes, l’affaire Roody-Rutshelle, puisqu’il faut bien la nommer, semble laisser peu de gens indifférents. Il y a environ trois heures toutefois, mettant fin aux supputations effrénées des réseaux, le principal intéressé, Monsieur Roody Pétuel Dauphin – nom d’artiste, Roody Roodboy – vient, par lettre, de « présenter [s]es excuses … à Rutshelle Guillaume et à [s]es fans … [parce que] la persistance et la pertinence [!] de [leurs] escalades verbales ont failli [?] se transformer en violence physique ». Il confirme ainsi ce que savaient déjà ceux d’entre nous qui avions vu les photos de Mademoiselle Guillaume, un œil ensanglanté et le visage tuméfié.

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Votre mère d’origine modeste ne sait pas lire. Et si vous lui appreniez ?

Nos candidats à la présidence en mal d’arguments convaincants ont recours à une pathétique panoplie de faire-valoir qui sont à peu près aussi utiles à un futur Président de la République que des ailes à un poisson. La grande nouveauté en cette saison est celui de l’entrepreneur … qui a fait des choses. Quelles choses ? Ma foi, on ne sait trop. Mais, apparemment, tout candidat doit faire la preuve de sa capacité à gérer une entreprise parce que, évidemment, il n’est de meilleure préparation au service public que l’entreprise capitaliste tournée vers le profit. L’histoire des idées politiques, c’est connu, a été une longue quête pour trouver le meilleur moyen d’accumuler du capital et de tourner toujours plus de profits pour les actionnaires. Les récents succès du capitalisme mondial (crise de 2008, creusement des inégalités, montée en puissance des oligarques …) sont autant de témoignages du bien-fondé de la formule. L’irréfutable réussite de l’Italie de Berlusconi ou de l’Amérique de Bush Jr sont autant de preuves qu’il n’est rien de mieux qu’un entrepreneur pour diriger un pays. Et puis si, un jour, il décidait, par un plan social, de se débarrasser du trop-plein de citoyens nuisant à l’efficacité de l’entreprise étatique, nous pourrions toujours nous inspirer des employés d’Air France et déshabiller son ministre des ressources humaines. Ce serait déjà cela de fait.

Un autre grand classique est celui du candidat paysan et fils de paysan. Ah, le paysan haïtien ! Cette charmante image d’Épinal qui revient à chaque élection avec une régularité de métronome. Les industriels-candidats, les avocats-candidats, les médecins-candidats, les ingénieurs-candidats, les professeurs-candidats … ils sont nombreux à représenter ce paysan qui fait l’objet de nos blagues les plus humiliantes le reste de l’année. Mais rien, absolument rien, ne dépasse l’histoire touchante du candidat d’origine modeste dont la mère, et c’est important, qui ne sait même pas lire, a tout sacrifié pour son éducation. Les données de l’Institut Haïtien de Statistiques et d’Information sur l’éducation en Haïti placent à 35,5% le nombre de femmes n’ayant jamais fréquenté l’école. Chez les personnes âgées de plus de 40 ans, la proportion grimpe jusqu’à 78%. Et pourtant, ces femmes analphabètes, souvent chefs d’une famille monoparentale (47% des familles, selon l’IHSI), dépensent jusqu’à 30% de leurs revenus pour l’éducation de leurs enfants dont ces fils-candidats.

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La loi de votre bouche s’arrête à la diffamation

S’il fallait trouver un thème pour la semaine dernière, la diffamation aurait été une concurrente sérieuse. La semaine a ainsi démarré sur des chapeaux de roues avec les déclarations tumultueuses – et maintes fois répétées – d’un candidat à la présidence à propos de la vie privée d’un autre candidat à la présidence; de plusieurs, pour être tout-à-fait juste. Puis il y a eu la « mystérieuse  et suspecte » disparition d’un fils du Président, les accusations à l’emporte-pièce d’un représentant d’un parti politique à l’encontre de trois membres de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif CSC/CA) et l’intermède – particulièrement ragoûtant d’après ceux qui l’ont écoutée – d’une artiste à succès, remontée contre les ragots d’un animateur en manque d’audience.

Les menaces de poursuite en diffamation se sont, naturellement, multipliées ; nous verrons où tout cela mènera. À notre connaissance, il n’existe guère chez nous de cas majeur de poursuite en diffamation auquel l’on pourrait aisément se référer. Il y a bien eu le cas Pradel Henriquez en 2011 mais cela ne semble pas avoir été au-delà de l’acte d’accusation. Chez nous, on a tendance, dans ces cas-là, à prendre soi-même les choses en main. En injuriant copieusement l’impertinent (et toute sa race), à la Rutshelle Guillaume. En réapparaissant en public lors d’un voyage officiel de son président de père, à la Olivier Martelly. En allant se défendre du bec et des ongles à la radio, à la Steven Benoit. En organisant une conférence de presse pour informer de la nécessité de « [tracer] des exemples … dans le pays sur des gens malhonnêtes qui cherchent à porter atteinte à la personnalité des gens crédibles » à la CSC/CA.

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