Ma position sur l’exigence constitutionnelle de la nationalité d’origine pour l’exercice de fonctions électives a toujours été qu’elle est surannée. Je comprends qu’elle fût nécessaire aux débuts de la nation. Nous venions de mettre à bas un système raciste colonial esclavagiste, il fallait veiller à ne pas être victime d’un coup bas par des nationaux aux loyautés douteuses. Au 21ème siècle où près d’un quart de notre PIB vient de notre diaspora et où celle-ci représente près d’un quart de notre population actuelle, une telle provision est non seulement ridicule mais surtout contre-productive.
Le projet de décret sur l’organisation et le fonction du conseil présidentiel précise en son article les conditions de nomination au Conseil:
Article 5.- Pour être membre du Conseil Présidentiel (CP), il faut:
Ébauche de décret pour l’organisation et le fonctionnement du Conseil Présidentiel, Mars 2024
- être haïtien d’origine ;
- jouir de ses droits civils et politiques, n’avoir jamais été condamné à une peine afflictive et infamante pour crime de droit commun ;
- être propriétaire d’un immeuble en Haïti et avoir dans le pays une résidence habituelle ;
- s’engager à ne pas être candidat aux prochaines élections ;
- ne pas être sous le coup d’une inculpation ou de sanctions des Nations-Unies.
Hier, l’Ambassadrice Dominique Dupuy dont la nomination avait provoqué des pleurs et des grincements de dents chez des fans à la relation parasociale rapide, a décidé de se retirer de la liste des nommés, expliquant qu’elle avait été victime de nombreuses menaces, notamment sur sa vie. Pour avoir fait face à des menaces similaires dans ma quête inlassable pour sauver mon pays™, je comprends combien de tels développements ont pu la décourager. Elle souligne également l’objection qui lui aurait été faite, à savoir qu’à 34 ans, elle ne remplit pas la condition constitutionnelle de 35 ans pour être éligible à la présidence.
Comme elle l’a fait remarquer dans la vidéo annonçant son retrait, le processus actuel est en dehors de la Constitution. Le Conseil présidentiel étant sui generis, il fixe ses propres conditions d’existence. Il a décidé de rétablir le critère traditionnel de la nationalité d’origine, c’est stupide mais que voulez-vous?, le processus entier est devenu une occasion de plus pour nous d’étaler notre indigence et notre impéritie à la face du monde.
Un ami d’Afrique de l’Ouest menace d’intervenir et me dit : « Patricia, vous nous faites honte. Ne vous apprend-on pas chez vous qu’il faut cacher ses problèmes en présence d’étrangers ? Les linges sales, il faut les laver en famille, fille. » Comme si je n’étais pas déjà assez confuse, gênée, embarrassée et autres adjectifs pour dire que j’atteins, en ces temps, fatidiques des niveaux de fremdscham jamais atteints auparavant.
Dans sa vidéo, Madame Dupuy dont le discours, en créole, est une leçon magistrale en communication de crise, se garde de parler de l’accusation la plus grave – du point de vue de la tradition constitutionnelle – portée contre elle: une triple nationalité nord-américaine. Elle n’avait pas à le faire, elle ne l’a pas fait. L’accusation étant réputée venir du représentant de la plateforme Pitit Desalin – qui a l’habitude de telles controverses – elle serait devenue une distraction particulièrement mal venue quand on sait que depuis une dizaine d’années l’ambassadrice Dupuy représente son pays avec distinction.
Nous sommes donc à trois raisons au moins pour lesquelles Madame Dupuy aurait décidé de ne plus faire partie du Conseil. Aussi comprends-je mal que les réseaux sociaux tentent de blâmer les féministes – qu’ils vilipendent régulièrement de toute façon – pour ne pas l’avoir soutenue pendant la période de moins de 48 heures où elle a été nommée puis s’est retirée du Conseil. Et, avant que vous ne fassiez remarquer que Madame Ghislaine Mompremier que remplaçait Mme Dupuy n’a pas plus bénéficié du support des féministes, notez qu’aucune des deux ne s’est réclamée comme telle.
Ce ne devrait pas être le sujet mais le féminisme n’a pas vocation à appuyer aveuglément chaque acte posé par chaque femme. Des femmes ont contribué à la destruction en règle de notre pays par le PHTK, opening Haiti for business et invitant à experienceit. Je milite pour la représentativité statistique des femmes en politique mais cela ne veut pas dire que je ne serai pas la première en ligne pour me réjouir de l’arrestation d’une directrice adjointe ayant échoué à se mettre au vert.
Du reste, avec le départ de Mme Dupuy, le Conseil présidentiel redevient exclusivement mâle. Je préfère. Cela évite d’avoir une femme à pointer du doigt quand il sera temps de blâmer le Conseil pour tous nos maux.
PS: Vous pouvez consulter le document d’ébauche ici.





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