On ne ne réalise pas toujours immédiatement les changements que notre environnement provoque en nous. C’est graduel. Imperceptible. À la limite de l’anodin. Progressif. Et puis, un soir, on se rend compte que les feux d’artifice dans le voisinage ont arrêté d’être passablement ennuyants pour devenir angoissants.

L’extrasystole est arrivée par surprise. L’impression d’avoir le cœur dans la gorge. Puis le sentiment de panique qu’on essaie de dompter. Mais tout cela est aussi physique. On a mal au thorax, la respiration se fait difficile. Et puis le cœur qui s’affole et s’affole et s’affole.

La détresse respiratoire, je connais. L’arythmie cardiaque aussi. Nous sommes amies depuis l’enfance. Elles sont toujours là, avec moi, en filigrane. Ce qui est nouveau, c’est cette association aux feux d’artifices. Je sais pourtant qu’il n’y aucun danger, que je suis aussi protégée qu’on peut l’être dans un pays où les gangs font la loi. Mais, voilà, de la plus irrationnelle façon, le bruit des feux d’artifice me plonge dans une angoisse sans nom.

Serais-je donc, par la force des choses, en situation de trouble de stress post-traumatique? Je n’ose pas contacter mon psy pour confirmer. Je ne veux pas savoir. Je prie d’ailleurs pour qu’il ne lise pas ce billet et ne se décide à m’appeler lui-même. Je veux croire la peur passagère; je ne veux pas que la conjoncture politique m’affecte à ce point; je veux rester chez moi.

N’empêche, ce sentiment d’un malheur imminent, qui reste là, sous la surface, je ne suis pas la seule à la vivre. Cette immense lassitude, ce brisement, cet épuisement est collectif. Nous sommes collectivement lessivés, essorés, éreintés. Un peuple entier en situation de burn-out. Du pain béni pour nos politiques alors que la guerre des « présidents » fait rage, près de deux mois après l’assassinat du dernier.