Au 2 avril 1967, visiblement lasse de dix années de dictature duvaliérienne en Haïti, la Central Intelligence Agency (CIA) crée un plan de contingence politico-militaire secret autour de la chute du docteur sanguinaire. La principale agence de renseignements américaine envisage deux possibilités également indésirables:

  • Duvalier perd le pouvoir et des Haïtiens inacceptables [parmi ses proches] lui succèdent.
  • Duvalier reste au pouvoir et des communistes ou autres Haïtiens inacceptables réusssisent une opération visant à le renverser.

Les deux partis communistes, principale opposition organisée au régime des Duvalier, n’ayant  » ni les membres, ni leadership, ni les capacités organisationnelles pour renverser Duvalier », les Américains ne s’ en préoccupent pas autrement. La deuxième possibilité leur paraît toutefois suffisamment probable pour qu’ils établissent une liste de ces Haïtiens non désirables dont les frères Jules, Louis et Paul Blanchet.

Les autres noms de la liste nous donnent une assez bonne idée de ce que la CIA perçoit comme le cercle de confiance du Dictateur: Mme Max Adolphe, Honsherre Apollon, Paul Arcelin, Colonel Frédéric Marc Arty, Michel Aubourg, Maurepas Auguste, Rodolphe Baboun, Fred Baptiste, Yves Barbot, Jean Bélizaire, Père Gérard Bissainthe, Major Joe Borge, Hervé Boyer, Michel Bredy, Jean F. Brierre, Captaine Gabriel Brunet, Fastel Cadet, Lucner Cambronne, Ramses Camille, Colonel Octave Cayard, Max Chancy, Clemard Joseph Charles, Lucien Chauvet, Fritz Cineas, Ernst Coulanges, Lucien Daumec, Windsor Day, Zacharie delva, Luc Désir, Capitaine Max Dominique, Mme Max Dominique (née Marie-Denise Duvalier), Mme Simone Ovide Duvalier (Mme François Duvalier), Jean-Claude Duvalier, Mlle Simone Duvalier, Luc-Albert Foucard, Mme Luc-Albert Foucard (née Nicole Duvalier), Jacques Fourcand, Rodolphe François, Mme Rodolphe François, Fritzler Camille Gaillard, Roger Gaillard, Pierre Giordani, Michel Hector, Colonel Gracia Jacques, Capitaine Abel Jérôme, Ulrick Jolly, Colonel Jacques Laroche, Seymour Lasseque, André Leroy, Elois Maitre, Claude Moïse, Rodolphe Moïse, Major Monod Philippe, Paul Pierre-Antoine, Lt Colonel Luc Pierre-Louis, Rossini Pierre-Louis, Antoine G. Petit, Major Frank Romain, Edris Saint-Amand, Jean Saint-Phard, Mme Tvon Saint-Victor (soeur de Foucard), Yvon Saint Victor, Henri Siclait, Capitaine Harry Tassy, Major Jean Tassy, Clement Viau, Leconce Viaud.

C’ est la contingence B. La CIA la voit comme porteuse de tensions et de désordres civils avec de sérieux risques de violences épidémiques, de répression et de menaces pour des vies américaines et s’inquiète du jugement des autres pays, en Amérique Latine et en Europe si le gouvernement américain décidait de maintenir des relations avec le régime, entre accusations d’intervention militaire et de coopération avec un gouvernement oppressif. Aussi, recommande-t-elle de retirer les éléments et caractéristiques indésirables.

Comment des frères socialistes ont-ils pu se retrouver dans une liste de fidèles de Duvalier ? Dans L’énigme haïtienne (2007, chapitre 7), le politologue haïtien, Sauveur Pierre Étienne, l’explique de la façon la plus simple :  « Duvalier n’avait aucun programme. Pour lui, le pouvoir était une fin en soi. » Aussi pouvait-il se permettre de manger à tous les râteliers en recrutant les intellectuels du régime dans tous les courants idéologiques. La seule exigence était une loyauté à toute épreuve réservée au seul tyran et lui-même dans le cadre de ce que le professeur Pierre Étienne qualifie de néo-sultanisme.