Je viens de recevoir, par Whatsapp, le « Calendrier de Mobilisation Citoyenne pour le Respect de la Constitution ». Un document qui, si j’ose dire, respecte tous les standards à quoi « l’opposition » céans nous a habitué.e.s. Il s’y trouve: les opposants habituels et quelques faire-valoir, des consultations, des propositions de sortie de crise, l’organisation de la Transition et, innovation majeure, des manifestations spontanées.

C’est, dans le menu à nous offerts, ce qui m’intéresse le plus : ces manifestations spontanées, prévues 18 jours à l’avance ! Il m’est déjà arrivée sur ce blogue de me moquer de l’impréparation de ces messieurs (et quelques dames) de l’opposition. Ce soir, je reconnais volontiers être proprement bluffée. En arriver à prévoir jusqu’aux démonstrations populaires spontanées est certainement de l’excellente gestion de projet. Je retire donc, momentanément, ma critique relative au degré de préparation de ces messieurs.

Je me suis toutefois enquise, chers lecteur.rice.s, de ce que pouvait comprendre une manifestation spontanée planifiée à l’avance. Comment donc planifier ce qui « se fait de soi-même, sans être incité ni contraint par autrui », ce qui « se produit de soi-même, sans avoir été provoqué ». Eh bien, en mettant à profit les dernières découvertes de la mécanique quantique, pardi !

Comme vous le savez certainement, la dualité onde-corpuscule explique que des objets physiques puissent alterner entre les deux états; l’état-corpuscule pouvant être perçu comme un pic de l’état-onde. Ainsi les manifestations spontanées peuvent être et ne pas être en même temps. Tout dépend de l’observateur. Par exemple, si l’observateur est de l’opposition haïtienne, à certain instant t, elle sera spontanée.

La chose n’est pas particulièrement difficile à comprendre. Il existe, à tout moment, une quantité infinie de mondes possibles où des manifestations spontanées ont lieu quelque part dans une Haïti du multivers. La grande difficulté tient à la capacité de prévoir la date et le lieu exact de celle-ci et, de façon encore plus extraordinaire, aussi longtemps à l’avance.

D’une particule, on peut mesurer la quantité de mouvement et la position; elle se déplace sur une ligne droite jusqu’à ce qu’une force extérieure la dévie de son chemin. Une onde est différente: elle n’est pas localisée, elle est partout, elle oscille. Alors comment la matière fait-elle pour être les deux ? Comment surtout prévoir où la particule décidera d’apparaître et quand ? C’est ici que l’interprétation de Copenhagen et l’expérience de Broglie peuvent se révéler utiles.

D’après cette interprétation, l’onde de la matière est celle de la probabilité qu’une particule se retrouve à un endroit x à un instant t. Ainsi, lorsque des particules d’électrons passent dans l’expérience de Broglie, ils peuvent décider où et quand ils veulent être. C’est le chat Schrödinger décidant dans sa boîte si, à la sortie, il sera vivant ou mort.

Ce qui se passe dans la boîte, on ne sait. Le principe d’incertitude d’Heisenberg veut que lorsque l’onde se propage, il soit impossible de savoir où exactement localiser la particule. On la sait quelque part dans la région de l’espace ayant une dimension similaire à la distribution des longueurs d’ondes constituant l’onde mais sans plus. Et là se trouve la grande innovation de l’opposition haïtienne. Elle aura réussi à localiser avec précision la particule en pleine propagation de l’onde.

Peut-être qu’au final, on devrait leur confier la direction de nos destinées. Les avancées scientifiques réalisées seraient certainement uniques.