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Chanter est un métier

Depuis quelques années, la grande mode est de taper sur les atis, généralement les chanteurs.ses, pour ne pas être assez woke. Cela s’entend. La critique peut être aisée et l’art difficile mais la critique est un exercice valide de liberté d’expression, c’est de bonne guerre. Là où cela tourne à l’absurde, c’est quand on leur demande tout bonnement de cesser toute activité à chaque fois qu’un problème social se rappelle à nous l’espace de quelques tweets et d’un hashtag.

La vie d’artiste n’est pas facile.  Le public est capricieux. Le travail est éphémère. Les conditions de travail sont souvent éreintantes. Les musicien.ne.s, chanteurs.ses sont des travailleur.e.s précaires. Leur carrière est sujette au déchaînement d’éléments souvent hors de leur contrôle. En Haïti, surtout, où la précarité est endémique, la situation est encore plus ténue. On ne compte plus les chansons qui l’expliquent encore et encore; parfois même de la façon la plus directe:

W ap di atis ap mouri pòv

Olye w acht’ on CD, ou pito fè mil kopi

Zenglen, BS Production, 2011

On ne compte pas non plus le nombre de hâbleurs dénigrant ces atis pour les mêmes raisons. Il y eut, bien sûr, le cas de ce Pasteur qui s’est fendu d’excuses publiques qui n’en étaient pas mais il est loin d’être le seul. Le citoyen lambda se moque, lui aussi, des has-been, des atis malere et autres losers dont il écoute gratuitement la musique. Mais qu’arrive un évènement quelconque, l’atis se doit s’offrir en sacrifice, arrêter le travail, être triste pour tout le monde, défendre toutes les causes parce que, apparemment, c’est son job.

Signalez vouloir participer au carnaval, faire la promotion de son spectacle et même poster une photo de spectacle sur les réseaux sociaux … et voilà la foule insatisfaite engueulant, injuriant, invectivant. Souvent, l’atis cède à la pression – carrière incertaine oblige – et on l’accuse alors de ne pas être sincère. Pourtant, dans cette foule si vertueuse, tout le monde continue à vaquer à ses occupations, continue d’aller au travail, se faire de l’argent, vivre, en somme. L’atis lui doit faire pénitence. Soit. Mais au prochain GoFundMe pour l’aider à sortir d’un pétrin, combien de cet argent gagné alors qu’ellui devait prendre une pause allez-vous contribuer ?

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Patricia Camilien Tout afficher

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