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L’abus n’est pas (que) mâle

Je ne connaissais rien d’August Alsina avant ce matin. Ces dernières semaines, j’ai bien dû voir passer son nom une ou deux fois en relation avec la famille Smith pour une histoire de relation extraconjugale mais je ne m’y suis pas intéressée. Hormis ma défense passionnée du droit de chacun de faire ce que bon leur semble, dans le consentement mutuel, le sexe n’est pas un sujet qui me parle. Depuis, j’ai appris qu’il a eu une vie particulièrement difficile et que d’avoir rencontré Jada Pinkett Smith n’a pas dû arranger les choses.

Voici comment il parle de leur relation :

I totally gave myself to that relationship for years of my life, and I truly and really, really deeply love and have a ton of love for her… I devoted myself to it, I gave my full self to it – so much so to the point that I can die right now and be OK with knowing that I truly gave myself to somebody… I’ve never been in love in that kind of a way. Walking away from it butchered me. I’m shaking right now because it almost killed me. Not almost… it did. It pushed me into being another person, my newer self. It broke me down.

Je me suis donné complètement à cette relation pendant des années. Je l’ai vraiment, profondément aimée… Je m’y suis dévoué, je me suis donné entièrement – au point que je peux mourir aujourd’hui et être en paix, avec le fait que je me suis donné complètement à quelqu’un…. Je n’ai jamais été amoureux de cette façon là. M’en éloigner m’a dépecé. J’en parle et je tremble parce que cela m’a presque tué. Pas presque… Cela m’a tué. Cela m’a forcé à devenir quelqu’un d’autre, mon nouveau moi. Cela m’a cassé.

Voici comment elle parle de leur relation :

It all started with him just needing some help. Me wanting to help his health, his mental state… I got into an entanglement with August… [sur insistance de son mari] Yes, it was a relationship. Absolutely. I was in a lot of pain. I was very broken.

Cela a commencé alors qu’il avait besoin d’aide. Je voulais l’aider avec sa santé mentale… Je me suis retrouvée dans une situation difficile avec August… Oui, c’était une relation. Absolument. J’avais très mal. J’étais cassée.

Quand Monsieur Alsina a parlé de sa relation avec Madame Smith, c’était dans une conversation plus large sur les difficultés qu’il a eu à surmonter dans sa courte vie:

  • un père et un beau-père toxicomanes
  • sa mère qui l’a mis à la porte parce qu’ils ne s’entendaient plus
  • le fait qu’il a dû se prostituer (auprès de femmes) pour survivre en attendant de percer
  • la perte de son frère assassiné
  • la perte de sa sœur morte d’un cancer
  • la perte de la vue dans un œil et la nécessité d’une opération chriurgucale pour éviter qu’il ne devienne complètement aveugle…

La liste de ses malheurs est plus longue encore mais le but n’est pas de vous assommer. Il s’agit d’établir un contexte. Ce « mental state » que madame Smith disait vouloir aider. Dans son discours toutefois, elle parle surtout de se guérir elle.

C’est un discours qui me dérange profondément parce que très proche de celui du pervers narcissique classique: brillant, charismatique, donnant facilement le change et particulièrement doué pour se rendre indispensable à sa victime qui s’estime avoir de la chance qu’une si magnifique personne s’intéresse à elle. C’est un discours qui m’interpelle parce que le pervers narcissique est, plus souvent qu’autrement, un homme et sa victime une jeune femme vulnérable. C’est un discours qui m’arrête parce que, eusse été le cas ici, la conversation que nous sommes en train d’avoir aurait probablement été bien différente.

L’abus – surtout émotionnel – n’a pas de sexe. L’abus n’a pas de genre. L’abus est. Et là où existe un abus, il faut le reconnaître et le dénoncer. Le fait que celle qui l’inflige ait elle-même eu mal – c’est généralement le cas avec les pervers narcissiques qui ont de sérieux problèmes d’estime de soi – n’est pas une excuse. Le fait que son mari n’ait rien voulu savoir d’elle, à l’époque, ne justifie pas qu’elle décide de se servir d’un jeune homme vulnérable que son fils lui a présenté.

Dans son entrevue, Monsieur Alsina évoque une histoire qui commençait à affecter sa capacité à gagner sa vie, d’où sa décision d’en parler. Dans son émission, Madame Smith – dont les représentants avaient commencé par qualifier l’histoire d’absolument fausse – parle d’une histoire qui lui a permis de grandir émotionnellement, d’être heureuse avec elle-même et avec son mari. Un tel déséquilibre n’est pas fortuit. Quand on y ajoute le déséquilibre de pouvoir entre un jeune chanteur qui monte et la moitié d’un des couples les plus puissants d’Hollywood, la question ne se pose même plus.

Alors pourquoi en discutons-nous ? Parce que le patriarcat fait du mal à tout le monde et pas seulement qu’aux femmes. Parce que nous avons appris à reconnaître ce genre d’abus dans un sens uniquement et non dans l’autre. Parce que lorsque la victime de la violeuse pédophile Mary Kay Letourneau réussit enfin à s’en séparer, les journaux titrèrent : « Letourneau et son élève : la passion s’est éteinte, le couple se sépare« .

Cet article est également disponible en : Créole

Patricia Camilien Tout afficher

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