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En attendant le Blan

Après l’accord historique du Marriott, Assad Volcy, que cela devait changer de ses sorties bredouilles à Pèlerin pour déloger le Président, se fit triomphant. Jovenel Moïse ne le savait peut-être pas encore, mais il venait de tomber :

C’est la manifestation du peuple haïtien, de la société civile et du secteur privé qui est entré dans la bataille. Jovenel Moïse, si j’étais à votre place, je laisserais le Palais national en courant parce qu’une foule immense va déferler sur la capitale à partir de dimanche jusqu’à votre chute.

« Cinq entités de l’opposition s’accordent sur le choix du président provisoire et d’un Premier ministre », Le Nouvelliste, 10 novembre 2019

On est dimanche. Il est une heure de l’après-midi. La foule n’est pas au rendez-vous. C’est normal. Plus personne n’attend la foule. Vladimir et Estragon se retrouvent, une fois de plus, à la tombée de la nuit, sur une route de campagne, en attendant le Blan. Au peuple et au pays, l’on demande, de « supporter cette solution pour montrer encore une fois à la face du monde que les Haïtiens peuvent s’asseoir pour prendre des décisions d’Etat ». Du Blan, l’on attend « l’assistance internationale, mais pas de l’intervention internationale, pas de l’ingérence de l’international » parce que, naturellement, « on ne va pas réinventer la roue ».

La roue, c’est celle de nos transitions en série par lesquelles le système politique haïtien – fait d’un régime politique autoritaire, d’une organisation sociale inégalitaire et d’une structure économique prédatrice – se renouvelle en changeant quelques têtes.

Elle tourne, au détriment d’un peuple à l’identité citoyenne passive, avec la permission plus ou moins directe du Blan. Le kraze brize ayant ses limites et la communauté internationale appelant au dialogue, on dialogue entre soi, on se montre rangés, on s’essaie à être moins turbulents.

Naturellement, le Blan n’est pas impressionné. Son dialogue, il le veut avec Jovenel Moïse qui, tout mal élu qu’il soit, n’entend pas – faut-il vraiment continuer à le répéter ? – démissionner. Du reste, avec un gouvernement censuré démissionnaire intérimaire remanié, le Président est clairement plus apte à violer la Constitution que ceux qui rêvent à une transition par un juge de la Cour de Cassation qui serait d’ailleurs, pour reprendre Fanmi Lavalas, un produit abouti du système.

Demain, sera le même jour.

Patricia Camilien Tout afficher

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