Accéder au contenu principal

Manger local en temps de lòk

À la deuxième semaine de septembre, ma mère qui, pour (ne pas prendre) sa retraite, s’est faite aubergiste/hôtelière/propriétaire d’épicerie, m’expliquait sa décision de rationner ses produits à la vente. C’est que, dans sa grande clairvoyance, elle prévoyait que ce lòk serait long.

Ma mère n’aime pas être prise au dépourvue. De la période de la dictature, elle avait retenu la primordiale nécessité d’avoir toujours un stock de nourriture pour quelques semaines, voire des mois, parce qu’on ne sait jamais. Et puis, à défaut de la dictature, il y a les cyclones et autres tempêtes tropicales. Devenue boutiquière, elle n’allait tout de même pas perdre les bons réflexes. Quand les temps s’annoncent compliqués, on protège son stock.

Deux semaines plus tard, elle m’expliquait comment tout le monde dans la petite ville côtière de P. était devenu végétarien. Mais vous avez du poisson… Justement. Donc vous êtes pescetariens. Si tu veux. Et, il y a deux jours, tu me parlais de cabri. Oui, mais bon, la viande est rare, et puis je voulais surtout parler de saucisses, de poulets, tu sais, c’est horrible, mais les gens les achètent beaucoup.

Mon père confirma la chose. Comme plus rien n’arrivait, les gens étaient forcés de se tourner vers des produits du terroir. Il s’en réjouissait, le gaillard. S’étant fait agriculteur pour (ne pas prendre) sa semi-retraite, il se félicitait de voir les gens se tourner vers les produits de la terre. La terre, se plaît-il à me répéter, il n’y a que cela de vrai. Au point de me convaincre (presque) de me lancer dans le cacao.

Les deux me racontèrent le retour de la ville aux vivres et aux légumes bien de chez nous en lieu et place des céréales et autres horreurs importées. Les gens, me dirent-ils, sont en train de se rendre compte qu’ils n’ont pas besoin de tout ce poison qui nous arrive de l’extérieur. Le lòk nous aura au moins donné cela. C’est la République Dominicaine qui doit être bien triste, firent-ils, espiègles.

Le croirez-vous ? Je viens d’apprendre que 281 entreprises de la République Dominicaine seraient affectées par le Peyi Lòk et que le manque à gagner serait évalué à 2 milliards de peso. Attendez que, demain matin, je le dise à mes parents !

Patricia Camilien Tout afficher

How about we let the writing do the talking?

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :
Aller à la barre d’outils