Accéder au contenu principal

Il était une fois le 11 septembre

Le 11 septembre 1993, une dizaine d’hommes armés investissent l’Église du Sacré-cœur pour en extraire un riche homme d’affaires qui avait soutenu un prêtre devenu président. Nous sommes en pleine période de koudeta et le général Raoul Cedras, aidé de ses atache et autres membres du Front pour l’Avancement et le Progrès Haïtien (FRAPH), dirige le pays sans partage. Dans la célèbre église de Turgeau, Antoine Izméry, soutien du Président Jean-Bertrand Aristide en exil, participe à une messe en mémoire d’une attaque commise, cinq ans plus tôt, contre celui-ci alors qu’il était le petit prêtre des pauvres et prêchait la théologie de la libération.

C’était le 11 septembre 1988, à l’église Saint Jean Bosco de La Saline. Des hommes armés investirent l’église, attaquèrent les fidèles – environ un millier – et y mirent le feu. Le Père Aristide s’en sortit indemne mais une trentaine de personnes y auraient laissé la vie. Le colonel et maire Franck Romain, philosophe, se fendit d’un aphorisme dans les médias : « Qui sème le vent, récolte la tempête. » Les victimes, naturellement, virent la chose autrement. Les voilà qui en parlent sur Radio Haïti :

Les « exécutants » aussi avaient leur mot à dire. Le 12 septembre 1988, ils sont passés dans les médias, expliquer justement au Père Aristide que la tempête risquait d’être encore plus rude, s’il ne s’arrêtait pas.

Antoine Izméry aussi semait le vent. Après le coup d’État du 30 septembre 1991, il s’était mis en tête de créer un Komite Mete pou Verite Blayi (KOMEVEB) pour faire la lumière sur le coup d’État certes mais aussi pour travailler au retour Aristide. C’est son frère, George Izméry, qui y passa le premier. Le 26 mai 1992, il est assassiné devant une centaine de témoins par des soldats en civil qui, après leur forfait, rejoindront tranquillement leur base, à Cafétéria.

Antoine Izméry porta plainte devant la Commisison interaméricaine des droits de l’homme qui conclut à la violation du droit à la vie par le régime et prit note du fait que le gouvernement légitime ayant été renversé, il ne pouvait punir les coupables. Un an plus tard, le 11 septembre 1993, c’est son droit à la vie qui sera violé. Il sera traîné dehors et exécuté en pleine rue.

En septembre 1995, après le « retour à ma démocratie », Louis-Jodel Chamblain, accusé d’être l’auteur du crime, s’enfuit en République Dominicaine. Jugé par contumace, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité. En 2004, le second coup contre Aristide acté, il est revenu se constituer prisonnier, « confiant dans la justice de son pays« . Il faisait bien. Il sera acquitté du meurtre à la suite d’un procès que Amnesty International qualifiera de déni de justice.

Le gouvernement intérimaire d’alors avait d’autres priorités, comme extrader l’ancien président Aristide pour assassinats et détournements de fonds.

Dans les semaines à venir, les autorités haïtiennes vont nommer une commission indépendante chargée d’enquêter sur les accusations de détournements de fonds et d’assassinats qui pèsent sur Aristide, a expliqué le ministre de la Justice, Bernard Gousse.


«Nous mettons en place une équipe pour faire la liste de toutes les violations dont il est responsable, et ensuite nous demanderons formellement son extradition», a-t-il affirmé, se refusant à préciser un calendrier.

Tatoune libéré

M. Gousse a également annoncé que Louis-Jodel Chamblain, un ancien chef de milice responsable des meurtres de milliers de partisans de l’ex-président, condamné deux fois à perpétuité par contumace, devrait être rejugé en sa présence pour être en accord avec la loi haïtienne.


Il a par ailleurs affirmé que le nouveau gouvernement pourrait pardonner à Jean Tatoune, un autre chef rebelle condamné à la prison à perpétuité pour son rôle dans un massacre de partisans d’Aristide. Il a été libéré de prison l’année dernière par un gang de rue à l’origine de la rebellion.
Jean-Bertrand Aristide a fui Haïti le 29 février alors que les rebelles arrivaient dans la capitale Port-au-Prince. La Jamaïque lui a temporairement attribué l’asile politique et il pourrait se réfugier définitivement en Afrique du Sud. AP

« Haïti va demander l’extradition d’Aristide », L’Observateur, 7 avril 2004

Patricia Camilien Tout afficher

How about we let the writing do the talking?

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :
Aller à la barre d’outils