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L’expérience Boukman

Mon premier souvenir de Carnaval est celui d’une meringue à l’énergie extraordinaire qui, encore aujourd’hui, donne à la petite fille que j’étais l’envie de se lever et de danser, en tournoyant, les mains en l’air.

C’était une meringue libre. De la liberté d’un peuple qui a mis fin à la Dictature et n’entendait pas qu’un Prosper Avril les y fasse retourner. De la liberté d’un peuple qui a décidé de ne plus avoir peur, même quand ses petites filles sont assassinées. De la liberté d’un peuple fondamentalement libre et qui entend le rester.

Je n’avais pas compris alors ce qu’elle était. Pas directement. J’étais trop jeune. Mais je savais déjà. Je savais que c’était important. Au point de passer les vacances complètes – les meringues, nous les découvrions durant les vacances d’été – à chanter à tue-tête : Kè m pa sote wo!

Cela faisait sourire Oncle N. Cela l’amusait de voir sa petite princesse – mon père et lui partageaient les droits réservés – virevolter au rythme de la musique racine. Du reste, cela devait le changer des querelles ridicules dont ma sœur, mon frère et moi avions le secret. Parfois, je me dis que, s’il était encore là, c’est avec le même sourire indulgent et la même fierté qu’il verrait mon engagement citoyen.

Il sourirait moins à la vue du spectacle offert par Manzè et Lòlò aujourd’hui. Il les aimait bien. Il les adorait même. Il aurait été déçu. Mais il ne les aurait jamais vilipendés. Il n’aurait pas craché sur leurs contributions passées. Il ne se serait pas permis d’oublier ce que Boukman Eksperyans représente dans notre histoire de peuple, de la lutte contre la dictature à la lutte pour notre culture, la mizik rasin.

Ne pas être d’accord avec la position d’un groupe d’artistes n’est pas une raison pour se lancer dans des attaques personnelles, ni pour attaquer tous les artistes. Une vingtaine de membres d’une communauté ne représente pas la communauté. S’inscrire en faux contre une décision d’un gouvernement, même populaire, n’est pas un crime d’Etat.

Je croyais avoir trouvé un petit coin d’Internet où le respect, la raison et la compréhension auraient toujours la primauté sur la rage aveugle de la vindicte populaire. Certains événements récents me font douter de ce qui s’assimilait à une certitude. Toutefois, kè m pa sote. Un jour, il sera jour.

Patricia Camilien Tout afficher

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3 thoughts on “L’expérience Boukman Laisser un commentaire

  1. Superbe !
    Moi c’est avec K+K=2K que ma sœur et moi avons découvert Boukman eksperyans. On était plus attirés par le côté comique du clip ( surtout ma sœur) mais on savait que cette musique nous ressemblait, c’était notre identité. Boukman eksperyans est une légende ; n’empêche que ça fasse mal cette petite désillusion qui nous prend au cul depuis avant-hier.

  2. « Plus l’espérance est grande, plus la déception est violente. »
    Apre diktati Duvalier yo,mwen rete kwè se (evènman 2004) la ki fè sosyete nou an plis mal, nan dènye lane yo la. Nan mouvman sa, anpil moun te kwè se zafè PEYI kap regle, anpil moun te foure tèt yo ladanl san kondisyon. Men malerezman li pat pran yo anpil tan pou yo reyalize ke Boujwa te itilize yo pou regle kont pèsonèl avec Lavalas yo, o detriman de peyi a.
    Bagay sa kite yon move gou kay anpil nan yo ki te kwè, li lakòz yo pa kwè nan anyen ki gen Boujwa ladanl ankò, paske anpil desepsyon anvayi yo. E se petèt santiman sa, fristrasyon sa yo, kap travèse Lòlò ki ka lakoz li wèl en 2004 toujou.
    Toutfwa move Eksperyans yon moun pa dwe fèw pedi la rezon e krache sou efò lòt moun.

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