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Le grand complot

Dès midi aujourd’hui, le Nouvelliste nous informait que « selon les premières indications recueillies sur place, c’est des fatras qu’on brulait qui serait la source du sinistre. Le feu a débordé et s’est propagé de point en point jusqu’à atteindre le Marché en fer. » Cela n’a pas empêché le Président de l’assemblée nationale, l’honorable sénateur Lambert de tweeter son dégoût et sa consternation face à un tel crime. Un appel à une attitude plus mesurée est resté lettre morte.

Le Sénateur Lambert est resté dégoûté et consterné et il n’était pas le seul. Mario Andrésol, ancien candidat à la présidentielle de 2006 et ancien directeur général de la police nationale d’Haïti, a cru nécessaire de nous informer de la nature rarement accidentelle des incendies de marchés publics en Haïti. Une demande d’explication sur les sanctions appliquées à la fin des enquêtes révélant de telles informations est aussi restée sans réponse :

Les citoyens lambda aussi s’étaient mis de la partie. Un appel au calme n’a ici, non plus, servi à rien :

L’on savait que c’étaient les mechan lavalassiens, rat pa kaka, qui avaient fait le coup. Le Sénateur Antonio « Don Kato » Cheramy – encore lui – est indexé :

Le Sénateur Cheramy, non plus, n’est pas en reste. Lui aussi parle d’incendie criminelle, de coup porté contre les pauvres marchandes :

Nous avons donc un duel de complotistes s’accusant les uns, les autres, ce qui nous laisse peu de temps pour réfléchir sur les vrais problèmes : notre gestion abyssale du bien commun, l’inefficacité de nos plans de contingence et le fait que des solutions individuelles ne pourront jamais résoudre des problèmes collectifs. Le Marché en fer était, selon les informations obtenues d’un responsable de la société qui le gérait, protégé contre les incendies. Ses alentours ne l’étaient pas. Donc, le marché non plus. Le Carnaval battait son plein pendant que le marché brûlait. La protection civile, les policiers, le comité du carnaval national, tout ce dispositif mobilisé pour sécuriser les festivités étaient là mais les pompiers n’avaient pas d’eau. La Digicel a investi 18 millions de dollars, après le tremblement de terre, pour restaurer un élément important du patrimoine national qui redonna espoir à bon nombre d’entre nous et il a suffit de fatras qu’on brûlait pour le détruire à moitié.

Alors que nous dansions sur du fatras, du fatras contribuait à détruire une part importante de notre histoire et de notre architecture. Acte volontaire ou pas, la métaphore est belle. Et le vrai complot se situe finalement dans cet encouragement subtil de nos meilleurs à nous murer dans des camps opposés pour faire porter le chapeau à tous sauf le responsable principal de notre profonde décrépitude: les architectes de la privation de l’État haïtien.

Tout au long de la campagne présidentielle, l’on a essayé de nous vendre le concept de l’État-entreprise et les miracles de l’État géré comme une entreprise comme l’avenir de la démocratie haïtienne. Aussi, avons-nous eu un droit à un nouveau président « entrepreneur », vantant les vertus de la richesse et continuant d’accompagner le morcellement du corps politique en autant d’intérêts particuliers, où les travaux publics n’ont de public que leur financement et où la lutte contre la corruption ne se conçoit qu’en termes personnels.

La situation évoque les inquiétudes d’Habermas (L’espace public,1960) quant à une « reféodalisation de la société » et de « vassalisation du public », d’autant plus que nous sommes, peu à peu, en train de l’intérioriser, reprenant, sagement, les fiefs – lavalas, tèt kale – auxquels on prétend nous attacher. Si l’analyse est juste, plus nous continuons dans notre dérive complotiste, plus nos meilleurs maintiendront le contrôle.

Il est de vrais complots à déjouer. L’affaire Petrocaribe ne va pas se résoudre toute seule. Voilà un mystère plus concret à élucider.

Patricia Camilien Tout afficher

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