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Santé!

Le 3 avril 2000, Jean Dominique est assassiné parce qu’il avait assez gêné. Ce que la dictature Duvalier n’avait pas réussi à faire, la kakistocrassie qui suivit le réalisa: faire taire la voix de Jean Do. Désormais Haïti n’a plus personne pour dénoncer le sirop meurtrier des laboratoires Pharval. Des journalistes trop occupés à « être riche, et alors? » ne peuvent se payer le luxe d’être critiques. Haïti n’a plus personne pour dénoncer l’alcool frelaté à l’éthanol des laboratoires Pharval et autres entreprises à la vertueuse richesse. Des journalistes trop occupés à quémander des faveurs ont parfaitement compris que, politesse oblige, on ne parle pas la bouche pleine. Aussi, d’année en année, nous sert-on des nouvelles d’alcool frelaté, à l’éthanol puis au méthanol, tuant de pauvres gens, sans qu’on y puisse rien.

D’où nous vient cet alcool? Qui en sont les importateurs? Comment arrive-t-il chez nos marchands de tranpe ? Personne ne sait. Le mystère est entier. On prie la population – qui ne lit pas les journaux – de faire attention au clairin. Des gens sont morts. Prudence! De toute façon, ce sont les malere – engendreurs, comme on sait, de ti vòlè – qui touchent au tafya à bas prix. Aussi, n’est-ce pas bien grave. Les gens comme il faut boivent de l’alcool plus cher. Les gens comme il faut ne sont pas des tafyatè qui préfèrent passer leurs journées à jouer au domino, boire du clairin et jouer à la borlette. Les gens comme il faut sont riches et vertueux. À tout le moins, ils espèrent l’être un jour. Les malere, eux, ils peuvent mourir. Qui les regrettera? Ils n’arrivent même pas à voler assez.

Les grands manitous de PetroCaribe. En voilà, qui savent voler! Avec classe, assurance, et superbe, on nous raconte combien la gestion du fonds a été exemplaire, la meilleure de la Caraïbe. On nous présente des stades à 5 millions de dollars américains aussi impressionnants que leurs défenseurs sont honnêtes. Des gens s’offusquent, se défendent et accusent. Notre Président se prend pour Donald Trump et se vante de faire traîner le dossier pour protéger les siens de représailles politiques injustes et partisanes. Puis, dans la bonne tradition trumpienne, s’attaque à l’intégrité de la justice en se présentant comme étant forcé de nommer des juges corrompus.

L’une des quatre porte-parole de la Présidence, grimée en Sarah Huckabee-Sanders des Caraïbes, nous assure que les propos du Chef de l’État ont été pris hors contexte. Le Président lui-même – le seul selon lui à pouvoir régler le problème de la corruption en Haïti – nous a d’ailleurs invités, dans son émission, à ne faire confiance qu’à lui et lui seul, parce qu’il est le seul à dire la vérité. La comparaison avec Trump continue avec un budget et des impôts inacceptables, des promesses qui n’engagent que ceux qui y croient et une enquête judiciaire en cours relativement à un passé d’homme d’affaires plutôt compliqué.

Au moins dans l’Amérique de Trump, la majorité des journalistes, accusés de colporter des #fakenews, continuent de questionner, d’investiguer, de dénoncer. Dans l’Haïti de Moïse, des suceurs en manque d’os, semblent surtout attendre le moment où ils seront nommés porte-parole du gouvernement.

Joyeux Noël, messieurs et dames! Santé!

Patricia Camilien Tout afficher

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