Kijan yo ekri Tyonp?

Hier matin, au Boulevard du 15 octobre, des Haïtiano-Américains, nombreux, se pressent dans une grande salle  pour exercer leur droit de vote. La tendance est claire. Tout le monde vote Hillary Clinton. Ceux qui ne lisent pas trop bien (la langue de leur pays d’adoption) demandent de l’aide à ceux qui savent. Très vite, une seule personne devient le scribe attitré et remplit les bulletins de vote. M pa fin konprann sa k ekri yo. Je n’y vois pas grand chose. Mete Hillary pou mwen. Notez Hillary pour moi.

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Thanks Obama 

Le 7 novembre 2008, j’étais à Paris lorsque tomba la nouvelle: Barack Hussein Obama, le candidat coolissime aux prénoms et nom impossibles, allait devenir le 44ème président américain !

J’habitais encore dans ce studio minuscule du 16ème arrondissement qui, pendant six mois, avait livré une bataille brutale à mes allergies et moi jusqu’à ce que, vaincue – et surtout ayant réussi à convaincre l’intransigeante Mme de W. de me libérer de mon contrat et ainsi s’éviter l’inconvénient du cadavre d’une étudiante ennuyeuse dans son appartement  – je déménage dans le bien plus clément 7ème arrondissement. Ce matin-là, toutefois, j’étais invincible. J’avais passé toute la nuit à suivre les présidentielles américaines sur CNN et quand Wolf Blitzer confirma la « nouvelle historique », j’étais parée.

J’avais été une croyante de la première heure. Je disais à qui voulait l’entendre que le jeune sénateur de l’Illinois allait éliminer de la course, sa concurrente démocrate, Hillary Clinton puis le candidat républicain quel qu’il soit – ferveur anti-Bush oblige. Invitée à, comme disent les Américains, mettre mon argent où se trouvait ma bouche, j’avais même parié 1000 dollars sur la victoire de mon poulain. J’étais certaine. J’étais conquise. J’étais convaincue. Aussi, la nouvelle ne m’étonna-t-elle guère. Je m’y attendais. Il ne me restait plus qu’à la célébrer proprement.

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J’ai laissé mon portefeuille à San Francisco

Au Printemps de l’année 2012, j’étais à San Francisco pour participer à une conférence internationale lorsque, me promenant non loin du Financial District, je fis la connaissance d’un gentil petit café et d’un barista vif, intelligent et beau comme le jour. Une chose en entraînant l’autre, le café devint mon point d’attache entre les présentations au Hilton Square, les discussions avec les collègues et les plans, qui ne se matérialisent jamais, de visiter la ville.

Daniel – c’était le nom du barista – est arrivé comme un cadeau de la vie et je compris instinctivement comment Tony Bennett laissa son cœur à San Francisco. Ce soir-là, Daniel  m’aida à répéter ma première présentation qui devait avoir lieu le lendemain. Il fit si bien que celle-ci m’a valu une invitation à rejoindre, pendant 6 mois, le laboratoire d’une prestigieuse université du Maryland. (J’ai décliné l’invitation mais ceci est une histoire pour un autre jour).

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Déshérités

Notre Oncle d’Amérique – aucune parenté voulue avec le film culte d’Alain Renais* – vient de nous annoncer la nouvelle. Il ne financera pas nos élections. C’est dans l’ordre des choses. Jusqu’ici, il n’avait financé que ses élections; des élections qu’il a toujours bien préparées pour nous et que, cette fois, comme des enfants gâtés, nous lui avons jetées à la figure.

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Ces enfants qui n’écoutent rien

Y est-il rien de plus tannant – on est au Québec ou on ne l’est pas – que des enfants qui n’écoutent rien ? En pleine période de fêtes, alors que les adultes ont tout fait pour leur payer de nouveaux jouets, ils s’amusent à les jeter, les casser et leur cracher dessus. En plus, ça braille, ça piaille, ça criaille. C’est à vous donner la migraine. Ils ne respectent rien. Même pas les injonctions. Même déguisées sous forme de souhaits. Alors, on s’improvise devin. On se lance dans des prévisions. Et pour quels résultats?

Le problème est que, la plupart des enfants n’écoutent pas leurs parents. Pas toujours. Surtout s’ils ne sont pas leurs « vrais » parents. Alors, ils se conduisent mal. Refusent de suivre les règles. La solution la plus simple est de ne pas en avoir. Éliminer la source du problème, c’est éliminer le problème. Le problème n’existant plus, il n’est plus besoin de trouver une solution. Pour ceux qui préfèrent se compliquer la vie toutefois,  voici trois conseils susceptibles de vous aider à mieux gérer votre enfant.

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Il était une fois le 16 décembre 1990

Aujourd’hui, le septième épisode de la saga Star Wars, Le Réveil de la Force, sort dans les cinémas en France. Dans ce dernier épisode de la lutte achronique entre les chevaliers Jedi et les Sith, un Jedi (Kylo Ren, neveu du héros Luke Skywalker) est passé du côté obscur de la Force, comme avant lui, un autre Jedi (Darth Vader, le père même du héros). C’est le thème de la série entière: l’équilibre entre le bien et le mal et, en particulier, l’attraction que ce dernier exerce sur ceux qui étaient ou que l’on croyait préalablement bons.

Il y a 25 ans, jour pour jour, le peuple haïtien élisait dans la joie et la bonne humeur, un prêtre adepte de la théologie de la libération qui promettait justice, transparence et participation à un peuple qu’on avait toujours privé des trois. 25 ans plus tard, ce peuple attend toujours que se matérialise ce rêve fou qu’il croyait lavalassement possible.

Un très bon ami qui, dans son adolescence, a cru aux discours et aux promesses d’un lendemain meilleur du prêtre de Saint Jean Bosco, parle en ces termes de son « erreur de jeunesse »:  » Je voulais changer le monde. Et je refusais que le monde me change.  » Tout comme le peuple haïtien qui, ce 16 décembre 1990, s’était mis debout pour élire son premier et,  probablement seul, président démocratiquement élu. Il pensait pouvoir changer le monde (et sa manie de diriger la destinée de la première République noire). Mais c’est le monde qui l’a changé (en un peuple pathétique, à genoux, humilié).

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Qui sème la démocratie récolte des migrants ?

L’année 2014 a été l’année de tous les records. Trente-huit (38) millions de gens à travers le monde que les conflits et la violence ont forcés hors de chez eux, dont onze (11) millions en 2014 uniquement. En ses dix années d’existence, jamais le rapport annuel de l’observatoire des situations de déplacement interne (IDMC) n’a enregistré autant de déplacés en une année. En 2014, ce sont 30 000 victimes qui, chaque jour, ont dû laisser leurs maisons, leurs quartiers, leurs villes, leurs régions … où vivre était désormais devenu dangereux ; confirmant une forte tendance à la hausse observée depuis trois ans.

En mai 2015, en prélude à la publication du rapport, le Secrétaire général du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), Jean Egeland, regrettait que « [l]es diplomates du monde entier, les cessez-le-feu, les pourparlers de paix et les résolutions des Nations-Unies [aient] perdu la bataille contre des hommes armés impitoyables, mus par des intérêts politiques ou religieux plutôt que des impératifs humains. » J’ajouterais, pas si humblement, le peu de succès de la communauté internationale dans sa responsabilité de protéger les peuples des pays ayant enregistré le plus (60%) de nouveaux déplacements : l’Irak, le Soudan du Sud, la République Démocratique du Congo, le Nigéria et la Syrie. Dans cette dernière, c’est 40% de la population (7.1 millions) qui a été déplacé ; le plus grand nombre enregistré à l’échelle mondiale. En 2015, ils amerrissaient (ou pas) aux portes de l’Europe.

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Les élections du 25 octobre 2015 n’auront pas lieu

Le Président de la République, Son Excellence Michel Joseph Martelly, vient, par une vidéo sur sa page Facebook officielle, de lancer un vibrant appel à la nation : celui de participer aux « élections présidentielles, législatives et municipales » qui seront organisées le 25 octobre 2015. Le peuple haïtien est de nouveau appelé en des comices qui sont tout sauf siennes puisque ce n’est pas sa volonté qui s’y exprime. Il doit toutefois s’y rendre par « devoir civique » envers un État qui ne respecte aucune des obligations de son contrat social avec son peuple mais qui attend qu’il observe et respecte des obligations toujours plus lourdes.

Dans les relations internationales, la responsabilité de protéger (R2P) réaffirme les devoirs de l’État envers sa population. Cette responsabilité particulière, c’est le concept selon lequel les États souverains ont l’obligation de protéger leurs propres citoyens contre des catastrophes évitables, mais en vertu duquel, s’ils refusent ou ne sont pas en mesure de le faire, cette responsabilité incombe à la communauté internationale. Celui-ci a pris une telle importance ces dernières années, notamment depuis la résolution A/RES/60/1 (par. 138 à 140) de l’Assemblée Générale de l’Onu, que certains auteurs, dont Bertrand Badie, y voient une équivalence croissante entre responsabilité (aussi réponse-habilité) et souveraineté, comme pour lier la légitimité du statut de souverain à celui de son respect des engagements contractés à l’égard de son peuple. Continuer de lire « Les élections du 25 octobre 2015 n’auront pas lieu »

Les joies d’une Ambassade Américaine

Il y a quarante-deux ans, le 11 septembre 1973, le président chilien démocratiquement élu, Salvador Allende, fut brutalement renversé pour crime de lèse-capitalisme. Déjà en 1958, lorsqu’il rata la présidence de seulement 3%, il inquiétait Washington. En 1964, celui-ci dépêcha la Central Intelligence Agency (et des membres du Département d’État) pour organiser la campagne anti-Allende au Chili à coup de spots radio et TV, posters, affiches, tracts … et de support financier au parti démocrate-chrétien d’Edouardo Frei qui remporta les élections avec 17% d’avance. Le succès fut de courte durée toutefois puisque, le 3 novembre 1970, Salvador Allende devint le premier président marxiste élu au Chili (et en Occident). Pendant trois ans, les États-Unis tentèrent de lui faire payer son outrecuidance par un embargo virtuel destiné à, selon les termes choisis du Président américain Richard Nixon, « faire hurler l’économie chilienne », mais ne réussirent qu’à consolider sa position au Parlement où il gagna une confortable majorité en 1973. Il fallait désormais employer les grands moyens. Le Général Augusto Pinochet, à qui nous devons la tristement célèbre Opération Condor, mit fin à cette dérive démocratique.

C’est un joli paradoxe de l’Empire Bienveillant américain, la plus grande force de bien dans l’histoire de l’humanité, le flambeau de la démocratie et de la liberté, que de promouvoir la démocratie en cherchant à renverser des dirigeants élus démocratiquement. En 1951, la CIA et le MI6 britannique décidèrent de se défaire du gouvernement très populaire et démocratiquement élu de Mohammad Mossadegh parce que, entre autres, celui-ci osa nationaliser, à l’unanimité, l’industrie pétrolière iranienne. Le succès se fit toutefois attendre; Mossadegh résista pendant deux ans aux assauts combinés de Londres et de Washington. Au même moment, la CIA se lançait, au Guatemala, dans ce qui allait devenir l’archétype du coup d’État bien fait, le modèle qui servira de manuel à tous ceux qui ont suivi : l’opération PB Success qui emporta la tête du président Jacobo Árbenz Guzmán, hostile aux intérêts de la United Fruit Company (hispanisée depuis sous le nom de Chiquita et en excellente position sur la longue liste de compagnies que je boycotte). Les États-Unis eurent gain de cause en Iran aussi (1953) où ils soutinrent le très incompétent et non moins détesté Chah jusqu’à la Révolution de 1979 qui leur vaut de s’en mordre le doigt aujourd’hui encore. Continuer de lire « Les joies d’une Ambassade Américaine »