L’Arcahaie va passer sous le contrôle de Jeff (Larose), chef de gang de son état, qui poursuit son avancée, annonçant ses prochaines cibles comme s’il lisait un agenda que lui seul contrôle. Ce matin, la cité du drapeau s’est réveillée dans un climat de terreur alors que son nouveau seigneur, et ses Taliban de Canaan – ici les bandi aiment les mélanges de genre – promettent de ne pas s’arrêter là. Et contrairement aux promesses vides de nos dirigeants, les siennes comme celles de ses confrères criminels, terriblement, se matérialisent.
En arrivant au pouvoir, certain Premier ministre, accessoirement ministre de l’Intérieur, s’était engagé à libérer Haïti des gangs maison par maison quartier par quartier ville par ville. Depuis juin 2024 de nouveaux territoires perdus ont fleuri à Croix-des-Bouquets, Canaan, Martissant, Gressier, et bien sûr Pont Sondé, où la base Gran Grif continue d’attaquer la population après que le massacre du 3 octobre 2024 ait donné la chance à Garry Conille de se réjouir de l’accueil chaleureux qu’il aurait reçu. Cela, alors que le massacre avait été annoncé la veille, s’est déroulé sans anicroche, et les attaques ont repris cinq jours plus tard.
C’est ainsi. Les annonces du gouvernement s’évanouissent, vides et creuses, tandis que celles des chefs de gangs se matérialisent avec une sinistre régularité. Le contraste est saisissant : les promesses du chaos se réalisent, tandis que celles de l’ordre se fanent avant même d’être prononcées. Question de foi. Le chef de gang croit en la capacité de son organisation et est déterminé à la faire prospérer. Ses soldats lui font confiance, comptant sur lui pour assurer leur bien-être. Dans l’administration haïtienne, on prend surtout des photos. Vous me direz que les chefs de gangs aussi. Je n’en disconviens pas. Dans les deux cas, nous avons des créateurs de contenus particulièrement prolixes. Sauf que les chefs de gangs ne sont pas que virtuels, ils agissent également IRL.
Nous le savions déjà : un Conseil Présidentiel de Transition de facto et sans contenu, et un fonctionnaire international parachuté Premier ministre n’allaient jamais être la solution. Un tel attelage ne pouvait plausiblement prétendre nous sauver de ce qui se trame dans l’ombre, alors que le vrai pouvoir se consolide à l’intérieur de ruelles et de quartiers qu’ils n’osent pas fouler. Mais alors que nous observons, impuissants, notre pays glisser un peu plus dans l’abîme, il devient urgent de se poser la question : comment réagir avant de perdre définitivement ce que nous avons de plus précieux ? Car nous risquons désormais de perdre Haïti pour de bon.
L’inquiétude n’est plus abstraite. L’État haïtien a cessé de faire illusion. Les mots creux, les plans fumeux et les apparitions médiatiques ne trompent plus personne. Dans ce pays, il n’y a plus que les gangs qui tiennent parole. Leur domination progresse et les annonces du gouvernement sont infiniment plus irritantes que leur silence coupable. Il nous faut donc agir, non par bravade, mais par une prise de conscience profonde que rien ne changera si nous restons immobiles. Les gangsters n’attendront pas que nous nous réveillions. Il est impératif de reconstruire, non seulement un pays, mais un État, un peuple.
Le peuple haïtien est desounen, assommé par le poids d’années de déchéance et d’abandon. Des zonbis lui ont pissé dessus, et à voir l’état de la nation aujourd’hui, il semblerait qu’ils aient réussi à endormir les consciences. Mais il serait illusoire de penser que ce peuple, qui a combattu des empires, est définitivement enterré. Haïti a fait de grandes choses, et ce même peuple peut se relever, retrouver sa voix, et marcher à nouveau vers son destin. Encore faut-il que certain.e.s se résolvent à prendre les devants.





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