Depuis la nomination du nouveau premier ministre, c’est à croire que les problèmes de sécurité n’existent plus dans ce pays. J’ai fait le tour des médias en ligne. Plus personne pour parler des déplacés, des bandits et des bandits déplacés, alors que dans le Sud, le bwa kale a repris contre les membres de gangs armés cherchant à s’y réfugier. Nous ne parlons plus de la question sécuritaire parce qu’elle a été remplacée par la question ministérielle, précisément, le nombre de ministres que devra compter la transition Conille.

Nous l’avons déjà vu, mais cela ne peut nuire de le répéter. Le nombre de ministères est déterminé par la Constitution et par la loi. Il ne va pas changer par un arrêté ministériel décidant de regrouper des portefeuilles ministériels en une dizaine plutôt qu’une vingtaine. La Constitution prévoit au moins 10 ministères (article 166), même si elle ne garantit l’existence que de deux d’entre eux : le Ministère de la Justice (article 269) et le Ministère de l’Économie et des Finances (articles 217, 224). Le reste, la Constitution les laisse à la loi qui doit en fixer le nombre (article 167).

La loi aurait pu être celle du 29 mars 2017 fixant le nombre maximum de ministères à 18 (article 1er), qui elle devait abroger celle de 2006 fixant le nombre de ministères à 17, laquelle avait abrogé celle du 23 janvier 1995 fixant le nombre de ministères à 18, mais elle a finalement été transformée en décret présidentiel du 11 mars 2020 fixant le nombre de ministères à 18. Nous voilà donc devant composer avec 18 ministères jusqu’au prochain décret présidentiel de facto ayant force de loi ou jusqu’à la prochaine loi votée au Parlement. Un état de choses qu’il nous faut changer – votre humble blogueuse a depuis des années un projet de réorganisation de l’administration publique en 6 ministères et 6 grandes agences, et a même proposé un concept d’administration agile avec des grands principes, un cadre théorique etc. – mais l’urgence n’est pas là.

L’urgence est sécuritaire. L’urgence est électorale. L’urgence est de rétablir l’ordre pour que le peuple haïtien puisse avoir son mot à dire dans les choix que l’on fait sans lui. Les dernières élections remontent à 2016, et ce n’est pas acceptable dans un pays qui se veut et se rêve démocratique. Le débat actuel sur le nombre de ministres ne fait avancer ni la sécurité ni les élections et est donc parfaitement inutile. Recentrons-nous. Nous avons des préparatifs électoraux à exiger.

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