Depuis la mort du chef de gang Arnel Joseph à la suite d’une évasion spectaculaire meurtrière à la prison civile de Croix des Bouquets, il m arrive régulièrement de penser à cette réponse qu il a donnée, un an plus tôt, à des policiers l’interrogeant sur son futur : Se pou lanmò m la. J’y suis jusqu’à la mort. La mort qu’il étend. La mort qui l’attend.

C est cette relation si cavalière, presqu intime, avec la mort qui rend les bandi de chez nous si dangereux. La mort, c est leur quotidien. Ils la donnent. Ils la reçoivent. C est ainsi. Ils s en sont faits un raison. Aussi, la mort ne leur fait-elle pas peur. Ils l attendent même. Généralement, autour de la trentaine. Et en l attendant, en dépit de tout (et de tous), ils vont vivre. Par tous les moyens. Et, tant pis si cela se termine mal. Ils auront vécu. Mieux que leurs parents. Mieux que leurs voisins. Mieux que ne le laissait entrevoir leur naissance. Alors, la mort, vous pensez?, ils s en moquent bien.

En sciences politiques, l on parle d indissuadables. Kamikazes islamistes. Houthis yéménites. Bandi haïtiens. Leur cause est plus importante que la mort. L oumma. L autonomie. La vie. Ce sont des soldats.

Dread Wilmé. Evans Jeune. Ti Lapli. Des généraux commandant une armée de soldats défendant un peuple malmené, laissé pour compte, à qui ils offrent protection et, accessoirement, quelques camions de nourriture confisquée sur la route en guise de contribution à l effort de guerre. En retour, (une partie de) cette population paie une taxe révolutionnaire et aide à cacher les kidnappés, les kidnappeurs et sert de bouclier en cas d attaque.

En conséquence, nous vivons tous en suspend. Dans le suspense. Les bandi. Les populations des zones officielles de non-droit. Haïti, zone de non-droit élargi. Tous logés à la même enseigne. Se pou lanmò nou la.