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À Romain Molina, merci

Aujourd’hui, nous tournons peut-être la page sur des décennies d’abus sexuels contre nos jeunes grenadières. Yves Jean-Bart n’est pas (encore ?) en prison mais il n’est plus en situation de pouvoir. Et nous devons cette victoire à un journaliste non-haïtien qui a décidé, contrairement aux nôtres, de ne #PaFèSilans.

Romain Molina a commencé sa carrière haïtienne par une vidéo sur YouTube dénonçant la mainmise de Yves “Dadou” Jean-Bart sur le football haïtien. Il y faisait état de manœuvres dignes d’une dictature du 20ème siècle pour garantir une présidence éternelle à celui qui semblait déterminé à incarner à lui tout seul le football en Haïti.

La vidéo m’ayant interpellée – et n’étant guère versée dans les questions footballistiques – j’avais alors contacté quelques journalistes et responsables de média pour en savoir plus. Ils m’ont pour la plupart répondu qu’il s’agissait de personnes qui détestaient ou voulaient prendre la place de “Dadou” qui concoctaient des histoires. Ayant moi-même été accusée de concocter des histoires vraies, je gardai mes doutes mais la conversation n’alla pas plus loin.

Au premier article du Guardian, je n’hésitai plus. Je contactai Monsieur Molina pour obtenir l’autorisation de traduire son article (en français et en créole) et le publier sur ce blogue; ce qu’il accepta de bon cœur. Les traductions publiées, certains des journalistes et responsables de média que j’avais contactés précédemment crurent nécessaires de m’inciter à la prudence. Ce Romain Molina, m expliquaient-ils, était un survolté; le Dr Jean-Bart prévoyait de le poursuivre en diffamation ; les poursuites pourraient s’étendre en Haïti … En vain. J’avais déjà décidé de faire confiance à Monsieur Molina – qui m’aurait accessoirement, selon certaine théorie du complot, rencontrée préalablement en Haïti pour que je l’aide, comme c’est dans mes habitudes, à monter dans mon laboratoire un énième dossier visant à faire tomber un homme puissant.

En réalité, Monsieur Molina aura décidé de faire son travail de journaliste, c’est-à-dire d’écouter les victimes et les aider à faire entendre leurs voix. Ce qu’aucun journaliste de chez nous n’avait fait jusqu’ici alors que – la chose m’a été confirmée – des “rumeurs” circulaient depuis des années dans le milieu du sport. Ils savaient et se sont tus.

Aujourd’hui, il m’importe peu de savoir pourquoi ils se sont tus. Il m’importe seulement de savoir qu’il a fallu un journaliste non-haïtien pour aider les victimes à briser le silence et qu’il a fallu une entité non-haïtienne pour sanctionner Yves Jean-Bart.

Merci, Romain Molina. La République toute entière vous est reconnaissante.

Patricia Camilien Tout afficher

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