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Des suppôts du système

Pour E, qui se reconnaîtra

Il est deux catégories de gens dont les malheurs ne m’émeuvent guère :

  • Les vétérans qui se sont engagés dans des guerres impérialistes et qui se retrouvent négligés par l’Empire de retour à la vie civile
  • Les économistes qui se sont employés à être les intellectuels organiques du capitalisme et qui se retrouvent à se plaindre de coups fourrés du Patronat

Lorsque vous les aidiez à suffoquer, à brimer, à tuer de pauvres hères sans défense, vous saviez très bien dans quoi vous participiez; vous l’avez quand même fait. Comme on fait son lit, etc…

Avant qu’il ne soit associé au démon torturant de pauvres hères par pur plaisir, le terme suppôt désignait, au Moyen-âge, un vassal ayant juré fidélité à son Seigneur. Du latin suppositus, placé au-dessous, il transita par les chemins de l’appartenance à un corps, une compagnie, pour finir à la station du partisan desservant les mauvais dessins de qui est au-dessus. C’est une intéressante évolution qui suit celle de la normalisation du mal lancée par Machiavel en politique et poursuivie en économie par Mandeville .

Nous voilà donc invité.e.s à laisser nos sociétés et nos vies aux pires d’entre nous, par “réalisme”, le monde étant ainsi. Pour réussir à nous faire accepter cette absurdité, cette entreprise de normes consistant à renverser des millénaires de sagesse humaine et nous lancer à brides abattues dans une folie destructrice, a dû monter sa police chargée de faire appliquer les nouvelles règles : un corps armé pour nous travailler au corps et un esprit perverti pour nous travailler l’esprit.

En 3 mutations, le capitalisme est ainsi passé de l’esclavage des corps à la colonisation des cerveaux, après être passé par l’industrialisation des bras. C’est à rendre Ovide fou de jalousie; lui qui n’avait jamais réussi à traiter que des métamorphoses de dieux grecs et latins en hexamètres dactyliques. Le pauvre n’avait que l’Empire romain naissant comme référence. Même en étant un riche héritier et un poète accompli, comment pouvait-il imaginer que quelques deux mille ans plus tard, ce sont nos cerveaux qui seraient devenus le terrain de l’Empire?

Michel Foucault, lui, s’en sort plutôt bien. Le gouvernement des vivants, la biopolitique est là et se construit sur la ruine de plus en plus profonde de nos corps, de notre environnement, alors que nous assistons, admirateurs, à la destruction de notre planète par le 1% de la population mondiale qui possède autant que les 99% restants. C’est la biopolitique sublimée ou le corps proprement objectifié n’est plus qu’une chose de plus que nous vendons nous-même.

Aussi n’ai-je vraiment aucune empathie pour l’économiste et le militaire qui se sont engagés comme suppôts d’un système qui se sert d’eux, avec leur consentement, pour ruiner des milliards d’êtres humains n’y ayant certainement pas consenti. Alors, quand ce système se retourne contre eux, j’apprécie le karma et espère qu’ils auront retenu la leçon. Je ne retiens pas mon souffle toutefois; la plupart trouvera sans doute le moyen de continuer à guerroyer pour le triomphe absolu de l’Empire.

Ce sont nos meilleurs qui doivent être contents. Depuis que la COVID-19 s’est mise en tête de faire partir nos vies en fumée, ils font même un tabac.

Patricia Camilien Tout afficher

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