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Des affaires de cœur

Il appert que la forme du cœur telle que nous l’utilisons pour parler d’amour, de romance et de sexe nous vient d’une plante utilisée dans le monde gréco-romain comme contraceptif et abortif : le silphium. Avant que la misogynie faite Dieu ne vienne nous culpabiliser de prendre notre pied – l’expression viendrait d’une position sexuelle, attestée déjà à cette époque, permettant à la femme d’avoir plus de plaisir… en attrapant son pied – les relations de cœur ♥ visaient la récréation avant la procréation.

Bien avant le Summer of Love, bien avant la sex positivity, bien avant les révolutions contraceptives, le genus homo, dont la femelle à l’ovulation cachée est disposée et disponible à l’année longue, avait vite compris que la grande idée du sexe n’était pas de procréer mais de l’éviter. C’est ainsi que, au 16ème siècle avant notre ère, l’ordonnance 783 du papyrus d’Eber présente des techniques abortives précises aux Égyptiennes désirant prévenir ou interrompre une grossesse:

Début des préparations qui doivent être préparées pour les femmes.
Faire qu’une femme cesse d’être enceinte pendant un, deux ou trois ans.
Extrait d’acacia (fruit non mûr d’acacia ou partie de l’acacia), caroube, dattes.
Ce sera finement broyé dans un vase hnw de miel.
Un tampon vaginal en sera imbibé et appliqué dans son vagin. 

Papyrus d’Eber, ordonnance 783

Quatre siècles plus tôt, le plus ancien papyrus médical qui nous soit parvenu, le papyrus de Kahun – qui, accessoirement, contient “la première description de l’impuissance érectile” – y faisait déjà référence:

Des épines d’acacia finement broyées, mélangées à des dattes et du miel et étendues sur un tampon de fibre introduit profondément dans le vagin. 


En d’autres termes, un tampon imbibé de spermicide, comme nous en avons aujourd’hui. Mais, revenons au silphium dont le commerce était si prisé qu’il en était devenu un signe de prospérité.

En 388 avant notre ère, le dramaturge grec Aristophane, dans sa comédie Ploutos sur l’inégalité des richesses, utilise l’expression “pour tout le silphium de Battos” comme nous dirions aujourd’hui pour tout le pétrole du Qatar. Battos était le fondateur et le (généreux) roi de Cyrène (aujourd’hui, la Libye) sur laquelle il régna pendant 40 ans. Pendant mille ans, cette colonie grecque puis romaine maintiendra sa position de ville importante, grâce à son port commercial et son exportation principale : une petite graine à la forme spéciale permettant à une espèce très (trop) fertile de se recréer sans procréer. C’est dire le succès phénoménal de cette plante à travers les âges.

En ce Jour de la Saint Valentin, alors que vous échangez des cœurs rouge passion, songez qu’ils signifient qu’une petite graine depuis disparue a, pendant un millénaire, permis à l’espèce de “déconnecter le sexe et la procréation”, longtemps avant et n’en déplaise à Paul VI et son Humane vitae. Aujourd’hui encore, elle continue, quoique symboliquement, à nous accompagner dans notre recherche de plaisirs. La nature n’est-elle pas merveilleuse ? Joyeuse fête de l’amour 💕 !

Patricia Camilien Tout afficher

How about we let the writing do the talking?

2 thoughts on “Des affaires de cœur Laisser un commentaire

  1. C’est l’une des rares publications de ce blogue, si ce n’est pas la première, pour laquelle je n’ai aucune objection.
    Totalement instructif.

    • 1- Vous avez déjà fait ce commentaire ailleurs. 2- Il y a près de 500 billets sur ce blogue et vous ne les avez pas tous lus. 3- Vous n’avez guère formulé d’objections jusqu’ici. 4- Joyeuse Saint Valentin !

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